Le chant populaire dans nos églises [microforme]
Cher et intelligent lecteur, je vous demande avec confiance : Voulez-vous me promettre de parcourir ces quelques pages, de peser les raisons que nous allons exposer au cours de ce petit plaidoyer en faveur du chant populaire dans nos temples ?
Vous avez la courtoisie de nous le promettre.
Bien! merci! Malgré notre faible talent à plaider une si bonne cause, déjà nous vous regardons, cher lecteur, comme un ami de cette même cause, et nous comptons sur vous pour la faire valoir dans le milieu où vous exercez quelque influence. Ne
D'abord, l’idée de faire ainsi chanter tout le peuple à l’église n'est pas une nouveauté. Jnterrogez ces voyageurs qui vivent au. milieu de vous, qui en ont été témoins, qui ont goûté
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souverainement, quand ils ont visité l’Europe, ces magnifiques chants d’'Eglise enlevés par les foules. Ces voyageurs, —et on les compte par centaines,—-ne peuvent taire leur enthousiasme. Ils vous répètent: ‘ C’est très grand et très beau. C’est touchant et sublime à la fois. Pour nos belles et intelligentes paroisses du Canada, il n’y aurait pourtant qu’à le vouloir, et dans nos temples où se pressent encore les peuples, le succès serait bien facile. Quel dommage que l’on ne puisse pas acclimater dans notre beau et religieux pays une coutume si salutaire ! ”
Voilà les réflexions que font tous les voyageurs canadiens, laïques ou prêtres, qui ont visité le vieux continent.
Le chant populaire est en honneur à Notre- Dame des Victoires, à Paris; dans la majestueuse cathédrale de Cologne; dans une foule de paroisses de l'Italie. Mais c’est en Allemagne surtout que l’on met à exécution cette magnifique idée.
Au fond, ces peuples font un raisonnement bien simple. Ils se disent: Voici, dans la nef de nos églises, des milliers de belles et bonnes voix, Pourquoi ces voix resteraient-elles silencieuses ? N'est-ce pas, avant tout, pour que ces voix chantent sa gloire que Dieu a dû les créer? Donc, chantons la gloire de Dieu!
Nous avons la foi, nous avons du cœur: eh bien, chantons! et par là faisons du moins contre-poids à ces milliers de blasphèmes qui,
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jour et nuit, montent vers le ciel de tous les points de la terre !”
Vulgariser au Canada l’idée féconde du chant populaire; la faire connaître et apprécier ; répandre au sein de notre population profondément croyante, naturellement artiste, le goût du chant religieux ; faire aimer davantage nos superbes cantiques,, nos hymnes d'Eglise si pleines d'inspiration; en un mot, avec la grâce de Dieu, avec le concours de nos vénérables confrères dans le sacerdoce, faire prendre racine, sur le sol de notre jeune patrie, à cette belle idée du chant populaire dans nos temples: voilà le but de ce modeste opuscule,
Shakspeare a dit: ‘Celui-là a l'âme d’un sau- ‘age, qui ne porte pas en soi une musique intime ct suave. ”
Shakspeare ne connaissait pas les sauvages,
Tout homme, même l'indien de la forêt, aime d’instinct l'harmonie, Témoins, les Montagnais du Lac St-Jean, les Micmacs de la Baie des Chaleurs, qui chantentadmirablement les hymmes de l'Eglise dans leurs pauvres chapelles.
Le peuple est plus musicien qu’on ne le pense. Le peuple aime le chant passionnément. Et pourquoi? Parce que le chant et la musique instrumentale, sont une création de Dieu, et l'âme humaine est faite pour goûter toutes les créations de Dieu.
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Le chant, la musique instrumentale profanes, ont dû apparaître sur la terre dès que deux cœurs ont aimé, souffert, espéré. Cependant, le peuple, avant tout, aime le chant religieux.
Le peuple : quel magnifique instrument de musique !
Hélas ! magnifique instrument qui reste muet !
Quelle main assez puissante fera jaillir de ce riche clavier les flots d'harmonie qui y sommeillent ?
La main du prêtre !
Iln’'y a que les fortes brises du ciel qui fassent chanter les océans: il n’y a que le souffle de la Religion qui puisse remuer ainsi tout un peuple, faire vibrer les foules comme des lyres, faire sortir à flots l'enthousiasme vrai mais latent dont est pleine la grande poitrine du peuple.
Quel beau rôle Dieu a réparti au peuple dans les grandioses cérémonies de son culte, en l'appelant à prendre part aux chants des offices |
Le chant est une prière, la plus belle manière de prier; car le chant, c’est la prière émue, enthousiaste, c’est la prière avec ses ailes de feu toutes grandes déployées. |
Imaginez quand c'est tout un peuple qui prie de cette façon! quand c'est toute une paroisse, debout dans son église, qui demande ainsi pardon au ciel, ou qui éclate en chants
PS
d’allégresse, ou qui fait monter vers la Patrie d'en Haut ses ardentes aspirations! Comme dans la fusion d’une cloche colossale les métaux divers, le fer, le plomb, l'étain, l'argent, le cuivre, —dans le chant populaire toutes les voix et toutes les âmes se fondent ensemble, et la résultante est ordinairement une vague immense d'harmonie, dont la puissance et l’ampleur semblent vouloir ouvrir les murs et soulever les voûtes de l’église. Dans les grandes fêtes surtout, dans la Semaine Sainte, aux Quarante Heures, chaque fois qu'une circonstance particulière vient toucher la foule, —le diapason de l'enthousiasme populaire monte de lui-même au sublime, et il faut entendre cela pour en avoir une idée. Il y a là un torrent d'harmonie, de foi et d'amour, d’espérance invincible, de douleur chrétienne ou d’allégresse toute divine, qui arrache les larmes des yeux, qui enlèverait de terre les je de tous les pays.
e chant populaire est le complément de l’éloquence; il réveille la foi admirablement. Il habitue les foules à affirmer, noblement et sans mesquin respect humain, leurs sentiments envers la Divinité.
Si nous interrogeons maintenant l’histoire, l’histoire nous répond que Dieu, dès l’origine du monde, a demandé aux peuples de chanter ses louanges.
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La musique religieuse est née avec les temples, tout naturellement, — comme le chant naît avec l’oiseau.—Remontons par la pensée jusqu'au berceau du peuple hébreux, jusqu'aux portes du Paradis Terrestre, quand Dieu en personne daignait régler le détail des cérémonies sacrées. Pénétrons dans le temple de Jérusalem : là, 4,000 chantres, dirigés par 228 maîtres habiles sous la direction euxmêmes de 24 chefs d'orchestre, faisaient retentir les louanges du Dieu d'Israël. Nous voilà bien loin de nos huit ou dix chantres modernes qui, dans chaque église de n9s jours, semblent souvent aCcaparer seuls, comme un monopole, le privilège d’ écorcher quelques bribes de plain-chant, ou de torturer quelque refrain de cantique. Quatre mille cos dans un seul temple. Evidemment, à peu près tout le peuple était appelé à ne c’est-à-dire tous les fidèles qui en étaient susceptibles. D'ailleurs, le texte decantabat populus l’insinue clairement.
Chez le peuple de Dieu, du chant et toujours du chant. David chante, en s’accompagnant sur sa harpe, ses psaumes immortels; quand Jésus-Christ fait son entrée triomphale à Jérusalem, il trouve bon que le peuple chante sur son passage l’Hosanna au Fils de David ; dans la salle du banquet eucharistique, J. C va jusqu'à remplacer par une hymne—-hymno dicto—les prières de l’action de grâces. St.
Paul exhorte les fidèles à chanter des cantiques même dans leurs maisons.