AURORE E0RE4LE
Tous ces rayonnements s'éteignent tour à tour ; De ses nuances d'or le ciel se décolore, Et l'heure qui succède à cette belle aurore N'amène qu'une nuit affreuse au lieu du jour.
Et l'on voit, aux deux bouts de l'immensité sombre, Comme Israël, quand l'aube éclairait le désert, Deux colonnes de feu, qui ressemblent, dans l'ombre, Aux deux mâts d'un navire incendié qui sombre, Pâlir, et par degrés s'évanouir dans l'air !
Dieu, qui parle toujours par la voix des symboles, N'aurait-il pas caché quelque secret profond Dans ces temples ardents, aux célestes coupoles, Qui remplissent d'éclairs les ombres des deux pôles, Gouffres dont nul mortel n'a pu sonder le fond?
Car, pareil au marin qui parvient à ces plages,
AURORE BOREALE. I 1 il
Parfois aussi, parfois, glorieux Magellan. Le poète hardi fend l'océan des âges... Mais quand de l'avenir il tente les rivages. D'infranchissables monts arrêtent son élan.
Pourtant, lorsque son œil, que le génie anime. Ose, sans effroi, lire aux arcanes du ciel, Il voit de l'avenir, inexorable abîme, Jaillir des feux qui font à son âme sublime Pressentir le lever d'un soleil éternel.
A JOSEPH ALTRAN
« Lorsqu'aux approches de l'automne, « Tout un formidable arsenal a D'éclairs et de foudres résonne « Sous le ciel méridional :
a Quand nos bois, dont les vagues blanches « Baignent les pieds, et dont les branches s Se balancent aux vents des cieux, « A l'été qui les abandonne, a Avec leurs fleurs et leur couronne .lettent de douloureux adieux :
A JOSEPH Al TRAN. 1 21
u Quand sous les précoces atteintes a Des froids, spectres de notre seuil.
« Toutes nos splendeurs sont éteintes " Tous nos arbres prennent le deuil.
Je ne sais quelle voix austère De= flancs attristes de la terre S'élève vers moi chaque jour.
< Se mêle à l'air que je respire
< Me poursuit partout et m'inspire
■ Des chants de tristesse et d'amour.