A BÉRANGER
Maître, quand l'âme, lyre humaine, Au poétique ciel devenu ton domaine, Vole, ardente, pareille au soleil, dieu du jour, Afin d'y conquérir ton paternel amour ; Quand le génie enfant, l'aile à peine étendue, La harpe en main, s'abat à tes genoux, tu dois Diriger son essor à travers l'étendue ; Tu dois, pour l'inspirer sur sa harpe tendue,
Guider ses inhabiles doigts.
Car plus d'un poè'te s'égare, Plus d'un glorieux barde, hélas! nouvel Icare.
A KÉBANGER. 2Ô3
Après avoir nagé dans le ciel azuré, Sans ailes, sur le sol tomba chauve et brisé. Car de divines voix, par les vices tuées, Ont ici-bas laissé leur hymne inachevé ; Et bien d'autres, après s'être constituées Les Memnon du Seigneur, se sont prostituées Aux richesses du réprouvé.
Maître, je t'ai pris pour modèle.
Les orages humains peuvent à tire-d'aile S'étendre dans mes cieux et tourner sur mon front : Ils peuvent m'abreuver d'ironie et d'affront, Ces hommes qui voudraient terrasser dans l'arène Tout cœur de barde libre, au sein du peuple éclos : Je suis sourd, comme Ulysse, à leur voix de sirène ; Et ma douce nacelle, à la frêle carène.
Vogue bien loin de leurs brûlots.
Toutes les douleurs de la vie, L'enfance aux songes d'or d'un orage suivie . L'esclavage, l'exil, les forfaits, les remords, Les peuples pressurés, des rois rongeant le mors : L'enfant qui meurt avant de vivre, l'espérance Dont le but fuit, pareil au mimpe trompeur :