SIGURD
Emplis, sez ma cou. pe pro . fon - de
C’est aussi le cas du fragment de Carmen cité plus haut et qui contient les mots : sa douce odeur.
Enfin voici un exemple typique et bien connu où presque tous les cas se trouvent réunis. En effet, là le sujet, le verbe et le complément sont accompagnés chacun à leur tour d’un ou plusieurs mots.
Les grands seigneurs ont seuis des airs si résolus avec cette douceur
Voyez avec quel soin l’auteur a prosodié ce vers. C’est absolument parfait. Conformément à ce que nous avons expliqué, il a conservé seulement la dernière longue du groupe de mots composant chacun des termes, sujet, verbe, complément direct et complément indirect.
Dans le sujet Les grands seigneurs , c’est sur la syllabe gneurs qu’il s’arrête.
Pour le verbe, composé du groupe ont seuls , la longue de ont a disparu et le dernier mot seuls a la longue.
De même pour le complément direct des airs si résolus , seule la syllabe lus est longue.
De même encore pour le complément indirect avec celte
douceur dont seule la dernière syllabe coïncide avec une noire.
Au sujet de ce dernier membre de phrase, je ferai une observation assez importante. Presque toutes les chanteuses, malgré l’indication formelle de Gounod qui a donné à la syllabe vec une valeur égale aux brèves, s’obstinent à faire un point d’orgue sur cette syllabe. Elles prétextent que la phrase est ad libitum (ce qui ne veut pas dire qu’on peut l’exécuter n’importe comment). Elles disent encore que pour faire contraste avec ta rapidité de débit nécessitée par les mots des airs si résolus , il faut dire plus lentement avec cette douceur. Je n’en disconviens pas, bien au contraire. Celte différence de mouvement me paraît certainement indispensable. Mais à mon avis, pour produire l’effet de contraste cherché, il est bien inutile d’écorcher l’excellente prosodie de l’auteur et de faire un petit somme sur la syllabe vec (Gounod appelait cela un canapé et il en avait une sainte horreur). Il suffit de ralentir le groupe entier de mots sans s’arrêter sur une syllabe plus que sur une autre. Cela sera certainement de meilleur goût, parce que plus simple, et partant beaucoup plus dans le caractère du personnage chaste de Marguerite.
Des exemples que nous avons cités et des observations auxquelles ils ont donné lieu, il résulte nettement que :
Dans tous les groupes de mots dont la réunion forme un sens , les longues de ces divers mots s'atténuent (ou même disparaissent dans les mouvements rapides J au profit de la dernière qui reste la plus longue.
On remarquera que ce principe qui s’applique aux phrases et aux membres de phrase, quelque petits qu’ils soient, se rapproche d’une manière frappante de celui qui régit la prosodie des mots pris en particulier.
En effet, il est à observer que, si, par exemple, dans la langue italienne on fait sentir l’accent tonique sur chacun des mots (ce qui donne à cette langue une physionomie spéciale), au contraire en français on a la tendance d’en supprimer la plus grande partie pour n’en conserver que
DE LA PROSODIE
quelques-uns (déjà bien affaiblis). C’est ce qui a fait dire à quelques personnes que dans la langue française il n’y a pas de prosodie et que toutes les syllabes ont la même valeur de sonorité et de durée.
Mais cette opinion, qui peut à la grande rigueur se soutenir si elle s’applique seulement à la conversation familière, devient tout à fait erronée si on veut étudier la langue française dans ses rapports avec la musique. Les phrases musicales sont forcément composées de valeurs inégales, plus ou moins longues, plus ou moins brèves.
Si la prosodie française n’existait pas, il serait tout à fait indifférent que les syllabes des mots soient placées au hasard sous telle ou telle note plus ou moins longue. Or nous avons vu combien une telle pratique est choquante pour une oreille tant soit peu délicate.
Il devient donc naturel et conforme au vulgaire bon sens que l’on doive chercher à faire coïncider d’une manière aussi parfaite que possible les diverses longues ou brèves des mots avec les longues ou brèves de la phrase musicale. Ce principe forme la base de la déclamation moderne, il doit être absolument respecté. Je ne saurais trop insister sur ce point afin d’extirper les pratiques déplorables suivies encore par quelques auteurs. Voilà la raison de noire étude qui, je l’espère, peut être utile aussi bien aux compositeurs qu’aux chanteurs.
Aussi je n’hésite pas à la pousser un peu plus loin qu’il le faudrait peut-être pour la patience de mes lecteurs, afin d’épuiser la question et de défricher un terrain resté jusqu’ici un peu inconnu.
Qu’on nous permette donc de revenir à la phrase primitive qui nous a servi à dégager certains principes et que nous avons rythmée ainsi qu’il suit :
pu rythmer cette phrase à
Nous aurions certainement
LE UIANT MODERNE
deux temps sans que la correction de la prosodie en souffre et obtenir l’arrangement suivant :
Ha.mil. car dé. li.vra sa pa . tri . e
A la vérité cette deuxième version nous plaît davantage que la première. Elle est plus rapide et par conséquent plus en rapport avec l’idée particulièrement active qu’il s’agit d’exprimer. Il nous a paru cependant préférable de présenter la première à nos lecteurs afin d’indiquer plus clairement la valeur relative des trois longues dont elle se compose (longue du sujet, longue du verbe, longue du complément) et d’en établir pour ainsi dire la hiérarchie.
Remarquons qu’au point de vue du sens, cette phrase type (de même que toute autre analogue) peut être divisée en deux parties : d’un côté le sujet qui représente celui qui accomplit l’acte, de l’autre côté un groupe, composé du verbe et du complément qui représente cet acte luimême.
Or, nous avons vu que, lorsqu’un groupe de mots exprime un seul sens, les longues dont se compose ce groupe ont tendance à s’atténuer au profit de la dernière. Il s’ensuit de là que, dans le membre de phrase délivra sa patrie , la longue du verbe, malgré son importance, doit être plus courte que celle du complément.
Nous pourrons en conclure que, dans une phrase du même genre, la valeur relative de ses termes peut être ainsi représentée :
= assez long.
= peu long.
Le sujet Le verbe
Le complément = long.
Voici un exemple tiré de Gluck où ces valeurs relatives sont parfaitement observées.