I. Par exemple, les électrons positifs et négatifs
nés de coalescence par refroidiSvSement onl déjà mis en évidence l'existence d'une ou de plusieurs hérédités, mais d'une hérédité au moins. Ce sont les hasards de l'éducation qui ont fait apparaître, ici des molécules de soufre, là des molécules de chlore, etc. Mais ces molécules une fois formées, et tant quelles ont duré (car rien n'em[)êche que des associations se soient détruites ultérieurement ; nous voyons bien se former des cristaux de glace dans l'eau, et ces cristaux qui jouent un rôle historique pendant qu'ils durent, peuvent disparaître ensuite en fondant), ces molécules, dis-je, une fois formées par hasard, ont joué, parmi les phénomènes ultérieurs du monde, un rôle dans lequel intervenait leur hérédité, c'est-à-dire l'ensemble de leurs propriétés actuelles. Un premier hasard avait donc donné naissance à des hérédités qui avaient ensuite joué un rôle dans les hasards ultérieurs. Des agglomérations nouvelles se sont formées de nouveau, dans lesquelles les hérédités précédemment constituées ont encore joué un rôle, et ainsi de suite ; il y a eu une histoire du monde, dans laquelle, à chaque instant, intervenaient les hérédités actuelles et les circonstances fortuites qui les rapprochaient. Il y a eu une histoire du monde et une seule, et la conséquence de cette histoire est que, aujourd'hui, les choses sont comme elles sont et non au-
trement. Dans le monde actuel, nous découvrons de nombreuses lois physiques, ces lois sont Texpiession des propriétés des corp actuels et de leurs relations les uns avec les autres. Or, il est évident que le hasard des rencontres historiques a joué un rôle très grand dans la genèse des propriétés des corps actuels. Toutes les hérédités des corps successifs ont été la conséquence des hérédités des corps précédents et des hasards de circonstanceshistoriques. En remontant à la source, nous trouvons uniquement Thérédité de la matière primitive ou des matières primitives. Fout le reste est hasard ; c'est-à-dire qu'il n'y avait presqu'aucune raison a;? non (hérédité) j pour que le monde fût comme il est ; il y avait * seulement l'hérédité de la matière primitive, et nous pourrions aisément concevoir que d'autres hasards aient produit un monde différent, dans lequel il y aurait seulement, en commun avec notre monde actuel, les propriétés initiales des matières initales.
iJes astres divers se sont constitués, prenant tous une forme voisine de la sphère, qui est, on s'en rend compte aisément, la forme fatale de toute ao^olomération dans laquelle il n'existe aucune direction prépondérante ou différenciée ; la forme sphérique est la plus voisine du chaos ; c'est celle où l'hérédité joue le moindre rôle ; c'est celle des œufs et des proembryons dans lesquels Tac-
cumulation du vitellus inerte masque les hérédités morphogènes : c'est celle des ondes vibratoires rayonnant autour d'un corps vibrant dans un milieu dépourvu de propriété dirigée ; et cette forme de la surface sphérique des ondes nécessite la loi du carré des distances dans la gravitation, l'acoustique et la photométrie.
Dans l'un de ces astres, la Terre, qui nous intéresse plus que les autres, et qui a eu d'abord la forme d'un sphéroïde tournant autour d'un axe, des solidifications de roches ont introduit des éléments durables ; ces solidifications ont eu des raisons historiques dont elles restent le seul témoin. Une fois des corps solides formés, ces corps ont joué un rôle dans rhistoire ultérieure du globe ; ils ont apporté leur contingent d'activité individuelle dans la construction historique des reliefs du sol ; ils ont limité les vases dans lesquels se sont rassemblées les eaux, et qu'on appelle océans. A chaque instant, les événements historiques, dirigés par le relief actuel du sol ont modifié ce relief. Nous assistons encore aujourd'hui à des variations incessantes de la géographie physique du globe ; on étudie en géologie les lois de ces j^hénomènes actuels. Ce sont des phénomènes physiques et chimiques, au cours desquels les agents météorologiques attaquent, suivant des lois bien déterminées, les montagnes et les val-
lées. L'évolution de notre globe semble présenter des variations de moins en moins considérables, à mesure que la carcasse solide de la terre est plus résistante ; l'érosion des roches produit des résultats beaucoup moins importants pour la configuration des continents que les soulèvements et les affaissements dont la minceur primitive de la croûte terrestre facilitait naguère la réalisation. Sans doute il se produira encore des convulsions dans Técorce terrestre, mais nous devons penser que ces convulsions deviendront de moins en moins fréquentes à mesure que le refroidissement épaissira la croûte solide du globe.
Quoi qu'il en soit, marquée par des phénomènes plus ou moins importants, cette évolution a duré jusqu'à nous et dure encore. La forme de la Terre actuelle est le résultat de son évolution historique ; rien ne nous empêche de penser qu'une autre évolution eût pu conduire à une autre distribution des terres et des eaux. Nous ne connaissons aucune raison, en dehors de la raison historique, pour que les choses soient comme elles sont, plutôt qu'autrement. La preuve en est que, s'il existe encore des régions inaccessibles du globe, nous ne pouvons pas deviner comment elles sont faites ; nous ne connaîtrons leur géographie que quand nous les^ aurons visitées, parce que leur relief du sol a
pour seule raison d'être une histoire passée, que nous ne connaissons pas. Et cependant, nous trouvons que le monde est admirable ; nous nous extasions sur les harmonies de la nature! C'est que le monde, avec les reliefs successifs qu'il a dus à son histoire a été le cadre dans lequel s'est développé la vie. C'est l'adaptation, propriété des êtres vivants, qui a modifié les êtres vivants de façon à les mettre à leur aise dans le monde ; c'est parce que nous sommes adaptés au monde que nous trouvons le monde harmonieux.