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CHANT DU PECHEUR

« Si je reste un seul jour sans jeter mes filets, Mer, dans tes liquides palais, Tes flots, en brisant sur les roches.

M'adressent de tendres reproches.

Mais à peine ma barque a quitté les galets, Qu'aussitôt la vague endormie

La berce en soupirant, la guide sans efforts, Et reconnaît la main amie Du vieux pêcheur né sur ses bords. »

Arrête encore, ami ; mais c'est une féerie ! Je découvre le fond des mers, Où, comme une fraîche prairie, S'étend la mousse aux cheveux verts.

Vois la sèche au ventre d'ivoire.

Le homard aux flancs de corail, La dorade, dont la nageoire S'agite comme un éventail; La vive et gracieuse anguille Se glissant sous l'algue qui brille, Et la murène au dos d'émail î

Ainsi les enfants de Tonde,

Pareils à ceux de ce monde.

Ont leurs champêtres séjours :

Et la féconde nature

Leur a donné la verdure.

Puis une forêt obscure

Pour y cacher leurs amours. .

Les rochers que la mer encadre Montrent, clans les brouillards, leurs fronts noirs et chenus.

Et les manœuvres de l'escadre

Jettent au loin des bruits confus :

Le parfum des mers s'évapore...

Je veux voir de près ces vais-eaux Qui viennent de quitter les rivages du Maure : J'y vois échelonnés de nombreux matelots :

Ils vont sécher, au vent des flots. Leur voile humide encor des larmes de l'aurore.

Vogue, pêcheur, et chante encore !

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