‹ Le chaperon, comédie-vaudeville en un acteChapitre 1 sur 22 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

^me jjp TRENEUIL, devaut ta table, écrivant.

Oui , je l'ai juré , oui . je l'ai signé ^ .cette lettre partira aujourahuî... ensuite, et aussitôt après le mariage de ma sœur...

DELPHINE, entrant , à la cantonade. ^ V

Gourez, dépéchcz-vous... d'autres fleurs..,

* Les acteurs sonf placés en tête de chaque scène comme ils (doivent l'être au théâtre, le premier in scrit tient la gauche du spectateur, ainsi de suite.

lO LE CHAPERON,

on arrivera déjà, que je n'aurai pas achevé ma toilette.

M™^ DE TRENEUiL , se ievaùt.

Quoi donc, Delphine?

DELPHINE *

Ah! ma sœur, une contrariété affreuse... j'en ai presque pleuré... Si on savait ce que parfois plaisir nous coûte de peine ! . . . Figure-toi les fleurs de ma coiffure qui n'allaient pas avecl les bouquetsjdè ma robe... aussi , c'est ta faute, quand tu m abandonnes à moi-même, je ne fais que des étourderies. . . Ah çà!... mais toi aussi , en voilà une. {Regardant mad. de Treneu'd, qui est en demideuil, )

Air de La Robe et les Boites.

Pourquoi donc ctie ainsi parée?

Ce costume ne convient plus , Lorsque chez toi ce bal , cette journée , Rassemble tous mes prétendus ,

* DRlphhip , M"^« do Troneuil. '

COMEDIE-VAUDEVILLE. f I

Quand mon choix , par cette alliance , Va coni onner tous leurs désirs , Te mettre ainsi, c'*est paraître d'avance Porter le deuil de mes plaisirs.

M™^ DE TRENEUIL.

Non vraiment ; maïs tous ces jeunes gens qui te font la cour, se croiraient peut-être obligés à inviter la maîtresse de la maison; au lieu que mon costume les en dispense... c'est comme si je portais écrit : «Messieurs, ne faites pas attention à moi... allez tout droit à ma sœur. »

DELPHINE

Que je te plains d'être si raisonnable! se priver d'une contredanse.... une contredanse! Oh! pour moi, je n'imagine pas de bonheur plus parfait... c'est si vif, si animé! la pensée va deux fois plus vite : légère comme nos pas... et c'est si amusant! surtout quand on est comme moi , une demoiselle à marier... n'y eût-il que cette réflexion qui se présente involontairement : la main

qui presse la mienne avec tant de douceur, est celle peut-être qui doit me conduire à Fautel... ce cavalier si aimable, si attentif, toujours penché vers mon oreille , pour m'adresser de jolis riens... voilà, peut-être, celui que j'aimerai !... et dire cela , à chaque (ois qu'on change de danseur... vois-lu , ça produit une variété d'émotions dont on ne pourrait jamais se lasser.

mme j)j. TRENEUIL.

Quentends-jeî et que signifient de pareilles idées? vous, de la coquetterie, Delphine ?

DELPHIIN'E.

Gomment ! ce serait là de la coquetterie?. . alors voilà deux mois que je suis coquette sans le savoir... et à présent que j'en ai pris l'habitude, comment donc faire?

M^e jjg TRENEUIL.

Se hâter de faire un choix ; car moi qui suis ta sœur aînée , ta tutrice ; moi qui ai

promis à mon père mourant , de te servir de mère, et de te marier, je suis obligée de te conduire dans des bals , dans des assemblées qui m'ennuient à la mort , et toujours auprès de toi , obligée d'écouter tous les hommages , complimens , et déclarations qui te sont adressés.

DELPHINE

c'est tout naturel... vous êtes mon chaperon.

^me jjg TRENEUIL , SOUrlunt.

Oui, l'on appelle ainsi dans le monde celles qui , comme moi, ont une jeune fille sous leur garde.

Un drôle de nom qui me fait toujours penser au Petit Chaperon Rouge.

jyjme jjg TRENEUIL.

Air du Baiser au Porteur, Oui , de la ruse et de la médisance Du méchant , du loup ravisswur

Savoir préserver rinnoccnce , D'un chaperon c'est l'emploi protecteur ; Tel est le mien... je veille sur ma sœiu. Garder autrui î... dangereux privile'ge ! Souvent moi-même , en dépit de ce nom , J'aurais besoin , lorsque je te prote'ge ,

Qu'on protégeât le chaperon.

DELPHINE

Oh ! je sais pourquoi tu dis cela.

jjme jjjj TRENEUIL.

Comment?

DELPHINE

Mon Dieu! oui... l'autre jour, au bal, chez M. Dorvilé , ce jeune homme qui te poursuivait si "vivement , et qui s'est emparé , malgré toi , de ton bouquet , que tu avais laissé tomber... qu'il a bien fallu lui laisser.

jjme DE TRENEUIL.

Sans doute , et sous peine de faire scandale, car tous les yeux étaient fixés sur nous... et avec un fat, un présomptueux comme celui-là , il n'en faudrait pas d'à-

COMÉDIE-VAUDEVILLE. l5

vantage pour faire croire... Tiens, tu ne peux pas t'imaginer ce que ma position a de faux et de pénible , et il me tarde que tu te sois décidée. . . pour quitter Paris , et rentrer dans la retraite.

DELPHIiVE.

Eh bien ! ma sœur, je ne voulais pas en convenir, mais voilà peut-être encore un des motifs qui retarderont mon choix. . . . parce que je me dis : une fois mariée, établie dans le monde, je n'y aurai plus besoin de chaperon , et ma sœur le quittera... Ohî tu ne te trompais pas... c'est mon plaisir que j'y cherche, et voilà pourquoi je t'y retiens.

M™* DE TREiNEUiL , avec amitié.

Voilà de tes mots, quand je veux te faire des reproches... Mais voyons, parlons raison, car c'est ellç, et non pas moi, qui te fais un devoir de te prononcer... il me semblait que parmi tous tes adorateurs tu avais distingué M. Anténor.

ib LE CHAPERON, •

DELPIIII^E.

Oh ! je les distingue tous... mais celui-là a Tair de m'aimer davantage.

^me pE TRENEUIL.

Et tu Taimes aussi , je Tai vu , j'en suis ^ sûre...' sage, modeste, d'un excellent naturel.

]N'est-ce pas?... avec lui, une femme serait maîtresse absolue.

M"'® DE TRENEUIL.

Il a peu de fortune... mais des espérances... attaché à une des premières maisons de banque de Paris ; héritier d'un oncle très -riche, un des hauts dignitaires du clergé... et puisqu'il t'aime beaucoup, et que tu l'aimes un peu...

DELPHINE

Mon Dieu ! ce n'est pas une raison , parce qu enfin je n'aurais qu'à le prendre aujourd'hui , et qu'il s'en présentât demain un plus aimable... vois où j'en serais.

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j^jmc jjE TRExNElJlL.

Delphine, y penses-tu?

DELPHINE

Mais , toi , qui parles,., loi , qui n'as que vingt ans, et qui es veuve.

AïK da Piège,

Toi , si jolie , et qu'entre nous , Avec amour en tous lieux Ton contemple , Pourquoi ne pas choisir un autre e'poux

Et me donner le bon exemple ?

PiTÎsqu'en effet , si je t'en crois , Se marier est si bien dans le monde ; Ce qui fut bien une première fois ,

Ne peut être mal la seconde.

ai^e pg TRENEUIL.

Ne parlons pas de cela. {Montrant la table,) Je m'occupais là d'un autre projet , qui doit assurer mon repos et mon hon- Jieur. . ♦

DEI.PIlllNE.

Comme tu me dis cela... est-ce que tu no

serais pas heureuse? Ah ! ne parle pas ainsi

l8 LE CHAPERON,

car cette idée-là va me faire pleurer, et j'aurais toute la soirée les yeux rouges... juge pour un bal ! . . . tous mes prétendus me trouveraient laide , et ça n'avancerait pas mon mariage; car, vois-tu, à cause de toi, et pour me punir, je veux me marier tout de suite ; pas plus tard que ce soir, mon choix sera fait... je vais le peser mûrement pendant les contredanses! et je te promets d'être invariablement fixée, quand on commencera la galope.

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