N DU LAZARET DE TOULON
De leurs royales fleurs posent le diadème. Mon luth, sa couronne de vers.
Et quand nous reviendrons, sur les plages profonde? Éblouis par l'éclat de ton front virginal, Les marins s'écriront : « Voyez! Fange des ondes Ramène un exilé dans son pays natal. »
LENDEMAIN DORAGE.
Calme plat! l'Océan, plus uni qu'une glace. De ses bords radieux n'envahit plus la place. Forcé de remorquer son vaisseau, le marin Cargue avec désespoir ses voiles inutiles. Pas un souffle de vent '. les eaux sont immobiles Comme une surface d'airain.
Calme plat! l'air est pur, le ciel clair, la mer rose, Le goéland de neige avec amour s'y pose. Le beau soleil d'hiver y mire son front d'or ; Et le flot nonchalant que l'aviron soulève, Pareil à la beauté qu'éveille un tendre rêve, Avec mollesse se rendort.
2lG LENDEMAIN D'OHAGE.
L'algue, que sur la rive apportent les marées. Offre un mol oreiller aux barques amarrées. La mer semble exhaler des parfums de bonté. Et, bien que Tair soit froid, sur les cordes tendues Les vestes des marins sont toutes suspendues : On dirait une aube d'été !
Calme plat ! et pourtant le robuste pilote D'un regard inquiet interroge la flotte ; Et, pareil aux pêcheurs de Léopold Robert, De tristesse et de deuil sa face semble empreinte. Comme si l'avenir, qu'il sondait avec crainte. A ses regards s'était ouvert.
Calme plat! et pourtant les rocs sont blancs d'écume. L'éclair, comme un marteau rayant la noire enclume, A creusé .-ur leur- fronts plus d'un ^llon récent. La grève, de débris et de corps est jonchée , Et du sable éclatant la blancheur esl tachée De larges étoiles de sang.
Horreur! cet Océan est moins grand qu'hypocrite, Sa rage, en traits de sang, sur son front est inscrite: Aujourd'hui c'est te ciel, hier c'était l'enfer.
LENDEMAIN DORAGE. 217
Hier, ce calme azur qui caresse la terre Fumait comme un volcan, comme si le tonnerre Avait incendié la mer.
L'Océan, défiant îlots, digues et havres, Nous jetait en défi des monceaux de cadavres. Hier, le flot fauchait, monstrueux moissonneur, Les vaisseaux, les marins ! Aujourd'hui qu'il sommeille , De sa vaste poitrine azurée et vermeille Montent des soupirs de bonheur !
Sur tous les marins morts, sur les barques broyées, Sur les blocs de granit des roches foudroyées, La mer a déroulé ses radieux linceuls.
Dirait-on maintenant que le sang l'a rougie, Sans tous ces naufragés, reste de son orgie, Qui, sur ses bords, l'attestent seuls?
Le monstre est bien repu! tremble, Océan livide !
Toujours ta soif de sang s'éveille plus avide ,
Mais qui sait, vieux Satan ! si Dieu, que tu trompas,
Ne s'indignera pas qu'en tes nuits de démence
Tu transformes tes flancs en cimetière immense,
Et ne te desséchera pas?