‹ Le chantierChapitre 95 sur 106 · A BKRAR6CB · texte numérisé non relu

A BKRAR6CB

Les vertus dont on rit. les tyrans qu'on encense, La sainte illusion qui laisse un vide immen-e Lorsqu'elle déserte, le cœur.

Rien ne glacera mon délire :

Car mon enthousiasme est saint, car Dieu m'inspire : Car je chante le peuple, et je trouve dans lui Le phare du bonheur qui sur mon aube a lui. Car le peuple, ô mon maître! est le berceau sublime Des plus grandes vertus, des plus grandes douleurs; Car il faut réchauffer tout cœur pusillanime, Il faut jeter la boue et l'anatheme au crime,

Guérir les maux, tarir les pleur-'.

Oh! lorsque mes jeunes années Buvaient, comme un doux miel, leurs heures fortunées, Quand le sommeil, alors que le jour s'achevait, De songes radieux parfumait mon chevet.

Qui m'aurait dit qu'un jour la belle mélodie De tes chants immortels m'eut ainsi fait rêver, Que ton génie eût lui, comme un vaste incendie, A mes yeux éblouis, et que ma voix hardie

Osât jusqu'à toi s'élever.

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Parmi les ouvriers, ô maître !

J'appris à t'admirer avant de te connaître.

A tes mâles chansons, que nous chantions en chœur. L'oubli des maux, la joie, emplissaient notre cœur : Et tandis que ta gloire émerveillait l'Europe, Que ton nom s'étendait dans l'univers entier, Ton front, qu'avec orgueil notre amour enveloppe, Recevait les lauriers que te tressait l'échoppe, Et l'encens du poudreux chantier.

J'ai blanchi fa sombres alcôves, Ou la mon vint chercher des vieillards froids et chauves, ou des mères, hélas ! vinrent perdre le jour En transmettant leur vie au fruit de leur amour ; Où l'ouvrier mourut de faim et de misère, Où la nouvelle épouse, ange au front velouté, Comme le papillon, d'une tendre poussière, Sous des lèvres de feu qu'un long amour altère,

Vit tomber sa virginité.

J'ai bâti de pauvres chaumières Et de riches palais aux coupoles altières ; Mes marteaux ont sapé les murs de? vieux couvents,

Et leur poussière infâme a vole dans les vents ;

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Nomade paria, j'ai porté ma truelle Dans des boudoirs brillants, d'amour tout parfumés, Dans plus d'une taverne où la joie étincelle, Où le vin généreux dans la coupe ruisselle, Dans des galetas enfumé?.

•1 ai voûté des caves obscures, Cloué l'ardoise bleue au sommet des toitures ; J'ai blanchi des prisona et d'infects hôpitaux, •l'ai découpé l'acanthe aux plafonds des châteaux ; Mais dans tous les plaisirs que le travail me donne, Dans toutes les douleurs qu'il me fait éprouver, Toujours ta sainte voix dans mon âme résonne ; Toujours dans mes bras forts le sang court et bouillonne

Rien encor n'a pu m'énerver.

Car je t'entends, ô mon prophète!

Dire à mon cœur : Travaille, et tu seras poète. Qu'importe la misère à qui veut parvenir? Et puis tu m'entretiens de joie et d'avenir; Tu me dis qu'en mes mains le ciel mit une lyre D'où de sublimes chants tendent à s'envoler; Que ces sublimes chants que ma voix ne peut dire, Les hommes auraient dû m'apprendre à les écrire.

A BÉKANGER. -)-">*

Afin de les leur révéler.

Oui, jadis ma jeune poitrine Brûla, comme un volcan, d'une chaleur divine; Tout mon être , gonflé de généreux orgueil , Crut le ciel sans tempête et la mer sans écueil : L'espérance dorée, auréole des âmes.

Comme le roi du jour pourpre les hauts sommets, Sur mon front de seize ans faisait briller ses flammes ; Mais l'océan des maux, en agitant ses lames,

Éteignit ses feux... pour jamais!

Pourtant, quand le soir, sur mes grèves,

La brise levantine alimente mes rêves, Et m'apporte les chants de patrie et d'amour Des matelots lointains, priant pour le retour: Lorsque le cap aigu s'effile en silhouettes, Lorsque nos flots lascifs, par nos monts abrités, Font mousser dans les airs leurs neigeuses aigrettes, Et que leur doux sillon ressemble a ces fossettes, Qu'en riant montrent les beauté? :

Ou bien quand la lame fracasse

La falaise livide où 1 ouragan s'entasse

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Quand dans Tonde, naguère aussi calme que Dieu, L'éclair rouge zigzague en couleuvres de feu, Qu'on voit se hérisser les flots aux blanches cimes, Et que la mer, hurlant d'effroyables sanglots, Pour assouvir la faim de ses pâles abîmes, Engloutit dans ses flancs presque autant de victimes Que ce qu'elle roule de flots ;

Alors le feu sacré me brûle, Un fluide électrique en mes veines circule, Et mon cœur, qui s'ébranle au choc des éléments, Jouit de leur triomphe et souffre leurs tourments ; Et je tremble d'effroi quand la vague, insultée Par l'ouragan qu'exalte un sauvage plaisir, Se levé exaspérée, implacable, indomptée, Et se renfle, et blasphème avec ses cris d'athée,

Jusques à le faire pâlir.

Maître, que sur ma brune joue Le char du riche fasse éclabousser la boue ; Que la misère, aux jours sans travail de l'hiver, Me fasse du besoin sentir le dard amer : Que le mistral . qui siffle en charriant les glaces, Et s'engouffre en râlant dans nos chantiers sans toits

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Fasse saigner nos doigts ciselés de crevasses,

Et tende sur nos cœurs, si forts et si vivaces, Le deuil qu'il tend au front des bois;

Toujours mon âme rajeunie Par ces quatre foyers d'où me vient le génie, Le peuple, Béranger, l'Océan, le ciel bleu, Exhalera sa vie en cantiques de feu.

Toujours, Maître, toujours dans nos soirs de silence, Dans ceux où l'ouragan met la mer aux abois, Au nom des ouvriers, des guerriers de la France. Au nom du monde entier dont tu fonds la souffrance,

Tu seras béni par ma voix.

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