‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 32 sur 130 · A Notre-Dame, on disait et on écrivait « un stal · texte numérisé non relu

A Notre-Dame, on disait et on écrivait « un stal

2. Pour les places au chœur, cfr. Concl. cap., ll'ù et 1782; Curiosités de l'Église de Paris, et différentes notes. .4. X. L. 527. Quand MM. les Dignitaires étaient i leurs stalles ordinaires, les assistants, voyant les stalles de Dignités inoccupées, s'imaginaient que les titulaires étaient absents. Pour éviter ces inconvénients, on supprima la distinction.

:!. Cfr. les Rubriques du Missel de M. de Vintimille, particulièrement sur le mode de chanter le Graduel, le Trait etPAUeluia. 1. Page 76. Utn* Conclusion capitulaire de 1753 nous apprend que le Chapitre

au milieu du chœur est d'une forme triangulaire et a sept pieds et demi de haut; il est posé sur un bloc de marbre de bleu turquin : les trois Vertus Cardinales, qui sont assises sur sa base avec leurs attributs, sont de bronze; la tige est d'un cuivre poli, représentant à chaque face une lyre en relief, ornée de guirlandes de fleurs; au-dessous sont des têtes ailées de chérubins : sur cette tige est posé un Globe terrestre, sur lequel on voit les différentes parties du monde, représentées en relief; et au-dessus s'élève un Aigle déployé pour soutenir le Livre. L'art et la délicatesse s'y font admirer et surpassent la nature. » Il fut offert au Chapitre par M. Charles de la Grange- Trianon, chanoine, abbé-baron de Saint-Sevère et conseiller au Parlement. Ses armes étaient représentées sur le pied de l'Aigle ainsi que celles de M. Raguier, qui avait donné l'ancien lutrin.

L'été, c'est-à-dire depuis Pâques jusqu'à la Saint-Cerboney, 17 octobre *, les chanoines portaient le surplis à larges manches, l'aumusse grise et le bonnet carré2; le reste de l'année, ils se revêtaient de l'habit de chœur d'hiver, qui se composait du rochet, de la chape en drap noir et d'un camail avec capuchon se rabattant sur la tête. Quelques usages peu convenables s'étaient introduits, vers la fin du xvnP siècle, dans la tenue du chœur : pour se garantir l'hiver de la rigueur du froid, les prudents chanoines n'avaient trouvé rien de mieux que de venir à Matines en bonnet de nuit. Le Chapitre comprit le ridicule d'une telle coiffure ; mais l'interdire radicalement aurait pu effaroucher quelques tempéraments trop délicats. On suspendit l'usage des bonnets de nuit seulement pendant les fêtes de Noël, à cause du plus grand concours de peuple.

Tous les dimanches, les fêtes chômées et dans les circonstances

demanda qu'on donnât à l'Aigle <• un vernis couleur or ». En 1780, quand M. de la Fage le fit réparer à ses frais, oh lui donna une teinte gris-vert. Cl'r. Concl. capit.

1. Le peuple de Paris avait fait sur ce saint un curieux calembour. Voyant dans toutes les églises les ecclésiastiques laisser le jour de sa fête le bonnet carré pour le remplacer par le capuchon du camail, il l'appela saint Serre-Bonnet !

~. Voir l'image d'un chanoine de Paris, placée entête de cet ouvrage.

extraordinaires, le Chapitre apparaissait aux offices dans toute sa majesté. Le Doyen, le Chantre, l'Archidiacre de Paris et les chanoines conseillers-clercs au Parlement revêtaient la robe d'écarlate; les autres Messieurs, la soutane violette avec parements rouges1. La question des robes rouges souleva bien des différends au Chapitre et revenait périodiquement animer les discussions. En 1674, un chanoine2 pour les apaiser proposa tout simplement de les donner à tous les Messieurs et écrivit à ce sujet un curieux mémoire. En voici le préambule : « Il y avait dans l'antiquité des jeux publics qu'on ne célébrait que de cent ans en cent ans. Tous ceux qui s'y trouvaient ne les avaient jamais veus et apparemment ne les devaient jamais revoir. C'est pourquoy, avant que de les commencer, on criait : « Yenite ad ludos sseculares quos nemo vidit unquam nec visurus est. » Je ne sais, Messieurs, ce qui arrivera dans la suite du temps de l'affaire des robes rouges pour laquelle vous êtes présentement assemblés. Mais c'est une chose assez remarquable qu'il y a aujourd'hui justement cent ans que la même question fut proposée dans cette compagnie et qu'elle y fut agitée durant trois mois avec beaucoup de chaleur et de contestation. » Malgré les bonnes raisons de l'érudit chanoine, les choses en restèrent là et la distinction fut maintenue.

Si nous pouvions revoir le chœur de Notre-Dame un jour de fête, par exemple le jour de l'Assomption de l'an 1789! Nous possédons assez de documents pour photographie/-, à cent quinze ans de distance, la cérémonie qui va se dérouler majestueusement devant nous.

L'archevêque, M. de Juigné, est à son trône, drapé de pentes et de rideaux en velours cramoisi à crépines d'or'; ses vicaires généraux, chapelains, officiers, écuyers sont autour de lui pour le servir. La croix archiépiscopale domine ce groupe place au haut du chœur, à droite. Dans les stalles, de nom-

1. Ces robes étaient en soie l'été, en drap l'hiver. Cfr. Inventaire de M. Lemoine. Arch. Nat. Z- 3133.

•2. Rapport de M. Gaudin. A. X. L. 521-134.

3. A la mort de l'archevêque, la garniture de son trône appartenait à l'église.

breux chanoines étalent leur costume d'apparat : soutanes rouges et violettes, fins surplis, aumusses de petit-gris. A côté d'eux et au-dessous, sont tous les bénéficiers de l'Eglise avec leurs aumusses noires. M. le Bailli du Chapitre1, le Procureur et les Officiers de Justice, revêtus de la robe du Palais, occupent leurs stalles respectives, ainsi que les quatre marguilliers-lais. A la grande porte du chœur, vous êtes arrêtés par la compagnie des Francs-Sergents, tandis que la garde des deux portes latérales est laissée aux Petits-Huissiers.

Puis quel cadre pour la cérémonie qui va commencer! Le chœur de Notre-Dame est encore enrichi des libéralités de Louis XIV et de Louis XV. Les bronzes des pilastres, de l'autel, des balustres, redorés aux frais de M. de la Fage en 1780, brillent encore de tout leur éclat2; le maître-autel, en marbre d'Egypte, est chargé de sa merveilleuse garniture, due au célèbre Caffiéri. Une petite statue de Notre-Dame, en vermeil, placée au bas de la croix, sourit avec sa grâce moyenâgeuse au milieu de ce somptueux décor de style grec. Deux grands lampadaires brûlent de chaque côté sur la balustrade du sanctuaire. Enfin six tapis de la manufacture royale de la Savonnerie 3 couvrent le riche pavé depuis l'autel jusqu'au bas du chœur.

Les plus beaux vases sacrés, nécessaires à la cérémonie, sont sortis du Trésor. Pour la procession, qui doit se faire avant la messe, on a préparé la grande croix d'or, rehaussée de pierreries de différentes couleurs, et dont une partie, disait-on, était l'œuvre de saint Éloi. La riche médaille d'or émaillé, représentant saint Michel et donnée par le duc de Rerri en 140G, y a été suspendue. Près de Faute], sont déposés les deux livres d'Epîtres et d'Évangiles. Le premier est de vermeil, ayant d'un côté,

1. La stalle de M. le Bailli était ù main droite en entrant, au-dessous de celle du Doyen. Concl. cap. 1705.

2. Cette même année. M. de la Fage fit réparer encore l'aigle et le pavé de la nef et du sanctuaire et blanchir <■ toutes les parties extérieures et visibles de l'église. excepté les bas-côtés et les chapelles du chœur ». Cfr. Concl. cap.

3. Cinq de ces tapis avaient été donnés par Louis XV au Chapitre de Notre- Dame en 1771: le sixième fut payé en partie par le roi Louis XVI et en partie par les chanoines. Cfr. Inventaire de ill'O.

dans le milieu la naissance de la sainte Vierge et, de l'autre, son couronnement ; aux quatre coins de chaque côté sont représentés les Pères de l'Église, saint Augustin, saint Ambroise, saint Jérôme et saint Jean-Chrysostome. Le livre des Evangiles est aussi de vermeil; sur un côté, on voit le Christ au Calvaire, et, sur l'autre, Notre-Seigneur montant au ciel. Les angles sont décorés du buste des quatre évangélistes et le dos d'ornements fort délicats. Sur la crédence est posé le calice dit de Noailles, l'instrument de paix en or ainsi que le bassin et les burettes de vermeil, donnés en 1G97 par M. le chanoine Petitpied. Sur la table de l'autel sont dressés les canons de vélin enrichis de miniatures admirables et placés dans des cadres d'argent avec ornements dorés.

L'archevêque s'avance vers l'autel pour commencer la messe, assisté de MM. Lucas et de Reclesne qui remplissent l'office de diacre et de sous-diacre; les six induts leur font cortège; le spé porte son soc pour soutenir tout à l'heure la patène devant l'autel; quatre enfants de chœur, revêtus de tuniques, tiennent des flambeaux. Les officiants sont parés de l'ornement dit < de la Ville », qui fut offert à Notre-Dame par les Echevins en 1765 à l'occasion du baptême de la cloche, nommée Thibault. Il est en drap d'or avec bouquets de soies nuancées. Il ne sert qu'aujourd'hui1. Pendant que la fonction se poursuit à l'autel, M. Dugué, le maître de chapelle, entraîne ses musiciens dont les mélodies, jugées trop théâtrales par les contemporains, alternent avec le grave plain-chant, que modère M. le Grand-Chantre, assis à la « Bancque », revêtu d'une chape précieuse, tenant en main son bâton cantoral et assisté de deux bénéficiers.

11 faut dire que le Chapitre apportait un soin jaloux à l'accomplissement exact de toutes les cérémonies : les moindres détails étaient réglés d'avance2 et un tableau, suspendu dans le sanctuaire, selon l'usage immémorial de l'Eglise de Paris, rappelait à chacun

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