A CHARLES I'O.NCY. OUVRIER MAÇON
Aux bords où, comme toi, ta noble ville est née, Chante, chante toujours la Méditerranée, Cet océan d'azur des fortunés climats ; Mêle ton harmonie à l'écume des lames, A la voix du marin, aux murmures des flammes Qui volent aux cimes des mâts.
Personne mieux que toi ne sonda le mystère Que l'Océan confie à l'écueil solitaire, Mieux que toi n'écouta l'éternel entretien
^IÉRY, A CHARLES POSCY. 275
De la vague et du roc, ces artistes sublimes, Qui, perdus sans témoin aux déserts des abîmes, N'ont d'autre regard que le tien.
Tu sais, bien mieux que nous, les secrets de ces drames, Où parlent tour à tour les voiles et les rames, Les câbles amarrés à l'anneau du rempart, Et l'hymne nuptial qu'entonne la tourmente Lorsque, pour embrasser son orageuse amante, Le vaisseau lève l'ancre et part.
Ton oreille a connu toutes ces mélodies Qui s'exhalent des flots par les pins applaudies, Lorsque, penchés sur eux, ces beaux arbres vivants, Laissant tomber du ciel des paroles humaines, Semblent battre des mains sur les vastes domaines Où chantent les paux et les vents.
Tu sais, lorsque l'écho du rocher la répète, Dans ton souffle saisir la voix de la tempête, Et la jeter au fond de tes vers mugissants ; De sorte que celui qui te lit sur la rive Ne sait pas si la voix de l'ouragan arrive De la mer ou de tes accents.
270' MÉRV , A CHARLES P01ICY.
Ton regard a surpris, quand les flots sont tranquilles, Le travail des deux mers aux bords des deux presqu'îles Double miroir d'azur, double miroir changeant. L'énigme intérieure à tes yeux s'est ouverte ; Ici la mer s'endort sur un lit d'algue verte, Et là sur le sable d'argent.
Tu sais dans nos étés, sous nos zones torrides, Tu sais quels vifs éclats la mer donne à ses rides, Lorsque midi nous livre aux somnolents ennuis : Lorsque le grand soleil, divin foyer des mondes, Semble, au milieu du jour, prodiguer sur les ondes Toutes les étoiles des nuits.
Tu sais aimer Toulon, la ville des fontaines ; L'arsenal, où, du bout de ses longues antennes. Le vaisseau boit l'eau douce, assis au flot amer; Et la rade, où les monts entourent comme un cadre Cette toile d'azur que déchire l'escadre. Flottante cité de la mor.
La mer est une femme : elle ne se révèle
Dans ses mille beautés, beauté toujours nouvelle,
Qu'à des adorateurs recueillis et fervents
&IÉRY, A CHARLES PONCY. 27 7
Qui lui chantent des ver» le long de ses rivages, Et savent les graver sur les roches sauvages. Et non sur les sables mouvants.
Cette création immense et solennelle, Qui porte tout prodige et toute vie en elle, Est à toi. Ce n'est pas pour des regards distraits Que Dieu trempa sa main dans cette mer bénie, Et fit ce tableau d'or, d'azur et d'harmonie, Tout rempli de divins attraits.
La foule, en ses ennuis tristement amusée. Va voir la mer pendue aux cadres d'un musée. Laisse courir la foule et ne l'imite pas ! La grande mer, qui veut l'infini pour domaine, Est à toi. Va fouler, quand finit ta semaine, Son sable amoureux de tes pas.
Travaille, en attendant des semaines de fête !
La truelle est un sceptre en tes mains, ô poète!
Personne dans Toulon n'est plus heureux que toi.
Gagne le pain du jour avec l'obole due,
Va ! la planche de chêne à tes pieds suspendue
Vaut mieux que ln trône d'un roi !
M En y