MA MEKE ET MON ENFANT
De ton bonheur futur caresse la chimère: Quand son amour te fait un avenir si beau. Moi, je pense à la mienne endormie au tombeau; Car tes yeux, en s'ouvrant, salùront la lumière Du funèbre flambeau qui veilla son suaire. Les mains qui l'ont bénie a son dernier soupir. Du ventre maternel t'aideront à sortir:
Et, lorsque tu naîtras, ange exilé des anges. Des restes d'un linceul on te coudra des langes.
Et tu viendras souffrir, et pleurer, à ton tour. Ta mère, en qui le ciel met déjà tant d'amour ! Oh ! si tu vis. mon fils, et si tu deviens père. Prédis à tes enfants un destin plus prospère ; Car moi, jeune vieillard qui ne vis que d'amour, Je crois que tout enfant qu'on jette en ce séjour Ressemble aux nouveau-nés qu'en leurs horribles fêtes Les mères de Carthage, au signal des Suffètes, Précipitaient, l'œil sec, dans la gueule de feu D'un monstre que l'erreur adorait comme un dieu ! Car je doute de tout, tant est vide mon âme. Tant je sens, dans mon cœur, s'éteindre toute flamme, Tant Dieu, dont le décret si soudain nous surprend, Se montre à mes regards impénétrable et grand,