‹ Le chantierChapitre 54 sur 106 · CHANT DV PECHEUR · texte numérisé non relu

CHANT DV PECHEUR

a Je n'ai jamais quitté la rive où je suis né. On m'a dit que, bien loin du climat fortuné

De ma tiède et verte Provence, J'aurais vu des cités qu'inonde l'opulence. Mais, au-dessus des monts où mon âme s'élance. Ne vois-je pas un ciel, comme partout ailleurs'? Ne resplendit-il pas des plus riches couleurs. Ne révèle-t-il pas une vie éternelle

D'amour, de joie et de bonheur.

Et ne chanle-t-il pas, quand sa voûte étincelle, La gloire du Dieu créateur? »

Nous y voici ! Rasons l'arriére

De l'énorme vaisseau de guerre

Dont les triples rangs de canons

Sortent, pareils à des lions,

Leurs têtes, hors de leur tanière.

J'aperçois, sur le pont, l'intrépide marin Au poste désigné se diriger soudain.

Attentif au sifflet du maître,

Sur-le-champ il sait reconnaître

Chaque manœuvre du vaisseau.

« Quels sont ces deux géants ancrés loin de la plage, Et dont cent vingt canons défendent l'équipage?

— L'Océan, le Monlebello !

— Et ceux dont les marins couvrent la grande hune,

Leur nom? — Le Trident, le Xeplune!

— Là-bas, plus près du bord, quels sont ces autres deux?

— L Inflexible et le Généreux !

— Et celui caressé par la vague vermeille,

Son nom ? — La Ville de Marseille.

— Les deux derniers? — L'Hercule et le Sanli-Pélri !

Hélas ! tous ces marins, dont le cœur fut pétri Pour vivre de combats, pour narguer les tempêtes. Afin de ne point voir leur pavillon flétri,

Tenaient toujours leurs armes prêtes.

Mais ce fut vainement, et leurs bras valeureux Des débris de Beyrouth sont revenus poudreux ! Les vents les abreuvaient d'un parfum de vengeance. Ils auraient voulu rendre aux vainqueurs d'Aboukir

La mort qu'aux enfants de la France

Leurs canons y firent subir.

Et si, dans leurs gouffres humides, Les vagues avaient vu les Anglais s'engloutir, On aurait entendu du haut des Pyramides

Quarante siècles applaudir!

Pêcheur, mon âme est oppressée Quand ces beaux souvenirs réveillent ma pensée ! La France n'avait pas de rivale en splendeur ; A la tête du monde elle s'était placée. Mais, tombée aujourd'hui du haut de sa grandeur. Sans force dans les bras et sans courage au cœur, Dans l'oubli de sa gloire elle dort affaissée ! 0 Seigneur ! que mes vœux ne soient pas superflus ! Rends à mon beau pays tous ces grands jours perdus

162 PfiOMKNADE SliP. M£li.

Dont r astre de juillet semblait montrer l'aurore! Toi. pour qui ces chagrins sont restés inconnus, Vogue, pécheur, et chante encore!

CHANT Dl PECHEUR.

u Ainsi que le zéphyr, au fond des bois déserts. Berce les nids d'oiseaux suspendus au feuillage. Ainsi mon frêle esquif, par le vent du rivage, Est mollement bercé sur le flot bleu des mers. »

Mais il faut retourner à la rive chérie Où dans l'obscurité s'écoule mon destin. Le vent, autour de nous, charrie Les flots qu'il soulevé au lointain ; Le charme riant du matin Avec le jour perd son mystère!...

Maître, la barque touche à terre.

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