‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 99 sur 130 · OFFRANDES PATRIOTIQUES · texte numérisé non relu

OFFRANDES PATRIOTIQUES

Le Chapitre de Paris était trop près de l'Assemblée pour ne |ms entendre les applaudissements qui accompagnaient l'offrande de chaque don patriotique. Messieurs de Sainte-Geneviùve apportent un candélabre d'argent du poids de 248 marcs; le collège des Irlandais, toute son argenterie ; Saint-Martin des Champs donne tous ses biens ! Les premiers jours d'octobre, M. le Chambrier fît part au Chapitre des désirs de l'Assemblée nationale ; les chanoines hésitèrent, semble-t-il, à renouveler un sacrifice qu'ils avaient déjà consenti il y avait à peine trente ans. « Messieurs, dit la conclusion, considérant qu'en vertu d'une conclusion du 3 décembre 1759 et d'après l'invitation faite au Chapitre et aux autres ecclésiastiques par lus lettres patentes du roi en date du 2G octobre de la môme année et réitérée par la lettre écrite au nom de Sa Majesté aux archevêques, évêques du royaume le 14 novembre suivant, il avait été déjà envoyé mille trente marcs d'argenterie qui n'avaient pas été remplacés par d'autre... l» En effet, le 3 décembre de cette même année, le Chapitre avait envoyé à la Monnaie toute la garniture du maître-autel et le lampadaire offert par le chanoine Petitpied ; cependant, continue la conclusion, désirant donner une marque de son zèle et de son amour patriotique, le Chapitre charge M. le Chambrier etMM. les Intendants de la Fabrique de voir « si, malgré l'épuisement causé par l'envoi de 1759, il resterait quelques objets à offrir sans nuire à la décence du culte divin ».

Les chanoines, désignés parle Chapitre, recherchèrent les ob-

1. Même générosité sous Châties VI. « Les trésoriers du roi et ses conseillers évaluaient à plus d'un million d'éeus d'or la somme qu'on demandait pour La défense du royaume. Comme ils ne pouvaient lever cette énorme contribution ni sur levilles sujettes du roi. de peur qu'elles ne suivissent l'exemple de la révolte, ni sur la. ville de Paris, qu'ils savaient avoir été surchargée cette année, au nom du Roi, d'exactions intolérables, ils imaginèrent un moyen qui pouvait leur être avantageux, mais qui devait être peu agréable à Dieu et aux Saints. Ce Fut de prendre les trésors et joyaux des égli ses pour p trfaire ladite si un me. il- commencèrent par la cathédrale de Notre-Dame de Taris et se Qrent donner par le roi, avec le consentement des chanoines, une croix d'or ornée de pierres précieuses et un reliquaire d'or, contenant la très précieuse lètc de l'apôtre saint Philippe. Chron. de St~ Denys, t. V, 145, 1. XXXVIII, eh. xxii. ("est ce que Louis XI, vidant à son tour les caves de Notre-Dame, appelait trouver de l'argent « en un pas d'àne «.Michelet. Jlisi. de France, t. VII, p. 2i(J, en notes.

jets que l'on pourrait sacrifier, et, le 12 octobre, ils présentèrent une liste, qui comprenait :

1° Un grand lampadaire d'argent composé de sept lampes et d'un chapiteau couronné d'une gloire ;

2° Une grande croix de vermeil avec son christ ;

3° Une autre croix de vermeil sans christ;

4° Trois grands vases d'argent;

5° Deux réchauds d'argent ;

6° Une tasse de bois de Tanary, montée en argent;

7° Une absconse d'argent;

8° Quatre burettes et une cuvette d'argent;

9° Une grande et une petite boîte d'argent .

Le même jour, le Chapitre approuva ce choix, mais un sentiment de délicatesse, et peut-être aussi un motif d'espoir, l'empêcha de se démunir du lampadaire d'argent, sans avoir obtenu l'agrément préalable de la municipalité. Cette superbe pièce d'orfèvrerie, en forme de vaisseau et portant les armes de Paris, avait été présentée (à la Sainte Vierge, en 167G, au nom de la ville, par M. Le Pelletier, alors Prévôt des Marchands, assisté de quatre échevins et du Procureur du Roi. Elle remplaçait une ancienne lampe, donnée par François Àliron, au lieu et place « du cierge de ville », qui était offert à Notre-Dame de Paris par les habitants depuis 1357 *. Bailly, en répondant à M. du Pinet, qui lui avait fait part des intentions du Chapitre, n'éprouva pas les mêmes sentiments que François Miron, qui croyait « que c'est une impiété de violer les vœux de ses ancêtres et un sacrilège de n'entretenir pas une si sainte fondation ». Voici sa lettre, dont l'autographe est resté épingle à la conclusion capitulaire du 12 octobre :

1. Félibien, t. III, p. 35. — L'offrande de la <• bougie de la grandeur de la ville », promise le 14 août 1357, à l'époque de la captivité du roi Jean, se fit régulièrement chaque année. Elle cessa pendant 25 ou 30 ans au temps de la Ligue « à cause des grands frais ». En 1605, François Miron la rétablit d'une manière différente en donnant de ses deniers une lampe de 20 marcs d'argent. Les Parisiens lui votèrent des remerciements. La ville payait chaque année 100 livres à la sacristie des Messes pour l'huile de la lampe. Arxh. Kat. II. 3158, Comptes de Thouvenel, sacristain.

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