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Et plus tard ? prêtez l'oreille à travers les âges: du fond de ces noires catacombes, où l'Eglise naissante vivait ensevelie, vous entendez sortir, comme du sein de la prison de St-Paul et de Silas, de touchantes harmonies, de mélodieux concerts. Ce sont les enfants, les femmes, les vieillards, ce sont les adolescents ct les vierges, ce sont les laïques et les prêtres, qui unissent leurs voix comme leurs cœurs, qui charment, par le chant, l'horreur de leur séjour sous les murs de Rome encore païenne. C’est Pline qui nous l'apprend.
Au IV Siècle, sous Constantin, l'Eglise enfin sort triomphante des souterrains où elle s'était d’abord tenue cachée, Mais, semblable à l’oiseau qui s'envole du nid avec un chant de joie, l'Eglise, au sortir des catacombes, s’envole sous le ciel libre avec ses hymnes et ses cantiques.
Le chant grégorien, —notre plain-chant,— éclate alors à Milan pour ne plus s’éteindre. Les évêques et les princes, —{(rrégoire, Ambroise, Pepin, Charlemagne, —secondent les vues de l’Église : ils travaillent à faire fleurir le chant et la musique religieuse. Du fond des Gaules, des clercs intelligents sont envoyés à Rome par leurs souverains pour étudicr le plain-chant. Rome, de son côté, envoie exprès en France des légats chargés de réchauffer le zèle des églises qui se négligent.
Plusieurs siècles plus tard, nous rencontrons l'illustre Bossuet qui entretient à grand frais
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une chapelle bien organisée et dirigée par le savant Sébastien de Brassard. Dans toutes les forêts de l'Occident, j'entends des psalmodies qui s'élèvent nuit et jour du sein des silencieux monastères.
Pour citer des noms plus modernes, saluant à peine le nom fameux de (ray d’Arezzo, avec quelle sympathie enthousiaste l'Eglise n’ac cueille-t-elle pas les œuvres des grands maîtres plus rapprochés de nous! Comme volontiers elle signale à notre admiration et fait étudier les inspirations de Cherubini, de Mozart, de Beethoven, de Haydn, de Palestrina surtout, ce roi de la musique religieuse, celui dont le poète a dit: |
‘,., toujours son hymne, en descendant des cieux, ‘t Pénètre dans l'esprit par le côté pieux, ‘6 Comme un rayon des nuits par un vitrail d'église ! ?”
On me dira que la musique s’est égarée, qu'elle a fait beaucoup de mal. Mon Dieu, oui. Mais, à cause de ses égarements, l'Eglise n'étouffera jamais cette enfant prodigue des beaux-arts. Quant à nous, imitons l'Eglise :
faisons toujours bon accueil à cette enfant intéressante, afin qu'elle préfère le séjour de nos temples, et que là, elle tienne, par ses divins accords, nos yeux attachés sur le ciel !
Le ciel! le chant et la musique auront dans le ciel une large place, voilà pourquoi la Religion les veut opiniâtrement dans ses plus belles cérémonies.
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Pourquoi en serait-il autrement ? Le chant est le plus noble langage qui ait jamais existé : n'est-il pas naturel que la Religion, dans ses temples, tienne à parler ce langage ?
Le chant réjouit le cœur de l’homme; l’un des buts du christianisme n'est-il pas de réjouir le cœur par de saintes voluptés — cor meum et caro mea exultaverunt ?
Enfin la musique élève l’âme, le chant donne à l'âme des ailes pour voler vers le ciel.
Il paraît que le chant, la musique, sont le langage naturel que l’on parle au ciel et la langue naturelle que parlaient nos parents dans le Paradis Terrestre. Notre langage d'aujourd'hui ne serait qu’un idiome dégénéré ; nos mots, nos syllabes, nos phrases —que des fragments : moitié défigurés d’une langue essentiellement musicale à son origine ; nos inflexions les plus belles, que de pauvres échos: les échos brisés d’une harmonie primitive.
Cette opinion, soutenue par Durandus autrefois, puis savamment remise au jour par les Annales Catholiques, la Bible évidemment la confirme. Quand il s’agit du Ciel, la Bible en effet parle à tout instant de chant et de musique, Un exemple entre bien d’autres: relégué sur son île de Pathmos, l’auteur inspiré de l’Apocalypse, à travers les nuages de son exil, écoute dans le ravissement, les échos lointains de ces concerts du Paradis. Pour rendre son enthousiasme, il cherche autour de lui des termes de comparaison. La suave
harmonie des. grandes brises du ciel qui balancent les arbres de son île; la musique profonde, mystérieuse, de l'océan qui chante éternellement le long des grèves murmurantes: voilà à quoi St-Jean compare les concerts divins qu'il entend dans le ciel. ‘ Le nombre des chanteurs, dit-il, était des milliers de milliers... C'était comme la voix des grandes eaux et comme la voix d’un grand tonnerre...
Et cette voix était pourtant suave comme le son des harpes...”” (Apocalypse, passim.) St-Paul, lai, se déclare impuissant, à donner une idée des concerts de la Jérusalem céleste : ‘‘ L’oreille de l’homme, dit-il, n'a jamais entendu...”
Après cela, n'est-il pas naturel que l'Eglise fasse du chant sa langue de fête et d'honneur. Pourquoi du chant et de la musique dans les temples ! pour apprendre à homme la langue de ses ancêtres, la langue d'Adam et d’'Eve au Paradis Terrestre. Pour quoi encore ? Pour empêcher l’homme d'oublier la langue qu’il parlera plus tard ou ciel! L'Eglise, en nous faisant chanter, veut que ses enfants, réunis au pieds des autels, parlent ainsi la langue des Anges et la langue de l'innocence.
Pauvre exilé, l’homme retrouve ainsi dans le temple l’idiome et le chemin de la Patrie.
Roi déchu, c’est là encore qu’il lui est donné de béayer la langue qu'il parla au jour de son bonheur !
Chantons, le chant réjouit si bien les cœurs ! Le chant est un besoin irrésistible ; voyez
plutôt : le matelot chante sur sa rame; l’homme de nos chantiers chante sur sa hache; le laboureur revient de ses travaux le soir avec un chant d' espérance et de bonne humeur sur les lèvres. Il n’y à pas jusqu’au prisonnier qui ne murmure à travers les barreaux de fer de sa prison, quelque romance de son village, ou quelque refrain de liberté !
L'Eglise veut faire de même: réjouir le cœur de ses enfants. N’est-il pas dit quelque part que l'esprit de Dieu, pour pénétrer dans les âmes, se précipite sur les ailes de l’harmonie: Spiritus Sanctus in canentis AniMAm celeriter advolat ?
L'esprit de Dieu est un esprit de joie, d'amour et de concorde. L'esprit de Dieu aime le chant et la musique, parce que le chant et la musique expriment la souveraine béatitude de Dieu. 1/Esprit-Saint aime la joie, nn l'esprit de ténèbres aime la tristesse, car la bonne Joie prédispose l’âme à la vertu, tandis que la tristesse conduit souvent à liniquité: Concepit dolorem, peperit iniquitatem.
Qu:ind l’homme ne chante plus, écrivait Mgr Landriot, c'est un indice que la vie morale va s'éteindre chez cet homme.”
Il en est de même des peuples.
Le chant et la musique remuent profondé- ‘ment les âmes, les élèvent, les transportent dans je ne sais quel monde enchanté. Fils d'Adam et d’Eve, nous sommes ici-bas comme
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dans le fond d’une vallée privée de soleil. Le chant et la musique instrumentale, fées consolatrices envoyées de Dieu, semblent nous ouvrir sur le ciel, sur la Patrie, des échappées lumineuses où l'âme entrevoit des choses qu’elle n'aurait jamais rêvées toute seule. Sous le charme de ieur mystérieuse puissance, l'âme entrevoit vaguement comme une lueur vermeille du bonheur de l’autre monde.
Bien des fois, cher lecteur, vous avez fait de ce que je vous dis là une suave expérience.
N'est-il pas vrai que ce sont les chants de quelque belle fête religieuse qui ont arraché à votre cœur ses larmes les plus intimes, ses larmes les plus heureuses ?
Evoquez le souvenir de quelqu'une de ces fêtes.
La veille, par des ennuis sans nom, sans cause apparente peut-être, vous sentiez douloureusement que cette terre est un vallon d'exil. La vie vous pesait lourdement. Comme ces grosses brumes mélancoliques, qui flottent, les matins d'automne, aux flancs rougis des Laurentides et qui font frissonner de froid le voyageur, millé soucis, mille chagrins, voilaient, la veille encore, votre ciel d’exilé, Ces ennuis vous empêchaient de rêver avec délices aux splendeurs de la Patrie. Mais une fête a éclaté dans la vieille église de votre paroisse natale, dans l’un des temples de la cité où vous avez passé votre erfance. Vous y êtes accouru, et la fête qu’on y célébrait a fait éva-
nouir les brumes, et ces chants simples et pieux des enfants et des jeunes filles de votre village vous ont remué comme des voix d’anges et de chérubins. Si c'était dans une ville, la fête, par la magie de ses concerts, vous a transporté dans un autre monde, il vous à semblé entrevoir de loin les splendeurs cachées du Paradis. Dans cette espèce d’extase—si fugitive qu'ait été cette extase —vous vous êtes dit tout bas: ‘ Oh! oui, —il existe, au-dessus des grossiers plaisirs de la terre, des jouissances que je leur préfère ! Oui, oui! le ‘ divin ” existe! etil est plus beau que la terre avec ses folies criminelles !”
Le chant et la musique instrumentale religieuse élèvent l'âme ; je dis plus, cher lecteur: j'affirme que le chant sacré, la musique relivieuse, peut quelquefois même arracher l’âme au bourbier de ses habitudes mauvaises,
Combien de conversions, dont la musique religieuse peut-être a été le premier mot !
Un exemple,—le vôtre ou celui d'un ami peut-être !
Voyez-vous cet infortuné, devenu infidèle à quelque saint devoir? Le soir, quand il s’est mis au lit le cœur plein d’amertume et qu’il appelle en vain le sommeil, le remords s’acharne à le tourmenter. Le matin, le remords épie son réveil pour le suivre tout le jour et l'empêcher de goûter la vie—Cet homme porte l'enfer dans sa poitrine. Tout le met à la torture : la voix du tonnerre l’épouvante ; le
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vent dans les feuilles lui reproche ses hontes le son trop religieux des cloches lui frappe le cœur comme le marteau frappe une enclume; la vue d’une nuit étoilée, d’un beau ciel plein de silences, lui ride le front et lui fait baisser les yeux: tout l’attriste et lui fait mal, jusqu'aux caresses de ses enfants, jusqu’à la gaicté de ses amis.
Mais son bon ange, un soir, l’a conduit dans une église.
Le nouveau Saül est là, à genoux, le front dans ses deux mains, abîmé dans l'horreur ténébreuse du saint lieu.
Oh! quel sera le chantre, le musicien, quel sera le David envoyé de Dieu pour calmer les remords de cet homme ?
Voilà que tout à coup on va chanter un Salut, voilà que l'autel s’illumine, se couronne de mille flambeaux. L’orgue a frémi à l’autre extrémité de l’église. Un groupe de voix angéliques se fait entendre. O prodige: des larmes d’attendrissement coulent des yeux de l'infortuné. Son âme s'est délicieusement brisée, il pleure et il prie. Il prie! c’est-à-dire, il espère! Et le voilà, demain peut-être, ce soir peut-être, aux pieds de son confesseur. Le voilà réconcilié avec sa conscience et avec Dieu.— Il a recouvré, avec l’honneur de ses mœurs, la paix du cœur et la sérénité de l’âme !
Qui donc a opéré ce prodige ?
Vous me direz: La grâce de Dieu.
Jo réplique :
Oui, mais le chant et la musique, ont été les doux instruments de la grâce!
O mon Dieu! que de Saüls le chant de vos églises n’a-t-il pas attendris, rapprochés de vous ! Que d’âmes trop farouches ont été CapPtivées, apprivoisées par les saintes mélodies de vos églises ! Quelle vie, quel cachet de grandeur le chant et la musique donnent À vos cérémonies! C’est un charme qui attire les peuples, qui leur fait goûter le séjour de vos temples, qui fait que la foule réunie au pieds de vos autels se croie plutôt transportée aux portes du Paradis : locus iste porta Cœli!
Vous le voulez donc, vous l'avez donc toujours voulu, 6 mon Dieu, qu'il y eut dans vos églises du chant et de la musique: ZLaudate Dominum in choro, in psalterio, in chordis et organo ! Laudate Dominum, omnes qentes.— Jubilate Deo, omnis terra! Cantate canticum pes Cantate Domino omnis terra. (Ps.
PRE vos prêtres, aujourd’hui, cesscraient-ils de seconder ce vœu ardent de votre cœur, Ce sublime instinct des peuples, qui ne demandent qu’à chanter la gloire ct les bienfaits du Dieu qui les a créés, qui les a rachetés de ses larmes et de son sang ?