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Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790

Après les vastes travaux, entrepris depuis vingt-cinq ans surtout, sur V histoire de la Révolution Française, le rôle de l'historien, reprenant ce même sujet, ne peut être que fort modeste. Suivant, partout où il a passé, le torrent révolutionnaire, les savants auteurs de la Collection des Documents relatif s à l'histoire delà Révolution Française, publiée sous le patronage du Conseil Municipal de Paris, ont dû étudier son action jusque dans l'Église. Mais l'étendue de leur sujet et l'immensité de leurs recherches ne leur ont pas permis de s'arrêter à certains détails, que ceux qui les suivent sont heureux de recueillir.

Plusieurs documents, se rapportant au Chapitre de l'Eglise de Paris, ont été édités dans cette collection; ces documents, joints à d'autres fort nombreux et pleins de détails restés inédits, nous ont paru pouvoir être utilisés pour une histoire spéciale du Chapitre à cette époque si intéressante. Le Chapitre de Paris était jadis un corps assez illustre et puissant pour mériter qu'on racontât les derniers jours de sa longue et brillante existence. C'est la tâche que nous avons entreprise dans cet ouvrage.

Afin que le lecteur puisse mieux se rendre compte de

vi AVANT-PROPOS.

l'œuvre de destruction, exercée par le Décret de l'Assemblée Nationale du 12 juillet 1790, nous avons cru devoir reconstituer la vie de l Église de Paris, telle qu'elle se manifestait les dernières années avant la Révolution. Nous avons fait revivre tout le corps capitulaire ; nous le voyons agir, remplir ses devoirs, user de ses droits et privilèges, régir ses biens, exercer sa juridiction temporelle et spirituelle . Cependant nous avertissons le lecteur qu'il ne trouvera pas dans ces pages une histoire, même abrégée, du Chapitre; elles sont plutôt, pour nous servir d'une expression que la photographie a vulgarisée, un. instantané pris vers 1780.

Pour cela, nous avons étudié dans leurs moindres détails, les Conclusions capitulaires du xvme siècle, ainsi que les documents, concernant le Chapitre, de la Série L aux Archives Nationales. Parmi ces pièces, nous n'avons utilisé que celles qui intéressaient directement l'époque que nous étudions, ne rapportant que les règlements, usages, .traditions encore en vigueur. Ce qui nous a aussi beaucoup aidé dans cette reconstitution historique, ce furent les Déclarations, que le Chapitre, les chanoines, les bênèficiers, dépendant de Notre-Dame, firent aux municipalités, selon la teneur des Décrets du 13 novembre 1789 et 24 juillet 1790. Chacun y a résumé sa biographie, indiqué le détail de ses bénéfices tant à Paris qu'en province, énuméré ses revenus et ses charges. (Archives Nationales. Série S, n° 456 à 462; noa 7051 et 7052.)

Après la vie, la mort! La Révolution ne fit que réaliser les idées tendancieuses de la seconde moitié du xvnie siècle. Plusieurs Chapitres avaient déjà été supprimés quelques années auparavant; tous se sentirent amoindris, lors de la

AYANT-PROPOS. vu

tenue des Chambres Electorales, puis menacés à l'Assemblée Nationale le jour où Robespierre prononça à la Tribune cette phrase, tranchante comme le couperet de la guillotine : « Il ne peut exister dans la société aucune fonction, qui ne soit utile. Devant cette maxime disparaissent les bénéfices, les cathédrales, les collégiales. » Les événements vont vite, et le Décret du 2 novembre {789, mettant les biens du Clergé à la disposition de la Nation, prépare la Constitution civile, qui supprime dun seul coup tous les Chapitres du Royaume.

Aussi l année 1790 est-elle comme l'agonie du Chapitre de Paris ; il vit encore, mais il sent que sa fin approche. Les opérations, dont il eut à s'occuper durant son cours, ressemblent de bien près à des dispositions testamentaires : il fait le compte de sa fortune, le recensement de ses biens, la liste de ses droits, le dénombrement de son personnel ecclésiastique et laïque. Les stalles, que la mort rend vacantes, restent vides ; ses gagistes, ses enfants de chœur ne se recrutent plus ; la musique se tait dans son église la veille du jour oit le sinistre Jourdan Coupe-Tête parade sur le parvis. Depuis que l Assemblée Nationale s'est installée en partie clans son cloître, c'est la mort qui pénètre peu ci peu ses membres ; il est condamné le 12 juillet et il meurt enfin, ou plutôt on l'exécute, le lundi 22 novembre 1700, ci l'issue de la messe canoniale, en pleine séance capitulaire ! Son secrétaire n'a pas pu dresser son acte de décès ; les minutes des Conclusions capitulaires s arrêtent au 19 novembre. C'est la Municipalité qui a rédigé le procès-verbal du dernier chapitre. (Bibliothèque Nationale. Manuscrits. Fonds français; nouvelle acquisition : n° 27%.)

L'histoire du Chapitre de Paris est comme une forêt encore

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