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LES DERNIERS CHANOINES DE L'ÉGLISE DE PARIS

I. Les Chanoines. Leur nombre. Détails sur leur origine. Dignités qu'ils occu paient dans l'État, la Magistrature, l'Église. Comment ils sont entrés au Chapitre de Notre-Dame. Les célébrités du Chapitre. Chanoines de Saint-Aignan. — II. Dignités et charges. Doyen, Chantre et Sous-Chantre, Archidiacres, Chancelier, Pénitencier. Répartition des charges. — III. Les revenus d'un chanoine. La Prébende. Le Légalement des gros. Distributions manuelles. Pain capitulaire. Profits extraordinaires : vente des maisons canoniales, funérailles, cire, l'Obit salé. Autres bénéfices ecclésiastiques possédés par les chanoines.

Les anciens chanoines de l'Eglise de Paris étaient an nombre de cinquante et un. Certains autres Chapitres pouvaient se prévaloir d'un plus grand nombre de bénéfices; mais combien peu avaient le lustre que donnaient à celui de Paris la célébrité de l'Eglise qu'il desservait, ses rapports avec les grands corps de 1 Etat, l'importance des fonctions confiées à plusieurs de ses membreset aussi l'étendue de ses domaines, qui le mettait au rang des grands propriétaires terriens. Entrons de suite en connaissance avec les chanoines : leurs personnalités, remarquables par le mé-

rite, l'éclat de la naissance ou l'importance de leurs fonctions, intéresseront plus que des généralités. Nous verrons de quels éléments, assemblés des quatre coins de la France, se composait alors ce corps ecclésiastique, qui se disait « le premier du Royaume ».

La dernière liste officielle [ des chanoines de Notre-Dame fut dressée le 19 avril 1790 par leur receveur général, M. Barbie, dans la déclaration qu'il fit des biens du Chapitre au Bureau de la Municipalité de Paris. Elle comprend les cinquante et un derniers chanoines, qui formèrent le corps complet du Chapitre et dont nous donnons ici les noms :

Dignitaires.

MM. Flotard de Montagu, chanoine doyen;

Jean-Baptiste Robinault du Bois-Basset, chanoine chantre; Jean-Baptiste Lecorgne de Launay, chanoine archidiacre de Paris; Jean-Antoine-Benoît-Bruno de Malaret, chanoine archidiacre de Josas ; Jean-Baptiste des Plasses. chanoine archidiacre de Brie; Jean de Chillaud des Fieux, chanoine sous-chantre; François-Charles Chevreuil, chanoine chancelier; Pierre-François Papin, chanoine-pénitencier.

Chanoines-Prêtres.

MM. Charles-Guillaume Cardin Morin du Marais; Jean-Lucien Lucas; Jean-François Rivière, théologal; Jacques-Antoine de Méromont; Etienne Brémont ; Charles de Lostanges; Jean-Jacques Baillard du Pinet; Jean Bochart de Champigny ; Sébastien-Michel Camiaille, chambrier:

Jacques-Louis Radix;

François-Charles-Antoine de Beaumont d'Autichamp; Emmanuel-René-François d*Eu de Montdenoix; Xiste-Louis-Constant de Roux de Bonneval ; Jacques Le Blanc"; Xicolas-Silvestre Bergier ;

1. Cette liste, augmentée du nom des Bénéficiera de l'Église de Paris, se trouve en tète de la Déclaration des Biens du Chapitre, déposée au Département du Domaine de la ville de Paris le 10 avril 1799. Dans le cours de cet ouvrage, nous nous sommes conformé à ce document pour l'orthographe, fort variable, du nom des chanoines. Cfr. Archives Xationales. S. 160.

MM. Charles de Tilly-Blaru; Jean-Pierre de la Fage ; Jean Chevalier, chanoine de Saint-Aignan ; Bernard de Beaumont; Charles-Vincent de Balte ; Mathieu de Reclesne; Paul-Louis de Mondran ; Pierre- Bernard Met ;

Louis-Joachim-Klisabeth Cochu de la Grange ; Charles-Marie Patert; Jean du Authier; Claude-Marie Gatignon;

Charles-Antoine-Henry du Valk de Dampierre; Jean-Pierre Sincholle d'Espinasse; Jean-Baptiste Marie de la Bintinaye; Jean-Mathurin Mazéas;

Joseph-Jean-François de la Grange Gourdon de Floirac; Jean-Michel de Neuchèze; Louis- Augustin Viet de Villers ; Louis de Cours;

Jacques-Nicolas Duchesne, chanoine de Saint-Aignan; Pierre Delon, chanoine, sous-diacre, ci-devant de Saint-Germain l'Auxerrois '.

Chanoines-Diacres.

MM. Joseph Riballier;

François-Marie Melon de Pradou.

Chanoines-Sous Diacres.

MM. Jean-Bernard de Vienne; Jean-Louis Pey.

Chanoines-Mineurs 2.

MM. Étienne-François-Louis-Honoré de Sahuguet d'Amazie d'Espagnac; Louis- Adélaïde Lemoine :J.

1. C'est évidemment par erreur que Barbie, auteur de la liste et de la Déclaration du Chapitre, donne à M. Delon le titre de - chanoine cy-devant de Saint- Aignan •-. Ibid.

2. C'estrà-dire qui n'étaient pas engagés dans les Ordres sacrés et n'avaient reçu que les Ordn s mineurs.

3. Entre la date de la confection de cette liste, 19 avril 171)0, et celle de la suppression du Chapitre, trois chanoines moururent : MM. de Méromont, de Champigny

rgier. Les détails, qui suivent, sont tirés des Déclarations des chanoines faites en 1790 et 171)1 au Bureau de la Liquidation des Biens nationaux et des Pensions ecclésiastiques, el des Lettres de canonicat insérées la plupart dans les minutes des conclusions. Arch. Nat. S. 160, 7051, 7062, el I.L. 2322», 232".

Presque toutes les provinces de l'ancienne France étaient re présentées dans les stalles de Notre-Dame. Nous y trouvons peu de gens du nord : un Picard, M. Patert; un Champenois, M. de Dampierre. La Normandie est honorablement représentée : M. Lemoine est de Bayeux; M. de Méromont,de Coutances; M. du Marais, de Rouen; M. Lucas, d'Evreux. Le Midi l'emporte! Etaient venus de Toulouse : MM. de Malaret et de Mondran; de Montauban, M. de Cours; de Toulon, M. Pey; d'Aix, M. de Bonneval. Mais au Chapitre, l'accent de Marseille est dominé par l'accent de Bergerac. Que de Gascons! Le doyen, M. Flotard de Montagu, ainsi que MM. de Floirac et de Beaumont, sont de Cahors; le souschantre, M. de Chillaud des Fieux, est d'Agen; M. de Lostanges, de Périgueux; M. Melon de Pradou, de Tulle. Nous trouvons un ' Auvergnat, M. de Reclesne, et deux Limousins, MM. du Authier et d'Espagnac.

M. Chevreuil était de Quimper, et, par conséquent, entêté comme un vrai Breton dans ses démêlés avec l'Université à propos de ses droits de chancelier. La Bretagne s'honorait encore du Grand-Chantre, M. du Bois-Basset, qui était de Rennes, ainsi que M. de la Bintinaye; de l'archidiacre de Paris, AI. Lecorgne de Launay, qui était de St-Brieuc, et de M. Mazéas, originaire du pays de Léon.

La Franche-Comté avait envoyé MM. Bergier et Gatignon. Entre ce dernier et M. du Pinet, de Lyon, c'était toujours la lutte des âpres montagnes des Alpes contre l'orgueil des vieilles cités impériales. Le belvédère de la maison de M. du Pinet était aussi insultant pour M. Gatignon que le chapeau de l'Autriche pour Guillaume Tel1 ! Plus paisibles étaient les fils des pays de plaines : M. de Neuchèze est Berrichon, MM. de Bulté et de la Fage sont de Blois ; MM. Viet, de la Brie; MM. Brémont et Camiaille, delà Beauce2; MM. Riballier et Le Blanc, du Charolais. Enfin nous rencontrons un Angevin, M. de Beaumont d'Autichamp.

1. Ces deux chanoines eurent entre eux de continuelles discussions causées par le voisinage de leurs maisons. L^ belvédère, que M. du Pinet éleva sur la sienne en 1784, provoqua toutes les colères de .son confrère et voisin. Cfr. Concl. cap.

■2. M. Camiaille était né à Chartres, paroisse Saint-Hilaire; M. Bivmont à Chàteaudun.

Après cotte longue émimération, on constatera que les Parisiens étaient peu nombreux au Chapitre : MM. des Plasses, Papin, Rivière, de Champigny, Cochu de la Grange, de Tilly-Blaru, de Montdenoix sont indiqués dans leurs Lettres de nomination comme presbyteri parisini ou bien presbyteri diœcesis Parisiensis K

Le plus ancien chanoine de Notre-Dame était M. Delon, chanoine de Saint-Germain TAuxerrois, quand M. de Yintimille réunit les deux Chapitres. Il était entré au chœur de Notre-Dame le 15 août 1744. Après lui prenaient rang d'ancienneté, M. du Marais, chanoine depuis 1749, et M. Lucas, depuis 1750. Les autres nominations étaient de beaucoup plus récentes.

Nous ne trouvons donc à Notre-Dame aucun de ces fameux chanoines-jubilés 2, qui faisaient l'honneur du Chapitre dans la première moitié du xvme siècle et qui, au dire d'un auteur, après cinquante ans d'exercice, ne se souvenaient pas avoir manqué une seule fois à l'office 3 ! Le dernier, qui obtint les honneurs du canonicat à Notre-Dame, fut M. Jean-Louis Pey '*, neveu du célèbre chanoine, Jean Pey, qui lui résigna sa stalle en 1789. Il était frère du chapelain de Saint-Laurent à Notre-Dame, François Pey, qui refusa l'offre de son oncle et préféra rester avec ses pauvres de la paroisse de Saint-Landry, dont il était aussi vicaire.

En 1790, sur cinquante et un chanoines, quarante-quatre seulement étaient prêtres. MM. de Pradou et Riballier reçurent l'ordre du diaconat et M. Pey celui du sous-diaconat, quelques mois seulement avant la suppression du Chapitre. MM. de Vienne et

1. M. de Méromont, quoique originaire de Coutances, était prêtre du diocèse de Paris. Cfr. sa Déclaration. Arch. Nat. S. 7051-7062.

2. Quand les chanoines de Tours consultèrent, en 1788, le Chapitre de Notre- Dame sur les prérogatives des chanoines- jubilés, celui-ci dans sa réponse dut se reporter aux conclusions du 7 avril 1728, 11 mai 1731 et 20 juin 170'.». Arch. Nat. Germain Brice, t. II, p. 238. L 521, n° 6.

3. Les chanoines-jubilés avaient cinquante ans de canonicat. Ils étaient dispensés de la présence aux offices, mais ne touchaient pas les distributions des Matines, auxquelles ils ne venaient pas.

1. Puisque nous parlons ici du plus jeune des chanoines, nous ferons remarquer que M. Bochart de Champigny entra au Chapitre presque au sortir de l'enfance. Quand son frère, Conrad-Alexandre, lui résigna sa stalle, il n'était âgé que de treize ans et deux mois et dut obtenir du Saint-Père pour l'occuper un bref apostolique le dispensant de defectù setatis. Cfr. ses Lettres de nomination. Arch. Nat. LL. 232".

i) LE CHAPITRE DE NOTRE-DAME DE PARIS EN 1790.

Delon, quoique chanoines depuis fort longtemps, n'étaient restés que sous-diacres. Enfin MM. d'Espagnac et Le Moine étaient acolytes. On les appelait chanoines-mineurs ; selon l'usage, ils n'étaient pas admis comme capitulants et, au chœur, ils s'asseyaient sur de simples escabeaux au rang des enfants de chœur. Qu'arrivait-il? c'est qu'aux fêtes solennelles, l'humble soutane rouge de ces derniers voisinait parfois avec le costume de pourpre d'un conseiller au Parlement : tel M. d'Espagnac!

Parmi les chanoines, plusieurs en effet occupaient de hautes dignités dans l'Église, l'Etat et la Magistrature. L'archidiacre de Brie. M. des Plasses, était conseiller du Roi au Grand Conseil; MM . d'Espagnac et Radix étaient conseillers-clercs au Parlement * . Les honneurs ecclésiastiques illustraient aussi le Chapitre. Nous y voyons un aumônier du roi, M. de Beaumont2; un aumônier du comte de Provence, M. de Reclesne; le confesseur de Madame, de Mmc d'Artois et de Mme Adélaïde, M. Bergier.

On sait combien, à la fin du xviiic siècle, les évêques multiplièrent le titre de vicaire général3. Un grand nombre de chanoines en étaient honorés : MM. Chevreuil, du Bois-Basset, de Floirac et de Dampierre sont vicaires généraux de M. de Juigné; M. d'Autichamp est vicaire général de Toulouse; M. du Authier, de Rennes; M. de Mondran, de Béziers; M. de Bonneval, de Màcon; M. de Reclesne, d'Autun; M. de Tilly-Blaru, de Xarbonne

Les nominations aux bénéfices ecclésiastiques ne se faisaient pas à la fin du xvme siècle d'une manière aussi uniforme que de nos jours. Plus d'une porte donnait accès au Chapitre. En examinant les Lettres des cinquante et un chanoines, que nous avons eues toutes sous les yeux, on constate que vingt-quatre

l.M. delà Fage avait été aussi conseiller-clerc au Parlement, quelques années auparavant : il fut, avec MM. de Lucker et Radix, signataire des lettres adressées au Chapitre, en 1772, pour demander le droit aux distributions manuelles.

2. M. de Beaumont ne devait plus exercer ses fonctions d'aumônier, car, les dernières années, nous voyons seulement M. de Reclesne demander au Chapitre. île lui conserver ses distributions de jour pendant le temps de son absence. Cfr. Concl. capit. du 30 mars 1789.

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