LA VIE
Comment la vie a t-elle apparu ? Mystère ! A-t-elle apparu une fois ou plusieurs fois, en un seul point ou en plusieurs lieux distincts ? nous l'ignorerons probablement toujours. Ce qui est certain, c'est qu'elle a apparu au moins une fois et qu'elle a duré depuis, en conservant certains caractères qui lui ont valu de conserver le même nom, les caractères qui définissent la vie et qui distinguent tous les êtres vivants des corps bruts. La vie a apparu sous une certaine forme, c'est-à-dire que la première substance vivante avait des qualités spécifiques, une hérédité particulière ; de
cette hérédité primitive nous ne savons rien, sinon que l'être qui en était porteur était capable de vivre dans le milieu oîi il avait apparu, sans quoi il serait mort et la vie aurait disparu. Il était apteh. assimiler les éléments du milieu, et à se multiplier par là môme, car il est bien vraisemblable, malgré tout ce qu'on a supposé à cet égard, que les conditions dans lesquelles vivent les protoplasmas entraînent fatalement la nécessité d'un morcellement dès que la masse vivante dépasse certaines dimensions. Les divers desceiidants de ce premier être vivant ont été emportés par les hasards, par les courants, dans des régions variées du monde ; la plupart, rencontrant des conditions défavorables, sont morts; mais quelques-uns ont survécu, puisque la vie dure encore. Ils ont survécu en se modifiant, en s'adaptant à ces conditions nouvelles, et chacun d'eux a fait souche à son tour ; chacun d'eux, avec son hérédité du moment, a été le point de départ d'une ou de plusieurs lignées dont quelques-unes ont duré jusqu'à nos jours sans interruption, de sorte que tout être, vivant aujourd'hui, vit en réalité depuis l'origine de la vie.
Il faut rappeler cependant les interruptions des lignées, ou plutôt les suspensions momentanées du phénomène vital par la maturation sexuelle ; j'ai donné ailleurs les raisons qui m'ont amené à considérer les
gamètes ou éléments sexuels miirs comme des éléments morts. La Revue scientifique, dans un numéro récent^ s'est inscrite en faux contre cette assertion ; elle s'appuie pour cela sur ce que « M. Lécaillon a montré que chez beaucoup d'espèces animales... l'œuf non fécondé est susceptible d'évoluer dans une direction semblable à celle que suit l'œuf fécondé ». Mais cela prouve seulement que, dans les espèces considérées, les ovules ne mûrissent pas complètement. J'ai montré, dans mon Traité de biologie, que ce phénomène est la règle dans beaucoup de cas, et que la maturation totale semble au contraire se produire à peu près toujours dans le sexe masculin. 11 ne faut pas en conclure que les gamètes mûrs sont vivants, mais bien que les gamètes non murs ne sont pas complètement morts, quoique susceptibles d'être fécondés, s'ils le sont partiellement, comme cela a lieu chez l'abeille.
Cette suspension de la vie pendant la préparation du phénomène sexuel n'introduit pas d'ailleurs de discontinuité dans les lignées. 11 y a seulement là un certain laps de temps pendant lequel l'évolution est suspendue, mais dès que la fécondation a lieu, tout ce qui était commun aux patrimoines héréditaires des deux parents se retrouve dans le