Arch. Nat., I» XIX /6, w
-„'. \ igner fit prendre uni' copie de la réponse, dont il renvoya la minute 1'' même jour au Comité. Li> manuscrit il'' la Bibliothèque nationale, qui nous a conservé tous ers détails, renferme une autre lettre analogue à celle que oous avons donnée dans !'■ texte, mais qui n'esl pas datée. > L'office canonial de L'Église Métropolitaine 'If Paris, ainsi qui' de tous les autres chapitres 'lu Royaume, 'l"it cesser a l'instant en vertu de l'article 24 du Titre premier du décret du 12 juillet sur la Constitution civile du clergé, qui supprime du jour de la publication tous l< - chapitres, dignités et prébendes et autres titres qui les composent... -
tulaire dudit Chapitre où Messieurs les Officiers municipaux se rendront à l'effet de lui donner lecture des articles desdits décrets , lui déclarons que, faute par lui de satisfaire à la requête cy-dessus, il sera par Messieurs les Officiers municipaux procédé sans autre réquisition à l'exécution pleine et entière desdits décrets. » Le suisse, accoutumé sans doute, depuis le départ de M. de Juigné, à de telles visites, répondit que « Monsieur l'Évèque de Paris n'est point actuellement dans son palais épiscopal, ni à Paris, qu'à sa connaissance, il est à Chambéry en Savoie, qu'il n'a pas d'autre réponse à faire », et, fidèle à la consigne qui lui était donnée pour pareille occurrence, Fribourg refusa de signer.
Malgré les menaces de passer outre « sans autre réquisition », la Municipalité avait remis à l'huissier deux autres commandements. Le premier était à l'adresse des grands vicaires et rédigé à peu près dans les mêmes termes que celui déposé chez l'archevêque. Ce fut M. du Bois-Basset qui le reçut : facile à lui de répondre à l'agent ministériel « qu'il n'est point en son pouvoir de convoquer MM. les chanoines de Notre-Dame, qu'en conséquence la présente notification ne doit pas le concerner ». Piothery, en désespoir de cause, s'adressa là où il aurait dû aller d'abord; de l'archevêché il se rendit au Cloitre et se fit introduire auprès de M. de Montagu, doyen. Celui-ci, usant du droit que lui conférait sa dignité, promit « qu'il assemblerait lundi prochain à l'heure accoutumée le Chapitre de Notre-Dame dans la salle capitulaire où il s'assemble ordinairement ». Cette fois, Rothery put se retirer satisfait!
Le dimanche, 21 novembre, le Chapitre célébra les offices comme à l'ordinaire. Le lundi 22, après la Messe des défunts, qui se disait trois fois la semaine, on chanta au chœur la messe capitulaire, la dernière que le Chapitre ait célébrée! C'était celle de sainte Cécile, vierge et martyre. Les chanoines ne manquèrent pas de trouver dans la liturgie l'expression de la tristesse et des douloureux sentiments qui remplissaient leurs âmes : « Me expectaverunt peccatores ut perderent me, entonna le chantre à l'introït; omnis consummationis vidi
fiiic/n ! » L'épitre, le graduel, la communion, exprimaient les mêmes sentiments de crainte, annonçaient le triomphe des impies, et, si les chanoines prévoyaient déjà les persécutions qui les attendaient, la dispersion, le schisme, le serment sacrilège, avec quelle opportunité ils répétèrent , entre les deux alléluias, les paroles de la jeune vierge, qui demandait à Dieu de conserver son cœur pur et sans tache : « Fiat cor meum immaculatum ut non confundar! » L7/e missa est fut le dernier adieu; à ce moment la cloche capitulaire se faisait entendre : elle sonnait le glas ! Il est dix heures du matin ; les chanoines sont réunis dans la salle capitulaire où ils vont entendre prononcer leur sentence de mort. Bientôt arrivent Gabriel Maugis et Cyr Jacques Yigner, officiers municipaux, qui rappellent aux chanoines qu'ils se présentent au milieu d'eux sur la réquisition du procureur syndic de la commune de Paris en exécution de sommations, faites à sa requête à M. l'évêque de Paris, à MM. les vicaires généraux et à M. le Doyen du Chapitre. Puis après lecture des articles 27, 28 et 29 du Titre I de la Constitution civile du Clergé et de l'Instruction donnée par le Comité d'aliénation des Biens nationaux et Affaires ecclésiastiques du 19 octobre dernier : « Nous les avons requis et même sommés, dit le procès-verbal, de nous déclarer s'ils entendent exécuter réquisition et sommation que nous n'avons pu faire à M. de Juigné cy-devant archevêque de Paris et maintenant évèque de Paris. » A cette question qui obligeait le Chapitre à s'exécuter lui-même, M. le Doyen se lève; il connaît les sentiments de ses collègues, maintes fois exprimés dans les conclusions capitulaircs; les officiers municipaux dans leurpro- • ès-vcrbal nous ont conservé sa réponse, pleine de fermeté et de calme, mais que l'on sent remplie de larmes et de regrets : « Messieurs, le Chapitre, prévoyant, par les précédentes opérations relatives aux Archives et à la sacristie; celle qui s'effectue aujourd'hui, a arrêté une déclaration de ses sentiments, laquelle a été lue par quatre députés à M. le Maire et à Messieurs les < officiers municipaux, qui l'accompagnaient, à leur entrée à la sacristie. Les sentiments du Chapitre sont toujours les mêmes et il me charge, Messieurs, d'avoir l'honneur de vous déclarer
qu'il y persiste, sans discontinuer d'acquitter le tribut de la prière publique la nuit et le jour et les fondations, dont il est chargé, suivant ses usages, jusqu'à ce qu'une entière impossibilité le contraigne à renoncer à un service et à des fonctions qui faisaient toute sa gloire et toute sa consolation. » A ces paroles qui indiquaient assez que le Chapitre ne céderait qu'à la force, Maugis répondit que le décret est une obligation auquel le Chapitre ne pourra se soustraire.
Malgré un refus aussi catégorique, les chanoines veulent essayer un dernier moyen : ils demandent à se retirer dans la Bibliothèque1 pour conférer entre eux, ce qui leur fut immédiatement accordé. Dans cet entretien intime, bien des avis furent sans doute proposés pour éviter une suppression immédiate ; on résolut en définitive d'essayer de gagner du temps. Le culte pouvait-il immédiatement cesser à Notre-Dame ? Une telle mesure semblait impossible aux chanoines puisque le nouveau clergé n'était pas encore constitué. Arriverait-on même à recruter des prêtres assez osés pour prendre possession du chœur de Notre-Dame?
Ce qu'il importait avant tout, c'était d'obtenir de temporiser jusqu'à une nouvelle organisation, qui n'aboutirait peutêtre jamais. Sur ce, le Chapitre rentra en séance. M. le Doyen demanda « qu'on voulût bien autoriser les chanoines à continuer leurs offices dans le même ordre, la même forme, les mêmes usages que par le passé jusqu'à l'organisation définitive. »
Mais une telle concession n'était pas au pouvoir des Officiers municipaux; le Maire peut-être pourrait décider le cas. Maugis propose, comme preuve de bon vouloir, d'aller le trouver à la Sainte-Chapelle, où il exécute à l'égard de son Chapitre les décrets de l'Assemblée nationale; mais Bailly est déjà parti et quand Maugis et Vigner reviennent au Chapitre, ils se voient dans la nécessité de remplir leur mission. « Nous sommes obligés,
1. Ce qui ferait supposer que ce dernier chapitre ne se tint pas dans la salle capitulaire, mais dans la « chambre » qui était contiguèàla Bibliothèque. Les différentes destinations que reçut depuis un an la salle capitulaire ne la rendaient plus praticable pour la réunion des chanoines.
SUPPRESSION DU CHAPITRE. i->~
disent-ils, de nous renfermer strictement dans les instructions qui nous sont données et de nous tenir à la lettre du Comité ecclésiastique du 18 de ce mois, portant expressément que l'office canonial de l'église métropolitaine doit cesser à l'instant. Nous ne pouvons donc nous dispenser de vous requérir de cesser des ce moment de faire l'office canonial et de nous déclarer si vous entendez vous soumettre. » Nous l'avons vu, le Chapitre avait résolu d'employer tous les moyens légaux dans sa résistance, d'éviter la violence et de garder une dignité qui n'excluait pas la fermeté : « C'est avec les plus grands regrets, dit en conséquence M. le Doyen, les larmes dans les yeux, que nous nous soumettons. » C'en était fait du Chapitre!
Le siège du Doven était surmonté d'un superbe crucifix en bronze, fixé sur un tableau, et qui était alors déposé dans la Bibliothèque. D'un vœu unamine, il fut offert à M. le Doyen « comme une preuve de l'attachement et de la reconnaissance du Chapitre » et, comme le temps faisait défaut pour rédiger une conclusion à ce sujet, M. Radix, intendant de la fabrique, fut chargé de faire le nécessaire *.
Mais la moitié seulement de la triste besogne, dont la Municipalité était chargée, était faite. La Constitution civile, qui supprimait l'ancien clergé, en organisait un nouveau, et il y avait tout intérêt, pour ne pas effaroucher les fidèles, que celui-ci succédât sans interruption à l'autre. Les sieurs Yigner et M au gis, en quittant la salle capitulaire, gagnèrent l'archevêché. Ils recommençaient, mais à rebours, le tour qu'avait fait Rothery le vendredi précédent. M. de Floirac venait de rentrer chez lui en compagnie de MM. Chevreuil, du Bois-Basset et de Dampierre, comme
1. M. Radix essaya de remplir les intentions du Chapitre le 1 décembre suivant : « Je soussigné demande à Messieurs de la Municipalité de Taris a /■tir autorisé par une délibération de leur part à retirer un christ monté en bronze et laisaut tableau, lequel était exposé en la salir d'assemblée du Chapitre et lequel en ayant été retiré esl maintenant en dépôt à la Bibliothèque dudil Chapitre. Le motif de cette demande est que le vœu presque général des membres capitulants du Chapitre ('tait, si on eût eu lé temps de faire sur ce une délibération et conclusion, d'en faire hommage et présent à M. de Montagu, doyen et chef du Chapitre, comme une preuve d'attachement et de reconnaissance. Ce samedi l décembre 1790. Signé: (Unix. » Nous ignorons si le vœu des chanoines a été accompli.
2o8 LE CHAPITRE DE NOTRE-DAME DE PARIS EN 1790.
lui chanoines en même temps que vicaires généraux. Il introduisit dans son appartement les deux Officiers municipaux, qui le sommèrent, ainsi que ses collègues, de procéder à la nomination immédiate de seize vicaires épiscopaux, « à l'effet, dirent-ils, de pouvoir faire incessamment l'office paroissial dans l'église Xotre- Dame ».
Cette démarche était des plus irrégulières : les vicaires épiscopaux, en vertu même de la Constitution civile, devaient être nommés par l'évêque et nullement par des ecclésiastiques dont celle-ci avait aboli et ne reconnaissait plus le titre. Les vicaires généraux le firent très bien sentir dans leur réponse : « Nous ne sommes autorisés, reprirent-ils, ni par nos lettres de grands vicaires, ni par les décrets de l'Assemblée nationale à substituer même provisoirement le nouveau clergé, dont il s'agit, à celui de l'Église de Paris » ; et devant cet inflexible refus, dans lequel on sentait une pointe d'ironie, Vigner et Maugis quittèrent l'archevêché et retournèrent à Notre-Dame continuer l'inventaire.
Malgré les instantes prières du Chapitre, malgré même le bon vouloir des Officiers municipaux, qui semblaient d'avis de laisser les chanoines continuer leurs offices jusqu'au 1er janvier 1791, l'office canonial cessa définitivement à Xotre-Dame le 22 novembre au moment des vêpres 1 ; le procès-verbal d'inventaire, dressé le lendemain 23, se termine ainsi : « Attendu la dissolution du Chapitre de Paris, avons fermé la porte de la salle capitulaire ainsi que les grilles du chœur de ladite église et en avons remis les clefs en les mains de mondit S1 Mortier, qui s'en est également chargé pour les représenter à la première réquisition de la Municipalité ».
1. Los chanoines continueront cependant à célébrer des messes basses, puisque, dans le procès-verbal du 30 novembre, on lit : ■< lesquels (ornements sont restes pour la célébration des messes basses dans les armoires de ladite sacristie ■■.
Nous n'avons pas voulu interrompre le récit de la suppression du Chapitre pour rapporter ici les détails d'une opération, qui se pratiquait en même temps à Notre-Dame, conformément à l'Instruction du 19 octobre précédent. Cette Instruction, qui émanait de l'Assemblée nationale et que l'on peut regarder comme les articles organiques de la Constitution civile du Clergé, ordonnait à la Municipalité de Paris de dresser l'inventaire de tous les objets mobiliers appartenant au Chapitre et de les mettre sous scellés. M. le Doyen fut avisé par une lettre de la Commission de l'Administration des Biens Nationaux de la Municipalité de Paris, en date du 16 novembre, que dès le lendemain les Officiers municipaux se présenteraient à cet effet à la sacristie de Notre-Dame. Nous avons raconté plus haut cette première entrevue de ces derniers avec les chanoines délégués pour les recevoir; les pourparlers, qui se prolongèrent ce premier jour jusqu'à près de deux heures du soir, ne permirent pas de commencer l'inventaire. Il nous faut donc revenir au jeudi 18 novembre, pour suivre les détails de cette opération, douloureuse pour les chanoines qui voyaient en elle la consommation de leur suppression, mais fort intéressante pour nous puisqu'elle va nous faire connaître les richesses du trésor, accumulées par les siècles et pillées demain par la Révolution '.
« Le jeudy dix-huitième jour du mois de novembre neuf heures du matin, jour et heures indiqués par la clôture du procès-verbal du jour d'hier, nous, Officiers municipaux soussignés, avons procédé à la continuation des description et inventaire des effets mobiliers dépendant du Chapitre de Notre-Dame à nous représentés
1. Le manuscrit delà Bibliothèque nationale (nouv. acq. fr.,w 2796 . auquel nous empruntons tous les détails qui suivent, renferme deux parties : la première nous a conservé les minutes mêmes dressées par les Officiers municipaux; la seconde n'est qu'une copie de la première. Les passages îles procès-verbaux et de l'inventaire, reproduits ici, sont de préférence conformes aux minutes.
par M. Mortier [ en sade qualité, en présence de M. Radix, assisté de MM. Gabriel François Doyen, professeur de l'Académie de Peinture pour cette partie, Jean Marin Masson, Md orfèvre jouallier et de MM. Sereau et Le Roy, huissiers commissaires-priseurs, (en marge : et du Sr Faron dénommé et qualifié dans le procèsverbal d'hier 2), le tout de la manière et ainsi qu'il suit :
Premièrement : Une absconce de cuivre argenté3:
Item : un liras de saint Siméon d'argent doré garni de dix pierres fausses et de deux gravées4; un bras de saint Biaise5 d'argent et bordures dorés, garnis de soixante pierres fausses dont deux saphirs; un bras de saint André0 en argent garni de très mauvaises pierres fausses et cassées: un buste de saint Denis en argent doré à quatre pieds de biche : un buste de saint Genoux" avec sa mitre en argent doré; un bu^te d'une des compagnes de sainte Ursule8 en argent peint et garni de quantité de pierres très communes: le tout pesant ensemble, compris les matières étrangères, cent vingt-un marcs;
Item : un buste de saint Philippe 9 avec ses deux anges d'argent. doré montés sur quatre pilliers ; sur le buste est un collier d'or et émaillé garni de dix-sept grosses perles fines baroques, quatre gros rubis balets baroques et percés, quatre saphirs baroques percées, au bas du collier, un très gros saphir ,0 cabochon, trois rubis balets et trois coqs de perle dont deux cassées. Au-dessous est une médaille d'or " émaillé garnie de vingt-deux perles
1. M. Mortier, prêtre-trésorier du Chapitre, avait prêté la veille, Rntre les mains de Bailly, serment ■ qu'il n'a détourné, vu, sçù, ni fait détourner aucun des effets
de la de église ».
2. Sous-chef du Bureau de la liquidation de l'administration des Biens nationaux.
:!. Lanterne servant au chœur pour lire les leçons à Matines.