A GUILLAUME CLOUA BECK
Ses vieux compagnons morts, qui, pour le voir encore, Parfois, nous disait-il, quittaient leur Panthéon.
Quand l'Empereur mourut, lui, ne pouvant pas croire Qu'un ilôt africain dévorât l'homme-gloire, Regardait, quand les flots gonflaient les océans, S'il ne descendait pas a cheval sur la foudre.
Pour disperser et pour dissoudre Ces pâles escadrons d'éphémères géants.
Ce bras que la mort voue à l'oubli de la tombe, Et qui, sans mouvement, sur son cadavre tombe. Savait brandir un sabre et pointer un canon. Cette livide chair de ses pieds s'est durcie
Dans les neiges de la Russie, Et dans les chauds déserts où résonna Memnon.
Ce regard qui, devant la phalange ennemie. Surprit tous les matins l'aube encore endormie. Est mort, comme une fleur au soleil desséchant. Son lit est froid ; la rouille ébrèche son épée. Ta vie, ô vieillard, fut une longue épopée. Et ta mort héroïque en est le dernier chant.
A GUILLAUME CLOUARECK. '241
Dors, soldat oublié! ton âme, que j'évoque, llepose auprès du Dieu que tout mortel invoque. Laisse dormir ta gloire à l'ombre des cyprès. Tu ne dois pas a l'or les pleurs dont on t'arrose.
La plus sublime apothéose.
C'est ce muet concert d'unanimes regrets.
Sur l'oreiller des morts incline ce front chauve Blanc comme le plafond de ton étroite alcôve. Rien n'a pu le flétrir, pas même le trépas. Ta grande àme. au milieu des dangers aguerrie, De tous les maux humains est aujourd'hui guérie. La mort est un bienfait, car tout souffre ici-bas.
Le cercueil est scellé. L'humide et froide argile Gesse de résonner sur la planche fragile. Adieu!... les chants guerriers, le canon, le tambour Les combats où vainqueurs et vaincus, tout expire, Rien n'éveillera plus le héros de l'Empire Que les clairons du dernier jour :
LA ROSE FOULEE.
Pauvre fleur que, dans lallée, Son pied distrait a foulée, Sur mon cœur vis jusqu'au soir Vis pour me parler de celle Si fière, hélas! et si belle, Qui te brisa sans te voir.
Sa cruelle indifférence Dans uni' même souffrance
LA ROSE FOULEE. 249
Nous unit tous deux, ma sœur.
Comme toi, brisé par elle, Si fière, hélas ! et si belle, N'ai-je pas la mort au cœur?
0 Heur ! si tu renais femme !
Parfum, si tu deviens âme !
Si Dieu te fait refleurir, Rose, en un sein de rosière, Sois aussi belle, et moins fière.
Tu vois qu'on en peut mourir.