‹ Le chant populaire dans nos églises [microforme]Chapitre 21 sur 22 · LE CIMETIÈRE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LE CIMETIÈRE CATHOLIQUE

EMBELLISSONS NOS CIMETIÈRES.

Le cimetière! voilà un mot qui fait rêver

q ; Jajoute: voilà un mot qui devrait faire rougir plus d’une paroisse canadienne. Ma bonne

petite paroisse a fait son devoir: elle a rougi. Expliquons-nous.

L'an dernier encore, nous en avions une pitié de cimetière : un vrai pâturage! Je flatte le tableau: un véritable marécage !

a OÙ Le

En plein été, à chaque enterrement il fallait faire sombrer, au moyen d’une perche, le cercueil du pauvre défunt qui s’en allait; l’eau, en effet, tenait victorieusement tête au fossoyeur, Je vois encore quelle pénible impression cela faisait, sur la figure des paroissiens, à ces enterrements où il y a toujours quelques étrangers.

On n'avait qu'à s'y résigner lâchement, et au jugement général, tous mes paroissiens ressuscitaient du milieu d’une grenouillière, Le bel honneur, d'entendre chuchoter à ses oreilles, dans la vallée de Josaphat: ‘“ Maus, ces braves gens de Saint-Edouard, c’étaient donc des wowarons, de leur vivant! ”

Des wowarons! des castors, passe encore mais des wowarons! Brrrrr!

C'est justement ce beau frisson d'horreur qu’a éprouvé ma paroisse, l'automne dernier, un dimanche midi.

I] faisait un temps superbe, une délicieuse journée de soleil d'automne. Au sortir de l'office, j'assemble ma paroisse au cimetière. Là, et ce fut le sermon du jour, je traite au long la question du cimetière catholique,

Les tombes, oh! la voilà la belle tribune, pour vous inspirer ! J’entendais, qui me soufflaient sous le gazon ce que je devais dire, mille voix chères et sacrées. A la fin, tous ces braves habitants pleuraient de pitié, j'allais dire pleuraient de remords: on s'étonnait d’avoir été si lent à respecter ses défunts.

Et quinze jours plus tard—honneur à mes habitants—il y avait, à sept pieds de profondeur, partout sous le cimetière, un excellent drainage en pierre, et quatre mille cinq cents voyages de beau sable de jetés à la surface:

notre ancien marécage s'était transformé en un plateau qui, le printemps, verdoie et sourit au soleil quinze jours avant la plaine environnante.

Il fallait voir l’entrain, la bonne humeur avec lesquels toute cette corvée a été enlevée : l'habitant canadien, quand il lui en tient, fait tout avec bonne humeur, jusqu'a la demeure de ses morts. Pas un seul n’est resté en arrière: c'était à qui mettrait le plus de voyages. Près de la porte était un zélateur qui tenait registre, qui soufllait, au passage, sur les courages comme sur la braise, Il marquait aussi,

és (2 ‘se --

es

sur chaque tombereau, avec un morceau de craie, le chiffre des voyages, et plus d’un cheval, jusque là réputé fine rosse, s’est refait une réputation avant le premier coucher de soleil,

C'était toute une organisation; les chariots, dans l’armée de Darius, ne se mouvaient pas : avec plus d'ordre ni d'ensemble, Seul, un original, un indépendant outre mesure, mon ami Philippe Bel, n'avait pas voulu obéir au grand commandeur: je le vois encore, avec son grand fantôme de cheval blanc, faire bande a part deux jours durant. Après tout, plus fier que bien des journalistes, il ne voulait pas s'enrégimenter, Bien des péchés lui seront pardonnés |

Pa”

Et aujourd’hui ?

Ah ! aujourd’hui: c’est autre chose! Notre cimetière fait parler de lui dix lieues à la ronde, Ilattire non-seulement les morts, mais les vivants: on vient le visiter de trois paroisses environnantes. Et franchement, pour la campagne, c’est tout à fait joli, je veux dire convenable. Si vous trouvez que je fais forcément mion éloge en faisant celui de ma paroisse, je

vous réponds modestement: comment faire autrement ? D'ailleurs, le zèle de ma paroisse a tout fait, de sorte que mon éloge est fort indirect. Que celui qui n’a que des péchés indirects me jette la première pierre.

Donc, nous voilà avec un cimetière charmant. : Nos allées surtout, bordées de beau gazon, donnent envie d’y marcher. D'abord, . allée tout autour longeant la clôture à l’intérieur; puis, grande allée de huit pieds de large, en croix, couchée sur le cimetière comme le prophète sur le cadavre qu'il voulait ressusciter : cette croix est encadrée d’une haie vive en sapinage, Puis des allées plus étroites, parallèles aux bras de cette grande croix, permettant de lire, sans descendre des allées, les épitaphes qui se trouvent dos à dos, de façon que chacun puisse cultiver, entre " l'épitaphe et l'allée, un tout petit parterre, Nous avons copié à peu près un cimetière de Trinidad, dans les Antilles: nous aurons du moins le mérite d'être allés chercher loin nos “modèles! Un détail pratique : toutes ces allées “sont en relief sur le cimetière, de sorte qu’au ‘sortir de n'importe quel orage, vous vous y

promenez à pied sec. On marche là-dessus comme sur l’asphalte : on se croirait dans les rues de Paris, même ceux qui, comme moi, n’y sont jamais allés.

Au milieu, nous avons, qui flambe au soleil et qui étend ses bras au-dessus du dortoir ‘sacré, une grande croix noire dorée aux ex- . trémités, ornée d’une gloire également en or,

La porte d'entrée est superbe, sur un devis de M. Emile Tanguay. Elle nous a coûté quatre-vingt piastres et a été payée par les habitants dont on n’a pas eu besoin pour charroyer la terre. Elle est d’un goût sévère et imposant : c'est l'arc de triomphe sous lequel passe le chrétien avant d'aller recevoir l’immortelle couronne.

On y monte par un large chemin, haut de deux pieds, bordé de gazon et de jeunes arbres, . Ce chemin exhaussé part du coin de l'église .et se courbe aisément, comme une moitié d’arc-en-ciel. :

Et sur toute la surface du cimetière, dès La fonte des neiges, la paroisse cultive des fleurs, On y dessine, avec des fragments de quartz blanc comme du cristal de roche, dos dessins

sévères, mais consolants, des Maria, des.

apcres, des croix, des étoiles, les initiales de. Jésus, Marie, Joseph, autant de symboles où respirent la foi, l'amour, l'espérance. Ona fait ainsi du cimetière un jardin funèbre : c'est le jardin de la Mort. On regarderait comme un vol sacrilège d'en détacher une fleur. Seul, le curé a l'autorisation d'y cueillir ce qu’il lui faut pour parer ses autels. De cette façon, les fleurs de l’enclos béni, après avoir honoré la tombe, s’en vont prier et mourir pour les défunts que la tombe renferme.

. Depuis que notre cimetière a ainsi changé de physionomie, la touchante dévotion des monuments commémoratifs a pris de l'élan.

Maintenant, on y voit pousser tous les jours, à la place des hautes herbes sauvages et des buissons incultes, quelques nouvelles épitaphes, les unes en fer avec un peu de dorure d’autres en pierre ou en marbre: quelque chose de simple, à la portée d’une bourse de paysan, mais au niveau du respect que l'on doit au parent disparu.

‘Il nous manque encore deux ornements:

Page 1