OFFRANDES PATRIOTIQUES
« Monsieur,
« J'ai communiqué à l'Assemblée de la commune la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et la délibération prise par le Chapitre de Notre-Dame. L'Assemblée m'a chargé de vous annoncer qu'elle consentirait volontiers à ce que la lampe en forme de vaisseau, donnée par la ville, fût envoyée à la Monnaie, et, en vous félicitant sur le patriotisme dont le Chapitre de Notre-Dame vient de donner des preuves, je m'applaudis d'être en ce moment l'organe de l'Assemblée.
« J'ai l'honneur d'être avec un très sincère attachement votre très humble et très obéissant serviteur.
« Signé : Bailly. »
Le 17 octobre, le Chapitre fit porter à la Monnaie quatre cent trente marcs, trois onces, dix deniers d'argent1 et le grand lampadaire fut remplacé provisoirement par une lampe allumée, dont l'entretien resta à la charge de la ville2.
Le Chapitre dut s'imposer bientôt un autre sacrifice plus pénible encore. Nous avons vu avec quel éclat il aimait à célébrer les cérémonies du culte à Notre-Dame; c'est avec un soin tout particulier qu'il veillait à l'exécution de la musique sacrée et les dépenses, même parfois exagérées, ne l'arrêtaient pas dans les circonstances solennelles pour que le chant, uni à la symphonie, remplit de saintes émotions les cœurs des fidèles.
La Toussaint approchait; mais cette fête, d'ordinaire si édifiante, s'annonçait cette année sous les plus lugubres augures. Depuis
1. « Vu le certificat de l'envoi fait hier à la Monnaie, en exécution des conclusions du 3 et du 12 de ce mois, des différentes pièces d'argenterie désignées i :^ dites conclusions, lequel certificat est signé de M. Dupeiron de la Coste, directeur do la Monnaie, et contresigné du sieur Batgras, contrôleur-contre-garde de lad. Monnaie. Messieurs ont ordonné que led. certificat serait déposé' aux Archives du Chapitre. » Concl. cap. du 16 octobre.
2. Plusieurs chanoines figurent dans les listes des citoyens qui déposèrent des dons patriotiques: dans celles publiées par le Journal de Paris, nous avons relevé' les suivants : m. chevreuil, vingt-un marcs cinq onces; M. deLaunay, sept marcs deux onces vingt el un deniers :M. Viet de Villers, soixante-douze marcs six onces un denier. Supplément au n° 291, p. x et suivantes.
que l'Assemblée nationale avait commencé à l'Archevêché une discussion des plus irritantes à propos des Biens ecclésiastiques (17 octobre", le parvis, le cloître et même l'église Notre-Dame étaient envahis d'une foule sur les intentions de laquelle on ne pouvait pas se méprendre : si bien que le 27 octobre, sur la proposition de M. le Chantre, le Chapitre décida « vu les circonstances » de supprimer, aux fêtes de la Toussaint et des Morts, l'allocation « pour les voix et instruments », que l'on appelait à Notre-Dame pour les grandes solennités.
La mesure, provisoire d'abord, ne tarda pas à devenir définitive . Le 11 décembre suivant, « M. le Chantre a exposé, lisons-nous dans la conclusion de ce même jour, que le Chapitre, par conclusion du 2 mai 1786, aurait consenti par forme d'essai à l'établissement d'une classe de musique et de plain-chant en faveur des nouveaux sujets admis dans l'église et non encore suffisamment instruits dans ces deux arts; que ledit établissement aurait été maintenu, toujours par forme d'essai, en vertu de délibérations capitulaires, pendant les années 1787 et 1788, mais que, dans la présente année, il n'était intervenu aucune conclusion à ce sujet : qu'en conséquence il croyait devoir requérir sur cet objet les intentions de la Compagnie, d'autant plus que par le fait ladite classe ne se tenait plus depuis le 1er novembre dernier. Il a ajouté que le Chapitre, par sa conclusion du 28 octobre dernier, avait arrêté que les voix et instruments, appelés aux fêtes solennelles et soldés en vertu de la conclusion du 15 novembre 1780, ne le seraient pas cette année pour les fêtes de la Toussaint et des Morts, sauf au Chapitre à prononcer sur ce qu'il conviendrait faire par la suite ; qu'ainsi il serait nécessaire que le Chapitre voulût bien aussi statuer sur ce point; sur quoi, des deux objets mis en délibération. Messieurs ont arrêté, sur le premier, que la classe de musique et de plain-chant cesserait d'être continuée; sur le deuxième, que les voix et instruments, appelés aux solennités de l'église, ne le seraient plus dorénavant jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné. »
Au lieu des saintes mélodies, on entendit, pour la Toussaint et les Morts, une foule de bandits, armés de piques, conduits par le