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un chemin de croix ‘qui attire sur nos morts une pluie d’indulgences, et une plantation de beaux arbres qui répande sur les tombes cet : ombrage recueilli, ces chuchotements mystérieux, cette mélancolie profonde si bien en harmonie avec les pensées graves dont se sent pénétré le visiteur qui chemine à VER un cimetière.
Ces ornements ne sont qu'ajournés. Les arbres surtout ne tarderont pas : déjà, dans le meilleur coin de son jardin, le curé a jeté en terre quelques centaines de petits noyers noirs, de jeunes érables negundo. Nous aurons à l’automne une quinzaine de jeunes peupliers argentés, un arbre fait exprès pour les cimetières.
"Il nous semble, que c’est déjà beaucoup pour de pauvres habitants. |
Est-ce trop pour le respect que l’on doit à sos morts, qu'on se doit à soi-même ? Evidemment non.
Tous les peuples, les plus pauvres, les plus barbares, ont connu et pratiqué religieusement le culte des morts.
Les Egyptiens embaumaient leurs cadavres, Les Turcs et les Romains avaient, pour pro-
téger leurs foyers, pensaient-ils, leurs dieux Lares, (*) ces prétendues divinités domestiques, qui n'étaiem® rien autre chose, dans la naïve croyance A peuples, que les âmes des ancêtres—lcs Wânes comme on les appelait.
Honte et malheur à qui osait violer la tombe : le profanateur était condamné aux mines, à la fustigation ; la loi allait jusqu’à lui faire couper les deux mains.
Il n'était permis de réparer un sépulcre qu'à la condition de ne pas troubler les cendres des morts (**).
Quelle leçon pour nos Solidaires modernes, qui veulent aire de la fosse un trou vulgaire destiné à ne recevoir qu'une vile charogne!
Et les Vandales de la Révolution française, qui se faisaient gloire de jeter au vent les cendres des cimetières dévastés ? Ils auraient mal passé leur temps, sous la loi de ces Romains qu'ils prétendaient avoir choisis pour modèles.
Mais c’est le catholicisme surtout, qui a donné au culte des morts sa vraie significa-
(*) Ænéide, VI.
(**) Lex VII apud Greg. Tholosan Lib. XXXII.
Oh,
tion, qui lui a donné place d'honneur dans le sanctuaire, qui en a fait ce que Dieu en avait. fait dès l’origine du monde—le côté le plus touchant et l’un des côtés lesfplus sacrés de la religion. K
Pour en avoir une idée, il suffirait de jeter un coup d'œil sur les cérémonies qui entourent la bénédiction d’un cimetière, une fonction réservée aux Evêques, aux princes de l’église. Inutile d’en faire ici la description détaillée : qui n’en a pas été, une fois dans sa vie, le témoin attendri? Quelle grandeur ! quel merveilleux symbolisme ! Et les cérémonies d’une sépulture catholique? Rappelez-vous seulement le départ de l’église pour se rendre au cimetière, au chant du texte: Zn paradisum deducant te Angeli, avec ce redoublement des pleurs de la famille, qui briserait des âmes de bronze. Pour ma part, je ne connais rien de plus saisissant ni de plus solennel.
Ah! c'est que le cimetière, aux yeux de l'Eglise, n’est pas le royaume du néant, mais un auguste dortoir comme le dit son nom, Le cimetière, par l’organe de l'Eglise, nous répète tout bas: ‘“ Non, mes enfants, non: je
ne suis pas un lieu maudit. Je ne suis pas une terre monstrueuse qui dévore ses habitants, mais plutôt un reliquaire ami qui conserve avec tendresse votre dépouille. Quand vous prononcez mon nom, vous murmurez le dogme le plus consolant des nations civilisées ! ”
L'Eglise appelle encore le cimetière Terre Sainte, Champ de Dieu—Campo Santo, Campus Dei.
Pleins de cette appellation, on a vu des peuples, —les habitants de Pise par exemple, —(quiper une flotte, traverser les mers, aller chercher au bout du monde, pour former leur cimetière, la terre de la Palestine.
Ces croyants du moyen âge, ils étaient remplis de cette idée: notre corps est le chefd'œuvre de Dieu. Notre corps est, de son vivant, le temple du Saint-Esprit, Done, pour préparer à nos enfants, à tous nos parents tré: passés un lit qui soit digne, ce n'est pas trop
faire que d'aller chercher la terre qui fut sanctifiée par les pas, par les larmes, par le sang du Fils de Dicu! |
Campus Dei. En effet, le blé du bon Dieu, c'est le chrétien: frumentum Christi sum. Lo
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Temps, c'est l’époque des semailles, et au premier jour de l’Eternité, tout le genre humain se lèvera comme une moisson vivante, désormais immortelle !
Après les avoir conduits avec honneur à leur dernière demeure, plaçons, plaçcons nos chers morts comme l'Eglise le demande, le visage en haut, pour que ces yeux, éteints en apparence, regardent jour et nuit, jusqu’à la tin des siècles, à travers les voiles du trépas et les gazons fleuris, le beau ciel qui nous attend, qui nous sourit là haut !
La résurrection! voilà en effet le dernier mot du cimetière catholique.
Donc, embellissons nos cimetières.
Embellissons nos cimetières par respect pour nous-mêmes.
Embellissons nos cimetières afin que les vivants ne perdent pas le souvenir des morts. Pour cela, laissons nos cimetières à leur place naturelle, à l'ombre de l'église. ‘ Loin des yeux, loin du cœur.” Ah! ce douloureux proverbe, chers amis, il est plus connu qu’on ne croie dans les brasiers du Purgatoire!
A à un
Embellissons nos cimetières pour que l'on pense à prier pour les morts.
Embellissons nos cimetière, pour que la mémoire des morts ne s'envole pas avec les der-niers tintements du libera ! pour que le dernier coup de bèche du fossoyeur n’enterre pas plus tard, avec notre cadavre, notre propre souvenir!
Embellissons enfin nos cimetières, pour que nos enfants, trop enclins à l'émigration, n'aillent pas mourir indifféremment sur un sol étranger; pour qu'ils préfèrent au contraire dormir leur dernier sommeil à l'ombre du clocher natal, au milieu des leurs, dans un endroit sacré où l’on se souviendra d'eux, au milieu de ces larmes, de ces bénédictions, de ces prières émues qu'ils trouveront là, mais qu'ils espèreraient en vain peut-être trouver sous une terre d’exil!
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