‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 30 sur 130 · Concl. cap., 24 juin · texte numérisé non relu

Concl. cap., 24 juin

Chapitre approuvait les locations, les baux, le taux des lods et ventes, nommait aux bénéfices, dont il était le collateur, apurait les comptes des différentes caisses, approuvait les tables de distribution, écoutait les rapports de Messieurs en charge, choisissait ses baillis, procureurs fiscaux, prévôts, appariteurs, gardes-pêche, gardes-chasse, geôliers, donnait parole au notaire, citait et réprimandait les ecclésiastiques bénéfîciers du Chapitre, et, à la dernière réunion de la semaine, il désignait le chanoine, qui « entrait en tour » pour présenter aux bénéfices qui viendraient à vaquer pendant la semaine suivante et auxquels le Chapitre ne nommait pas in connu uni.

Les chanoines prenaient garde que la délibération, ou la décision qui la suivait, ne blessât la délicatesse à l'égard de leurs confrères en cause. Le chanoine, qui présentait requête au Chapitre sur un sujet le concernant, devait sortir pendant la discussion du cas, et, si quelque obligation était imposée à quelqu'un, on se servait dans la rédaction d'un mot composé fort poli : « Monsieur N. est chargé-prié de... comniissus-rogatiis. »

Les affaires plus importantes soumises au Chapitre étaient auparavant préparées, examinées et étudiées par « la Chambre ». La Chambre était par rapport au Chapitre ce qu'est aujourd'hui dans nos Conseils de Fabrique le Bureau des Marguilliers, ou une Commission dans nos Assemblées parlementaires. Elle était présidée par le Chambrier, nommé chaque année au chapitre général de la Saint-Jean, et se composait de quelques chanoines, choisis parmi les plus compétents sur les matières à étudier : parfois on y appelait encore l'architecte ou l'avocat-conseil du Chapitre. La Chambre préparait les baux et les contrats, conduisait les négociations, s'occupait de l'état des domaines, des terres, des plantations, surveillait les constructions nouvelles, etc. Aussi le Chambrier était-il l'homme le plus occupé du Chapitre. M. Camiaille remplissait depuis plusieurs années cette charge avec un zèle et un dévoùment que ses confrères lui reconnurent en le maintenant jusqu'à la fin dans ces difficiles et délicates fonctions. A Paris, il examinait les devis, mémoires, plans, et les affaires l'obligeaient à des absences fréquentes et prolongées. Bien faibles étaient

LtS RÉUNIONS CAP1TULAIRES.

les dédommagements à tant do peines : le fermier de l'Hay-

Châtenay lui devait cinquante gerbées de froment; celui du Mesnil-Amelot, deux cents bottes de paille; celui du Tremblay, cinquante gerbes de froment; celui de Villiers-le-Bel, cent cinquante gerbes de paille '.

C'était encore dans les chapitres ordinaires que les nouveaux chanoines étaient reçus par leurs confrères avant d'être installés dans le chœur de Notre-Dame. Quand un ecclésiastique avait reçu les Lettres de l'Archevêque lui conférant un canonicat, il choisissait un de ces Messieurs, qui lui servait comme de parrain, et tous deux, en manteau long, rendaient visite à chacun des chanoines « précédés de l'huissier du Chapitre qui portait les billets ». Puis au chapitre suivant, le récipiendaire se tenait à la porte de l'Assemblée, revêtu de la soutane, togâ academicâ, ou de l'habit de chœur d'hiver, s'il était déjà attaché par quelque lien à l'Église de Paris; là il attendait qu'on lui permît d'entrer. Cependant, ses lettres sont lues par le secrétaire; la porte lui est alors ouverte, il s'avance vers le bureau placé devant le Doyen, s'agenouille et prête serment sur le livre écrit en caractères gothiques, ouvert à la page « du Crucifix et du saint Evangile », sur laquelle il étend la main. Prêtaient encore serment au Chapitre : l'Archevêque, les Dignités, les marguilliers-clercs, les niarguilliers-lais, les francs-sergents et les petits-huissiers. Les vicaires perpétuels et les chapelains le prêtaient à l'autel de Saint- Denys, à l'entrée du chœur.

Les chapitres extraordinaires variaient beaucoup en importance. Quelques-uns se tenaient à la fin des Laudes, près la Porte-Rouge, où nos bons chanoines aimaient à bavarder un peu en se disant bonsoir, ou plutôt bonjour : il était alors entre deux et trois heures du matin! D'ordinaire les sujets traités à cette heure indue n'étaient pas fort sérieux : le ciel est maussade, la procession du matin sera supprimée; on s'y communique les nouvelles : la maladie du Roi, la délivrance de la Reine, la mort d'un personnage. Très pittoresques ces chapitres impromptus

1. Cfr. Déclaration des Biens du Chapitre à la campagne. .I..V. S. 560, patsim.

ad Portant Rubeam! D'autres fois, les chapitres extraordinaires se tenaient à la sacristie après un office : la mort d'un confrère, une décision liturgique à prendre, un scandale provoqué dans le chœur à punir, un nouveau Mandement de l'Archevêque, tels sont les sujets consignés dans les procès-verbaux de ces sortes de réunions.

On doit surtout donner le nom de chapitres extraordinaires à des séances, solennellement annoncées, tenues dans la salle capitulaire, dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Les convocations se faisaient de deux manières, ou bien per domos, ou bien ad aquitain cliori. La première, que nous verrons employer en 1789, lors de la nomination des électeurs aux Etats généraux, était la moins solennelle : le secrétaire faisait parvenir à chacun des chanoines un billet indiquant le jour et l'heure de la réunion. Le Chapitre, comme le Concile œcuménique, avait ses cursitores! La seconde n'était plus guère pratiquée que pour l'élection du Doyen. A la fin de la grand'messe, le Bailli du Chapitre, revêtu de son costume de Palais, entrait dans le chœur, s'avançait jusqu'à l'Aigle, y lisait la lettre de convocation appelée Manda tum, laissait la minute sur le pupitre, en même temps qu'une double copie était affichée aux portes de Notre-Dame. C'était la forme la plus solennelle.

Les chapitres généraux se tenaient quatre fois l'an : le lendemain de la Chandeleur, le lundi de Pâques, le lendemain de la Saint-Jean et de la Saint-Martin d'hiver. Il arrivait quelquefois qu'ils se continuaient pendant les jours suivants. Les chanoines partaient en procession du chœur de Notre-Dame, accompagnés du clergé de leur église : tous étaient en habits de chœur, mais les machicots, clercs de Matines et autres officiersclercs portaient le surplis plié sur le bras; arrivés à la salle capitulaire, les chanoines entraient immédiatement en séance, laissant à la porte tout leur clergé. Les affaires à traiter dans ces chapitres étaient d'ordinaire fort nombreuses et fort importantes : celui-ci attendait donc là parfois très longtemps; et, quand la délibération était terminée, on lui faisait savoir que la multi-

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plicité des affaires empêchait les chanoines de le recevoir et on le congédiait. C'était de tradition.

Les chapitres généraux étaient en effet fort importants : c'est alors que Ton traitait les questions plus graves, réservées dans les chapitres ordinaires. Les absences y étaient rares; les chanoines s'y trouvaient toujours au grand complet. Ils avaient d'ailleurs gros prolit à ne pas manquer, puisque les revenus des lods et ventes et ceux des petits-vins étaient distribués aux présents l. Le chapitre de la Saint-Jean s'appelait « le chapitre des Mœurs » ; on s'y occupait surtout des abus à réformer, de la conduite du clergé, de l'ordre du chœur; on y nommait aussi chaque année ceux de Messieurs qui devaient être en charges.

Les grandes assises capitulaires se tenaient lors de la célébration du Synode. En plus des ecclésiastiques qui devaient assister aux chapitres généraux, les prêtres de l'Hôtel-Dieu, tous les chapelains, le clergé de Saint-Jean le Rond et de Saint-Denis du Pas, les vicaires perpétuels, les quatre fdles de Notre-Dame, y étaient convoquées pour le mardi de la seconde semaine de carême. Un chanoine adressait à l'assistance un discours assez étendu sur les devoirs imposés aux ecclésiastiques, dont le résumé et l'éloge se trouvent dans le procès-verbal de chaque année. Le dernier de ces discours, prononcé le 2 mars 1790, par M. de Mondran, était tout de circonstance : « Quantum in adimplendis muniis et in defendendà Religionis causa, suum ergà ipsam ardens studium ostendere debent viri ecclesiastici2. » Ensuite M. le Doyen, remplissant alors les fonctions d'official du Chapitre, lisait les Monùa, qui rappelaient à chacun ses obligations, les règlements à observer, les abus à réprimer '.

1. Rien que pour les deux chapitres généraux de la Saint-Martin 1789 et de lu Chandeleur 1790, les capitulants avaient à se partager la somme de 10.856 1. Cfr. Concl. cap., "20 juin 1780, 7 novembre KSI. 12 novembre 1783, 7 mai 1790.

2. M. de Mondran avait prononcé aussi le discours de l'année précédente : « Quantum sacerdotio dignitatis afferunt doctrina et misericordia quas sibi vindicat. - Concl. cap., 1780. lu mars.

3. Le promoteur du Chapitre, dont l'office était ordinairement rempli par le secrétaire, avait le droit de requérir eontn' les bénéficiera, qui. dans la quinzaine, ne donnaient pas une excuse légitime de leur absence au Synode.

Après avoir assisté aux délibérations des chanoines, allons au chœur de Notre-Dame : nous les retrouverons à leurs stalles, remplissant la principale fonction de leur ministère : la célébration de l'Office Divin. Aujourd'hui que les chœurs de nos vieilles églises sont plus qu'aux trois quarts vides, qu'un clergé fort restreint est chargé de les desservir, que l'uniformité dans les rits, les ornements, les costumes, engendre presque la monotonie; que les cérémonies s'accomplissent avec beaucoup de dignité, mais peu de magnificence, on se fait difficilement une idée de la pompe avec laquelle se développaient dans des chœurs, 'comme celui de Notre-Dame, les manifestations du culte catholique. Un Chapitre nombreux, assisté d'ecclésiastiques plus nombreux encore, des costumes opulents, des ornements d'une richesse inouïe, les chefs-d'œuvre du Trésor chargeant les autels ou portés par les officiants, parfois la Cour étalant ses splendeurs royales jusque dans le sanctuaire : un tel spectacle devait produire sur l'esprit des peuples une impression de grandeur et de majesté, que nous ne connaissons plus. Plus théâtrale que symbolique était, il est vrai, la liturgie parisienne : on peut dire d'elle ce que l'on a dit de beaucoup d'œuvres d'art nées en même temps qu'elle : trop vantée jadis, trop décriée plus tard. Etudions-la (n'est-elle pas une manifestation de la vie capitulaire ?) non pas dans la lettre morte des livres, mais ressuscitée dans le chœur même où elle naquit en 1703 et où elle vécut pendant plus de cent cinquante ans.

Le chœur de Notre-Dame était, en 1790, à peu près tel qu'il est aujourd'hui. Les deux grandes stalles à baldaquin se trouvaient à l'autre extrémité, près le sanctuaire; la suite des stalles se continuait dans les trois travées et, derrière les chapelles de la sainte Vierge et de saint Denis, se fermait en un demicercle, coupé au milieu par la grande porte en fer forgé donnant sur la nef. On comptait alors soixante-six stalles supérieures et quarante-huit stalles basses. La grande stalle, placée à gauche, c'est-à-dire du côté de l'Epître, servait de trône archiépiscopal; l'autre en face, établie pour garder la symétrie, n'était utilisée que pour les discours synodaux. Depuis 1782, année où l'on

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