Conrl. cap., passim
2. Le Chapitre fait chanter une messe de requiem pour le repos de l'àme de Louis-Pierre Guérin, mort la veille de la petite vérole, hors du Cloître. .4. X., LL. 232«>, annc;e 17g7.
LE CLOÎTRE. i,l
La plupart des ecclésiastiques et des officiers laïques, attachés au service du Chapitre, habitaient à l'ombre de la vieille basilique, dans le Cloître. Ce quartier a presque totalement disparu ; il ne subsiste plus que quelques maisons ' des quarante-six qu'il renfermait en 1790, et encore chaque année en voit disparaître quelques-unes. Nous avons essayé de reconstituer autant qu'il est possible le Cloître de Notre-Dame; plus que cela, nous l'avons repeuplé. Nous espérons que cette étude intéressera ceux qui aiment à revivre par la pensée dans le Vieux Paris.
Le Cloître avait presque exactement la forme d'un quart de cercle. La base s'étendait en ligne droite depuis la première travée du bas côté gauche de Notre-Dame, allait jusqu'à la rue des Marmouzets (aujourd'hui rue Chanoinesse), et se continuait sur toute la rue de la Colombe pour aboutir à la rue d'Enfer. La ligne courbe remontait, en se confondant avec la rue d'Enfer, dont quelques maisons à gauche faisaient partie du Cloître, jusqu'au carré du Pont-Rouge. A partir de ce point et passé le pont, la courbe de la Seine était la limite naturelle du Cloître jusqu'à l'abreuvoir qui se trouvait entre le Terrain et la dernière maison canoniale; puis la rue du Terrain, l'archevêché, la moitié de l'abside et le bas côté gauche de Notre-Dame en complétaient le dessin jusqu'à la grande porte.
On comptait dans le Cloître quarante-six maisons, dont trentesix canoniales, c'est-à-dire qui ne pouvaient appartenir qu'à des chanoines ou au Chapitre, et neuf- bénéficiales, possédées ou habitues par des bénéficiers.
Un chanoine pouvait devenir propriétaire d'une maison de deux manières, par achat ou par résignation. L-ne sévère réglementa-
1. Nous on avons compté exactement vingt-quatre an printemps de 1903 : une était en 'démolition, celle de .M. Rivière, à l'angle de la rue Massillon et de la rue du Cloître.
2. (.'"est par erreur que M. Barbie dans la Déclaration Générale des Biens du Chapitre compte dix maisons bénéficiales; d'ailleurs lui-même n'eu indique que neuf, suus 1,., ir< \>. Il, L2, 13, 11, 2 î. 24. 27, 28.
tion s'appliquait à ces deux modes de mutation. Quand un chanoine voulait se défaire de sa maison, il en avertissait le Chapitre, qui la faisait estimer par deux chanoines délégués à cet effet ainsi que par l'architecte et MM. les Intendants des Bâtiments; puis le Cbambrier la mettait au Chapitre en adjudication d'après le prix de l'estimation. Chacun de ces Messieurs, selon Tordre de la table, même les chanoines mineurs, pouvaient mettre des surenchères, « qui n'étaient reçues, dit le Règlement de 1766, le plus récent touchant cette matière, que jusqu'à concurrence du dixième du prix auquel elles avaient été mises en vente sur le Bureau ». Le chanoine vendeur touchait le montant de l'adjudication sans aucune retenue; l'adjudicataire devait payer 5 1. seulement pour les petits-vins.
Le cas de vente volontaire était assez rare et ne se présentait guère qu'à la suite d'une résignation qui rendait un chanoine propriétaire de deux maisons : le règlement, cité plus haut, lui faisait une obligation de s'en défaire par vente ou par résignation dans le délai de six mois.
La plupart des chanoines préféraient résigner leurs maisons seulement au moment de la mort, in c.rtremis, selon le terme consacré. La dernière mutation qui eut lieu dans le Cloître avant la Révolution, nous donne un exemple des formalités à remplir dans ces circonstances. Le 9 juin 1700, M. le Chantre informa le Chapitre que M. de Champigny était gravement malade dans le Cloître et qu'il désirait résigner sa maison; en conséquence, il priait Messieurs de déléguer envers lui des commissaires témoins de sa résignation. On nomma MM. de Floirac et de Launay, qui, accompagnés du secrétaire du Chapitre, se rendirent auprès du malade, entendirent et firent enregistrer la résignation de sa maison canoniale et claustrale en faveur de M. de Beaumont d'Autichamp et revinrent au Chapitre, où la résignation fut agréée. M. d'Autichamp était alors absent : ce fut M. Radix qui versa sur le Bureau les 5 livres pour le petit-vin. M. de Champigny .mourut le lendemain; M. d'Autichamp rentra immédiatement à Paris et, dans la séance capitulaire du 11, il déclara qu'il entendait garder la maison de M. de Champigny, consentait à payera Messieurs le
dixième qui leur est du sur le prix de la maison et ce d'après l'estimation que le Chapitre en fera faire. Les commissaires estimèrent que la maison pouvait rapporter 0.200 livres; elle fut classée, selon le règlement, dans la troisième catégorie des maisons canoniales, et son prix, sur le pied du denier douze, fut porté à 110.400 livres. M. d'Autichamp dut donc verser le dixième à la Recette générale, à savoir 11.040 livres.
Un troisième cas pouvait se présenter : celui « d'un chanoine décédé en perte de maison », c'est-à-dire qui mourait sans avoir vendu ni résigné sa maison. Les maisons, devenues vacantes par suite de semblables circonstances, « devaient être vendues en Chapitre et, quoique de droit et suivant l'usage immémorial observé jusqu'à présent, le prix entier en doive être distribué à Messieurs, néanmoins le Chapitre, voulant rendre plus facile l'acquisition des maisons et donner un peu plus de sûreté aux sommes qui seront employées à en acquérir la jouissance, ne retiendra sur le prix de l'adjudication que le cinquième pour être verse dans la caisse générale * ». Malgré cette retenue, le cas échéant était une bonne aubaine pour les chanoines !
Les maisons bénéficiâtes comprenaient les deux maisons des chanoines de Saint-Aignan ainsi que celles des chanoines-prêtres de Saint-Jean le Rond et de Saint-Denis du Pas. La communauté des Chantres, où devaient loger les bénéficier s et gagistes qui n'étaient pas prêtres, appartenait au Chapitre. Les bénéticiersprétres, à qui les neuf maisons dont il est ici question étaient attribuées selon leur droit d'option, n'en avaient que la jouissance ; aussi les voyons-nous moins soucieux que les chanoines d'entretenir leurs maisons en bon état. Ils les laissaient même parfois dans un tel délabrement que le Chapitre se vit dans la nécessité de conserver vacant tel bénéfice à la mort de son titulaire, jusqu'à ce que ses revenus aient suffi à payer les réparations. Vers 1700, l'excès du mal provoqua un règlement que nous voyons encore exécuter à l'époque qui nous occupe : « 1° Chaque année, après le chapitre de la Chandeleur, Messieurs les Intendants des Bàti-
1. Cfr. RègltMnont «lu 16 avril I7di rapporté tout au long par M. Chartier dans son ouvrage : /" \ncien Chapitre, etc., p. 13 >'t sq.
ments visiteront les maisons bénéficiâtes et feront leur rapport au chapitre général de Pâques ; 2° dans le cas où il se trouverait des réparations à faire auxdites maisons, lesquelles lesdits Bénéficiers n'auront pas faites en suite de ladite visite et que le Chapitre en aura reconnu la nécessité, le Chapitre fera faire lesdites réparations et en avancera les frais en retenant au fur et à mesure sur les distributions des Bénéficiers, auxquels lesdites maisons appartiendront, les sommes nécessaires pour le paiement des réparations 4 ».
Jusqu'à la Révolution, le Cloître conserva toutes ses immunités et ses franchises, un moment compromises sous Louis XÏV, mais sauvegardées par Colbert. Cependant, en 1787, une exception fut admise; par l'intermédiaire de M. de Breteuil, le roi demanda au Chapitre d'accorder au lieutenant de police toute autorisation pour qu'il pût, môme dans l'intérieur du Cloître, exercer librement ses fonctions « à l'égard des faiseurs de fausses lettres de change et autres effets commerçables ». Le Chapitre accéda volontiers au désir du roi2. Nous parlerons plus loin du droit de justice que le Chapitre exerçait dans le Cloître en la personne de son Bailli.
Le Cloître avait bénéficié considérablement des améliorations matérielles que le xvme siècle introduisit dans les habitudes de la vie. La plupart de ses maisons jouissaient de la concession d'eau accordée par la Ville en 1734; un réservoir, édifié aussi à ses frais en 1750 entre les contre-forts de la première travée de l'église, était alimenté par la pompe Notre-Dame et desservait le Cloître3. Les chanoines s'empressèrent de profiter de cet avan-
1. Chapitre général de la Saint-Jean, 25 juin 17iKi. A. .Y.. LL. 2322'.
i. Cfr. Concl. caj>.. année 1787, LL. 232 '"'. Pour éviter dos descentes de police, toujours désagréables et qui semblaient léser les immunités du Cloître , le Chapitre avait défendu à ses habitants d'élever et de lâcher dos pigeons. Année \Î10, LL. 23232.
3. « Retulit camerarius sententiam Caméra circa locum eligendum ac destinan- (Unu receptaculo aquae(en marge : oliin ad reservationem aquae) nonnullis claustri domibus dividende, magnam turrim inter et ecclesiam S. Joannis Rotundi per
Dominos Prapositum et tediles Urbis a?difieato Audito camerario, Domini
censuerunt dietum aquse receptaeulum jam aedificandum esse non quidem ad ralicera lateris dicta? Magna? Turris, sed versus claustrum in spatio interjecto
tage et nous voyons plusieurs d'entre eux établir des robinets dans leurs demeures, quand, en 1752, on fit réparer les rues du Cloître.
L'éclairage était aussi l'objet des soins du Chapitre : dix-huit lanternes, dont l'entretien était donné chaque année à un adjudicataire, répandaient une clarté suffisante1. De plus, quatre réverbères devaient brûler jusqu'à trois heures du matin pour permettre aux chanoines sortant de Matines, de regagner sans encombres leurs demeures. Ces allées et venues nocturnes exigeaient, surtout l'hiver, une grande surveillance dans les rues. M. le Chambrier était chargé de la police et deux autres chanoines, appelés Inspeclores scopariorum claustri, devaient veiller au balayage, à l'enlèvement des boues et de la neige et surtout, pour éviter les chutes, au cassage de la glace2. Enfin, dernier détail, depuis 1760 l'Administration des Postes avait fait poser une boîte aux lettres chez le suisse pour l'usage des habitants du Cloître.
A l'époque qui nous occupe, les chanoines n'étaient pas sans inquiétude au sujet de leur Cloître. En 1786, le Pont-Rouge ayant besoin de réparations, on demanda au Chapitre de prendre une partie de la maison des Chantres pour en modifier les abords. En même temps on lui soumit le projet d'une rue qui traverserait le Cloître dans sa longueur et aboutirait à un pont nouveau entre la cité et la rue de l'Ile-St-Louis. Ce projet n'était pas nouveau puisque sur le plan de l'abbé de la Grive, dressé en 1751, le tracé de la rue est déjà indiqué. Cette fois, le Chapitre s'émut; il fit valoir qu'une telle mesure « entraînerait la subversion du Cloître par la suppression de plusieurs maisons cano-
inter duas pilas, quœ parietem Ecclesia? sustentant ac novae pila?, per quam o parvisio aditus est ad dictani turrim. » .4. X. Concl. du -Jfl avril 1750. LL 232 3*.
1. Cet éclairage, d'après les clauses du dernier marché passé avec le Sr Saugrain en 1779 pour douze années, devait être <• parfaitement semblable et conforme en tout à l'illumination des grandes rues de la ville de Paris ».
2. Le dernier marché est passé au mois de janvier 1790 avec Edme Bourret, laboureur, demeurant dans la Grande-Rue de la Chapelle St-Denis et entrepreneur de l'enlèvement des boues de Paris pour le quartier de la Cité, conjointement et solidairement avec sa femme, Geneviève Cottin, pour l'année commencée au Ie* juillet dernier, moyennant la somme de 100 1.
niales les plus importantes des bâtiments indispensables pour l'administration du Chapitre et notamment de ses greniers , comme aussi par le renversement de l'ordre et de la police qui s'observent de tout temps dans le Cloître ».
Quatre portes donnaient accès dans le Cloître : la Grande Porte, celle des Marmouzets, celle donnant sur le carré du Pont-Rouge au bout de la rue d'Enfer; une dernière mettait en communication le Cloître avec l'Archevêché, juste à l'extrémité «le l'abside de Notre-Dame.
La Grande Porte, élevée à gauche et un peu en arrière de la tour septentrionale, occupait en partie l'emplacement de la vieille église de Saint-Jean le Rond. Elle fut édifiée en 1751 d'après les plans de l'architecte Bofîrand. Sa façade était décorée par quatre colonnes d'ordre dorique et dominée par quatre brùleparfums en pierre. Dans l'épaisseur de la construction était ménagé le logement du concierge1. La porte, dite des Marmouzets, donnait sur la rue de la Colombe. Elle avait conservé son caractère moyenâgeux avec son arc surbaissé et son toit en forme de pyramide. En 1788, on avait décidé de la démolir, ou plutôt de la décintrer « pour que le grand dais de la Fête-Dieu puisse passer ». Le projet ne fut pas mis à exécution puisque, l'année suivante , la procession de la Fête-Dieu dut sortir de Notre-Dame et y rentrer par la rue Neuve-Notre-Dame pour éviter de passer sous la porte des Marmouzets « à cause de la hauteur du dais ». En plus des portes dont nous venons de parler, on pouvait encore pénétrer dans le Cloître par le quai de l'abreuvoir, qui se trouvait au bas entre le Terrain et la demeure de M. de Tilly-Blaru, ainsi que par les portes de quelques maisons canoniales, qui donnaient rue de la Colombe et rue d'Enfer. On allait du Cloître à la cathédrale par la porte septentrionale et surtout par la Porte-Rouge, qui était d'un usage commun.
1. On trouve plusieurs dessins de cette porte. Cfr. B. \.. Cabinet des Estampes, Topographie.