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MA MERE ET MON ENFANT

Tant mon cœur est sevré des clartés où j'aspire, Et tant, pour m'enlever le droit de le maudire. Dieu me révèle en tout son pouvoir triomphant. Qui m'enlève une mère et m'envoie un enfant!

15 mai 1843.

15 juillet 1843.

De Ici bonté de Dieu j'avais trop présumé !

Il vient de me ravir mon enfant bien-aimé.

La mort, pour revenir, n'attend pas qu'on l'oublie,

Et toujours un malheur à cent malheurs se lie.

Hier, l'horrible mort, dont rien ne nous défend. Brisa mon cœur de fils, en m'enlevant ma mère ; Aujourd'hui, par la mort de mon premier enfant. Elle vient déchirer mes entrailles de père.

A M. LAYET

L'Océan , l'Océan! toujours lui ! Ma pensée Ne rencontre jamais, dans sa course insensée, Que les flots ou les rocs dont il ronge les flanc- Soit qu'un calme superbe à sa surface dorme, (Ju que. sur ta falaise énorme, Viennent bondir ses flots tremblants.

Comme un glacier polaire, à colossale forme, Escaladé par des ours blancs.

l'océan. 23:5

Océan, que veux-tu? Dis-moi qui t'autorise A flageller ces rocs que ton flot pulvérise? Veux-tu donc engloutir tous ces mâles vieillards Contemporains du jour où, de ses mains fécondes,

Dieu créa les soleils, les mondes,

Et les lança comme des chars?

Veux-tu, brisant sur eux tes orgueilleuses ondes,

Saper ces antiques remparts?

Dieu ne les a point faits avec ces fronts arides Où, comme autant de socs, tes flots creusent des rides Si larges qu'on dirait le lit d'un vieux torrent ; Il ne les a point faits avec ces teintes sombres,

Avec ces creux, séjours des ombres.

D'où sort un raie déchirant ; Avec ces pieds minés, cachés sous des décombres

Que le vent balaie en courant.

Tes flots ont seuls flétri leur beauté primitive.

Tes flot-, que l'ouragan brasse et lance a la rive,

23 l l'océan.

Ont osé mutiler ses types souverains.

Pourquoi venir vers nous avec ces voix sauvages?

A quoi bon tous ces grands ravages,

Ce flot qui hérisse ses crins, Écume et fait voler le sable des rivages,

Comme un coursier rompant ses freins?

Et l'Océan me dit : « Assieds-toi sur les crêtes Des rocs, dont j'ai fouillé jusqu'aux grottes secrètes. Et tandis que le soir rembrunira les cieux, Tandis que tu verras mes plages grandioses

Refléter les nuages roses

Au fond des flots tumultueux, Dieu, peut-être, à ton cœur révélera les causes

De mon courroux majestueux !

Crois-tu donc que mes flots, sans que Dieu les dirige, Harcèlent ces rochers dont la laideur t'afflige? Crois-tu que l'ouragan, noir cavalier des mers, Enfonce dans mes flanc- ses éperons d'éclairs ; Qu'il fa?se succéder, sur mes désert.-» sublime.-.

l'océan. 23 ô

Les abîmes aux monts et les monts aux abîmes . Qu'il parle par la voix des tonnerres grondants ; Que ses jours de colère, en malheurs abondants. M'arment, contre mes bords, d'une telle inclémence. Sans qu'un but soit caché sous ce travail immense? Un bras divin me guide, et mes flots éternels Accomplissent de Dieu les ordres solennels. Tranquille, ou foudroyant les rives, de ma rage, Mon calme et ma fureur sont toujours son ouvrage. Et qui peut demander au Dieu qui nous régit Pourquoi le ciel foudroie et l'Océan mugit? .. »

Et je compris alors combien de grand? symboles Vivent sur l'Océan, de l'équateur aux pôles ; Et combien, dans ses flots, ses cris, ses mouvements, Le poète pouvait puiser d'enseignements.

Et mon œil embrassa toutes ces mers ensemble Que Dieu soulève ou dompte alors que bon lui semble Vastes chemins du monde à tous les pas ouverts : Grands bazars où l'on voit échanger, dés empires

23fi L OCEAN.

Les batailles ou les sourires, Les produits, les trésors divers ; Où viennent se croiser, sur des ponts de navires, Tous les destins de l'univers.

Les mers, ces sœurs du ciel, qui rapprochent les inonde-; Les mers, dont tout poète a salué les ondes, Depuis les bardes grecs jusqu'à ceux d'Albion; Plaine qui vibre encor despoè'mes d'Homère,

Qu'Ossian appela la mère

De sa vaste inspiration.

Et dont l'immensité, devant l'homme éphémère,

Luit, depuis la création !

Et j'admirai la mer, et je crus voir en elle Le peuple souverain, la famille éternelle, Qu'un mot de Dieu soulève aux jours prédestines. Qui bout, pareille aux flots que l'orage incendie ;

Qui. par le canon applaudie,

Écrase les rois consternés :

Et dont la paix endort, comme une mélodie.

Les Ilot- à ses pieds ramenés.

Etje revis le peuple, armé de >e> colères.

Dans ces flots qui livraient, aux rocher? séculaires. A ces rois de la rner. de monstrueux combats. Tous ces flots, bondissant dans le vaste hippodrome.

Au roc. pâle corn me un fantôme.,

Semblaient de farouches soldats; Chaque éclair qui brillait, était un glaive d'homme:

Chaque tonnerre, le trépas.

Les \agues. de ces rue- broyèrent la couronne

Kl le- beaux piédestaux, ces images du trône ! Et j'entendis leur voix de vainqueur exalté

Improviser soudain de longs hymnes de gloire Qui, de la mer muette et noire.

Ébranlèrent L'immensité.

Le? Ilots avaient rompu leur digue, et leur victoire Avait conquis la liberté.

Cette scène, ces cris, ces nocturnes batailles. Que la mer exhumait de ses sombres entraille: (les plages, exhalant de funèbres sanglots. Ces blocs décapite- par le courroux des flots,

A ma jeune pensée, aux souvenirs fidèle.

Du grand quatre-vingt-treize offraient le grand modèle.

Comme alors se mêlait, sous un ciel ténébreux,

La fièvre de la joie aux désespoirs nombreux !

Mais sur tous ces rapports je méditais encore.

Que je vis l'aube blanche à l'horizon éclore.

Alors je m'écriai, d'un saint transport saisi :

« L'énigme de nos jours semble briller ici. »

En contemplant la mer qu'un divin souffle anime,

A mes yeux, l'avenir des peuples s'illumine.

Aux peuples, comme aux flots, l'Éternel, de sa main,

Pour les conduire au but, indique le chemin.

La science et la paix éclaireront le monde.

Ainsi que l'Océan des feux du jour s'inonde.

L'ignorance et l'erreur, qui pesaient sur nos jours.

Comme ces noirs rochers tomberont pour toujours.

Comme ces flots puissants, que le calme rassemble,

Dans un amour sans fin nous nous fondrons ensemble ;

Et, le ciel souriant à cet hymen béni,

Nous aurons le bonheur comme il a l'infini.

Car Dieu, qui des soleils maintient seul l'équilibre,

Veut que l'homme, les vents, les flots, tout vive libre,

Que tout ce qu'il a fait s'épanouisse au jour.

Que chacun ait sa part de soleil et d'amour !

l'océan. 230

L'humanité, longtemps à de grands maux soumise.

Marche à pas de géant vers la terre promise.

Rien ne peut l'arrêter dans son sublime effort,

Car le bras populaire est un bras vaste et fort.

Quand il entame une œuvre, il faut qu'il l'accomplisse,

Et dans tout ce qu'il fait, le ciel est son complice.

A LAURF.T,

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