SCÈNE XII
LYDIE, puis MARIETTE.
LYDIE, seule.
Pauvre M. Bonachon! il se donne bien du mal pour faire le méchant; mais je le connais, celte grande colère tombera devant un sourire de Germaine... En attendant. Je tiens mes mille francs, et je les tiens de mon mari, ce qui est bien plus amusant! Ne perdons pas une minute... je cours trouver cet insolent commis, je pourrai lui jeter son argent au visage... il m’a fait assez souffrir, pendant trois mois, le drôle !
MAHIETTE, entrant brusquement*.
Ah ! Madame, en voici bien d'une autre!
.^y-y LYDIE.
Qui donc ?
MARIETTE
C'est la marchande à la toilette de Madame... avec son mémoire, qu’elle menace de placarder sur la porte du cabinet de Monsieur.
LYDIE
Il fallait dire à celte femme que j’étais sortie.
MARIETTE
Ça ne prend plus, Madame, c’est usé... et elle exige le payement immédiat des neuf cent quatre-vingts francs que vous lui devez... ou bien, elle va faire du scandale.
LYDIE
Que faire ?.. cette femme est capable de tout.
MARIETTE
Oui, de tout ce qui est mal. . Cependant, il nous reste encore un espoir.
LYDIE
Lequel?
MARIETTE
« Va vers ta maîtresse, a-t-elle ajoutéjd’un air assez singulier, eldis-lui de prendre connaissance de cette lettre. »
LYDIE, ourraql |a lettre.
Que signifie?
MARIETTE
Je n’y comprends rien.
LYDIE, rient,
Ab! ah ! ah!,, tiens, écoute! (Lisanü « Madame, permettez à « un humble pharmacien retiré des affaires, dont une pâte sou- « veraine contre la griffe a fait la fortune, et dont la fortune « a fait un homme de loisirs, de vous dire qu’il vous aimel »
(Elle remet la lettre à Mariette qui continue,)
mariettk:.
Avec deux points d’exclamation !.. (usam.) « Votre mari, je le « sais, est le plus avare et le plus ladre des hommes... »
LYDIE, rinterrompant, et prenant la lettre.
Assez! le pharmacien a commencé par être amusant, mais il finit par être impertinent... Tiens, prends les mille francs que je destinais à ce jeune homme, paye cette femme et défends-lui de se présenter chez moi à l’avenir.
MARIETTE
Avec plaisir. Madame, et, si vous y consentez, j’y ajouterai des compliments pour son pharmacien... (Montrant le poing.) avec un point d’exclamation. (Elle sort.)
LYDIE, seule.
Quanta celte lettre, c’est un autographe à conserver... (Elle la met dans son sein.) Qui Sait?., la Corporation des pharmaciens me la rachètera peut-être un jour... ça me servira à payer le commis du Sauvage... car je n’ai pas d’autre ressource maintenant, et il va venir! il vient ici régulièrement deux fois par jour! (on sonne.) C'cst lui, sans doute, allons! il faut me résoudre à le recevoir avec tous les égards dus à .son rang de créancier. (D'un air triste à Mariette qui entre.) Eh bien! Mariette?
MARIETTE
Madame, c’est notre éternel Anglais!
LYDIE
Fais-le entrer, et garde les issues...
MARIETTE
Mais qu’allez-vous faire ?
LYDIE
Oh ! je n’en sais rien.
MARIETTE
Voilà toujours le solde de vos mille francs.
LYDIE
Vingt francs! si je les lui offrais à compte?
MARIETTE, de la porte, à Maxime.
Entrez, milord.