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Le chant théâtral

20 F, X E M P I. M R E s SUR T A IM E 0 D V .1 A P O N ET 25 EXEMPLAIRES SLR PAPIER DE HOLLANDE

numérotes à la presse de 1 à 20 et de 1 à 25

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LE CMAMT

PARIS MAURICE VIEU & JANE VIEU

Si, rue de ROME, Si

KDITEIHS- l'HOPRI KTA 111RS 1' 0 f H TOCS PAYS

PRIX JSET 50 F.

PREFACE

Mon cher ami,

Si je ve/iais dire iciffiifn'd/it Ici puhlirnfion de ce livre Renseignement du chant n'existait pas, vous seriez le premier à en sourire ; mais Je suis heureu.v de pouvoir déclarer (ju'eii parcourant ( es pages, fj ai rencontré, imprimées pour la prenxihrc fois, bien des vérités essentielles.

Certes, l'enseignement verbal du chant [malgré son. habituel empirisme, malgré (ju'il néglige presque toujours d'aller au fond des choses et d'analyser scic/ifiji</ueme/it les impulsions de l'instinct) a produit, à toutes les éptxjues et pourvu tju'il émanât de bons maîtres, des résultats excellents ; car il peut s'illustrer d'exemples, de démonstrations et d' éclaircissements modifiables selon les élèves auxcjitels il s'adresse.

Il n'en va pas de même de lenseignement écrit, et l'on trouverait, je pense, assez dijfuilemcnf, un chanteur véritableijui dût son talent, ne fût-ce ([u'cn partie, à tel traité r/u'il aurait lu. ( 'est que les méthodes de chant ont le tort de vouloir imiter l'enseignement verbal : elles « v(uit au plus pressé » ; formulent des préceptes, énoncent des commandements, justifiés sans doute, niais (jui, à cause d'une impo.\sibilité matérielle, y apparaissent insuj/lsaninieut crpHip/és et que l'élève, dès lors, ne comprend qu'à demi — quand il les comprend . Ignorant l'origine physiologique des lois qu'on lui impose, il n'en pénètre pas l'esprit, en méconnaît la variabilité, n'eu conçoit point les ressources d'adaptation logique et esthétique au,v cas les plus divers et les plus opposés.

PREFACE

Leméritc et la noincauté de iotrr oin'rage consistent ence qnr, loin fie i'ot/s borner à /^oi/s.ser péremptoirement l'élève flans des eliemins (jiii i'tius sontj'aniiliers iiifds flont il ne eoniifdt ni le terrtiin ni l'itinéraire, {•on\ vons appVujnez bien phitôt à tléphiyer flevant ses yen.v le flotiiai/ie vocfil tout entier, à lui en flévf>iler, si fose dire, Ifi tf)poi^rfip/iie, fifiu tjiul paisse, tl après les ( ireonstanees, y traeer lui-nie'nie sa route et y fléterniiner Iti stifitégie qni lui ef>nvient. f'Oiis le faites, en outre, tl une nui/iière fittraya/ile et flissiniulez la grfivité seientijifjue de vos solides flissertatif>ns sons nn aspect brillant et varie.

J)e nie'me, les références, les exemples pour lesfjuels vons confirmez vos assertions sont ingénieux, ini pré v us , frappa nts , parée fjue vous les prenez tout près de nt>us, à portée fie Vexpérienee journalière et qiiil nous est flonné ii. tonte heure tTen vérifier hi justesse.

Une antre fjualité de cet ouvrage c'est sa loyauté. Nul ne peut flouler, après vf)us avoir lu, fjiie le chant stnt un art extrêmement flijjicile oit l'on ne sanrfiit exceller sfins mettre en teuvre un rare ensemble de facultés et tlout il sied de déconseiller également la pratique à ceux fiiti ne flisposent <jue fl' une belle voix et à ceux tjui sont exclusivement floués de bonne volonté. En effet, le flon qu il est indispensable déposséder pour bien chanter, et sans lequel il faut renoncer à y ptirvcnir, c'est /"instinct vocal. // est inflépendonl fie la voix, comme ^éloquence est inflépendanic de ht prononcuition et la gn'ice chorégrfiphifjne fie la beauté tlii corps, ("est ce ijuc méconnaissent un grfirifl nombre fie prtfesseurs — an point fpu'on ne peut toujours se fléfendre iT un ilinilc ti t'éganl de leur désintéressemenl . La volonté, le labeur assidu peuvent beaucoup en matière de chant, s'ils sont guidés par l' instinct ; privés fie sa lumière, ils demeurent mutiles. La beauté, le volume fie Ifi voix sont d' importance secondaire : ils ne doivent être considérés fjii fia point fie vue fie « l'empltti « auquel il est opportun fie se cf)nsacrer, et pas une personne de gont ne trouverait plus de plaisir à enteiiflre un mauvais ténor hurler ffune belle voix un opéra entier i/u'ii écouter nn bon artiste fie ifi/é-concert détailler avec tact et avec chfirmc une petite chanson .

Or, votre livre seifi il' un précieux secours ti ceux-lti qui possiflcnt l'instinct vocal — tant il est vrai qu'tm ne comprend réellement que

PRÉFACE

ccqu'on savaitdéjà ; grâce à vous, ils K'orrotit plus clair en eux-mêmes; ils retrouveront dans ces pages, nettement décrits et savamment étudies, des phénomènes connus quils tenaient pour autant de particularités personnelles ; ils y apprendront, en. un mot, à se connaître et à se contrôler.

Par contre, ceux qui sont privés de cet instinct, ceux à ([ut, la vocation fait défaut, seront, je le crois — et je Vesperc, promptement rebutés par ce livre. Puisse-t-il, cher a mi, les plonger dans un amer découragement et les persuader d\tdopter une autre carrière que celle du chant pour hKiiicllc ils iir sont pas nés, ou un passe-temps dont leurs contemporains aient moins ii pàtir.

Décourageons ! Décourageons ! c est un devoir, décourageons tous ceux dont la bruyante nullité encombre un art que nous chérissons ardemment , un art (jui peut justement passer pour l' un des plus humains, des plus vastes, des plus nobles qui soient et qu^in soujj'rc fie voir regarder par des sols et des blasphémateurs comme un débouché commode ou comme un délassement hygiénKjue. Humain, comment ne le serait-il pas, puisqu'il prend racine dans notre âme et dans notre corps à la fois, qu'il émane directement de nos fbres les plus secrètes et que rien ne s interpose entre notre e'tre et lui ? l aste il lest infiniment puisqu'il s'inspire de tout, procède de tout, qu'il peut et doit traduire des émotions, évoquer des objets, suggérer des images, receler un pouvoir illimité d'incantation. Quant à sa noblesse, elle réside dans son incomparable fragilité, dans ce qu'il a d'irrémédiablement éphémère : à peine un son est-il créé qu'il s'évanouit à jamais, emportant avec lui son enchantement ; et la valeur artistique d'un chanteur peut se mesurer, entre autres choses, à son souci plus ou moins grand de rendre précieuse une matière vouée à la mort immédiate.

Encore une fois, le caractère transcendant, la beauté quasi abstraite du chaut, votre traité en donne vivement, fortement la notion, sans pourtant jamais perdre de vue un but accessible et pratique. Cette originale et intelligente dualité lui vaudra, j'en suis convaincu, le grand succès que Je v(Uis souhaite de tout cœur.

Reyn.vldo H.vhn.

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