LANGE ET LE POETE
Sentit battre son cœur, plein d'essence divine ! Il aima l'ange pur de l'amour immortel. L'ange était le poète; et le poète, Fange ; Et l'enfant d'ici-bas, quittant l'humaine fange, Divinisé deux fois par ce sublime échange, Avait le ciel dans l'âme, et Tâme dans le ciel.
Et leur esquif muet, qui passait comme une ombre. Erra, toute la nuit, sur la mer bleue et sombre. La brume à l'horizon tendit son noir décor; Les flots, où s'accomplit ce solennel mystère, Dans leurs lits orageux s'endormirent ; la terre, Pour la première fois, les entendit se taire, Et les astres du ciel fermèrent leurs yeux d'or.
De ces solitudes profondes Tous deux aujourd'hui revenus, Dites-nous ce que sont ces mondes, A notre pensée inconnus ; Révélez-nous les grandes choses Qui devant vos yeux sont écloses ;
LA?fGE ET LE POETE. 70
Dites-nous qui, de l'ange heureux, Ou du poète au front austère Qui prie et souffre sur la terre, Est le plus grand devant les cieux.