‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 41 sur 130 · LE CHAPITRE ET L'ARCHEVÊQUE · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE ET L'ARCHEVÊQUE

jouissait d'une si grande autonomie, sa juridiction était si bien déterminée et si indépendante, que les points de contact avec celui-ci étaient assez rares. Depuis le Concordat, intervenu entre Léon X et François Ier, les chanoines avaient perdu leur droit antique d'élire l'évêque de Paris; ils ne conservaient plus, en la personne de leur Doyen, que celui de l'installer ' . De son côté , l'archevêque possédait peu de droits à l'égard du Chapitre. Il avait, il est vrai, la nomination de toiH les chanoines et de six Dignités; mais les résignations, les permutations et les vacances ouvertes dans les mois réservés aux gradués, le frustraient le plus souvent de ses prérogatives sur ce point. Ainsi, en 1790, nous ne comptons que cinq chanoines nommés par M. de Juigné sur les treize, qui vinrent, depuis sa promotion à l'archevêché de Paris, occuper une stalle à Notre-Dame. C'étaient MM. de la Bintinaye, Mazéas, de Floirac, de Neuchèze et de Cours.

Ses autres droits étaient presque des devoirs. Il devait officier au chœur de Notre-Dame à dix-sept grandes fêtes de l'année, mais à la condition qu'il ait présidé les offices de la nuit, sinon il devait humblement présenter requête au Chapitre pour pouvoir, dans ces conditions, chanter seulement la grand'messe et les vêpres". Il avait au chœur de Notre-Dame un clerc ou vicaire3, qui était M. Duclos, chanoine de Saint-Denis du Pas : c'est par lui que l'archevêque acquittait les deux semaines ' et les deux soussemaines, qu'il devait par an, et se faisait remplacer aux petites heures des fêtes pontificales.

Pendant tout le XVIIIe siècle, le Chapitre vécut en bonne intelligence avec les archevêques de Paris ; on doit môme dire qu'il se

collegialiter Quoties vero dicta matriculariorumdaïeorum officia per obitum

vacabunt, toties prœsentatio officii ità per obitum vacantis ad canonicum inhebdomada existentem ad nominandum et praesentandum pertinebit, nominatio et institutio fiunt in capitulo et per capitulum. «

1. Voir au Ion- les détails de cette installation dans Les Curiosités de F Église île Paris.

2. En 1789 et 1790, M. de Juigné présente semblable requête pour les fêtes.

:i. Le clerc de l'Archevêque recevait comme honoraires 130 1. de la caisse de l'archevêché. Cfr. Déclaration de M. Duclos au Comité <Ijs Biens Nationaux. A. X. S. 7051-52.

4. L'Archevêque devait ces deux sem unes au Chapitre depuis que les deux vicairiesde St-Éloi et de St-Magloire et tient unies à l'archevêché. Cfr. Conel. capit.

montra profondément épiscopalien. 11 est janséniste et appelant avec M. de Noailles ; il retire son appel le lendemain de l'installation de M. de Yintimille1; M. deBeaumont,lors de ses exils successifs, reçoit de lui de précieux encouragements et les marques les plus indéniables d'attachement et de fidélité2. •

Quand le Chapitre apprit par un billet de l'évêque d'Autun, qui tenait en 1781 la Feuille des Bénéfices, la nomination de M. de Juigné à l'archevêché de Paris, il put en toute sincérité faire valoir auprès de l'élu les bons sentiments qu'il avait eus à l'égard de ses prédécesseurs et qu'il promettait de lui continuer : « Monseigneur, le Chapitre, en apprenant votre nomination à l'Archevêché de Paris, a remercié la Divine Providence de lui avoir donné un aussi digne successeur du Prélat qu'il regrette. Le refus, que vous avez déjà fait de l'un des premiers sièges du Royaume est une preuve éclatante de votre désintéressement et de votre modestie. Nous ne doutons pas qu'en acceptant celui de Paris, vous ne sacrifiez votre satisfaction personnelle au bien général de la Religion. Des vues aussi pures vous assurent, Monseigneur, tous les cœurs d'un grand diocèse ; les vertus épiscopales, qui vous caractérisent, feront notre bonheur. Vous trouverez aussi le vôtre dans l'union qui a toujours régné entre le Chapitre et ses archevêques. Vous devez être persuadé que nous nous efforcerons de l'entretenir et de mériter vos bontés par les sentiments d'amour et de respect, qui sont gravés dans nos cœurs. »

Ces sentiments étaient réciproques et l'archevêque ne resta pas en retour à l'égard de son Chapitre. « Si quelque chose peut diminuer le poids du fardeau qui m'est imposé, répondit-il à M. de Montagu dès le lendemain de son arrivée à Paris, 4 janvier 1782, c'est la confiance et l'attachement d'une compagnie, qui tient le premier rang dans le clergé de la capitale et qui est distinguée par les vertus et les talents des membres qui la composent3. » Cette réponse parut si flatteuse aux chanoines qu'ils décidèrent d'aller sur-le-champ présenter en corps leurs félicita-

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