I 2G A JOSEPH AUTRA
Et le vent des siècles qui roule Tous les destins de l'avenir ; Tout ce qui, dans cette tourmente, S'agite, se fond ou fermente :
Toutes les lueurs qu'il en sort.
Toutes les scènes de ce drame, N'auraient donc porté dans ton àme Que des pressentiments de mort?
Que fais-tu, mon bien-aimé frère ?
Dis-moi pourquoi tu ne viens pas Au grand mouvement qui s'opère Mêler ta pensée et tes bras ?
Celui qui, comme toi. s'isole, Peut-il savoir si la boussole Du vaisseau de l'humanité Le dirige vers un abîme, Ou vers un rivage sublime Parla main divine abrité".'
A JOSEPH ALTRAN. 127
Hélas ! frère, moi qui te prêche Le courage, toujours je sens Mon àme plus vide et moins fraîche.
Mes efforts toujours moins puissants.
A bien des maux je suis en butte, Mais nul obstacle ne rebute Mes bras, à vaincre habitués.
Ma voix prie, exhorte, encourage.
Et fait souvent dompter Forage Par ceux que l'orage eût tués.
C'est que je retrempe mon âme Au feu que rien ne peut ternir.
Au feu dont le Seigneur enflamme Le phare obscur de l'avenir.
Ne disons plus que c'est un rêve !
Douter de l'astre qui se levé.
128 A JOSEPH ALTKA.V
Que le monde attend à genoux.
Ce serait douter de Dieu même, Ce serait couvrir d'anathème Tous ceux qui viendront après nous.
Viens! déchire avec nous le voile Dont les plis ont intercepté Cette mystérieuse étoile (Jui doit guider l'humanité.
Viens, frère, adoucir sa souffrance.
Combattre pour sa délivrance, Ramener à Dieu les méchants !
Viens échanger, contre la gloire D'avoir devancé la victoire, Ton enthousiasme et tes chants!
Lève-toi, leve-toi, poète, Sors de ton coupable sommeil