LE CHAPITRE ET LES ÉTATS- GÉNÉRAUX
éloignés de leurs ateliers. Le Comité des subsistances nous a fait l'honneur de nous députer A-ers vous, Messieurs; il noua a chargés de vous exprimer toute sa sensibilité, celle de la Commune entière, et de vous offrir l'hommage respectueux de la profonde reconnaissance des nombreux infortunés que vos bienfaits vont nourrir. Nous ne craignons même pas de le dire : la capitale, assainie de l'oisiveté tumultueuse de plusieurs milliers d'hommes pressés par l'aiguillon du besoin, vous devra son repos et chaque citoyen sa sûreté personnelle. 11 appartient à des ministres de la Religion, qui seule peut consoler de tant de désastres, de donner un si généreux exemple. Cet exemple surtout était digne du Chapitre de l'Église de Paris, qui fut toujours si fécond en vertus et qui le sera toujours par les modèles que vous laisserez à vos successeurs. L'nis d'un même esprit avec votre Chef vénérable, que vient de signaler encore cette charité paternelle qui le caractérise, l'admiration publique ne vous en séparera pas, et l'on vous appliquera, comme à lui, ces paroles de l'Ecriture : Pastor pascit oves. »
Ces paroles touchèrent si profondément le Chapitre qu'il annonça à la députation, par la bouche de M. le Chantre, que les 12.000 livres seraient versées le jour même, puis M. le Chambrier, s'approchant de M. d'Argis, se permit de lui demander le texte de son discours, qui lui fut gracieusement remis et resta épingle à la Conclusion de ce même jour. Enfin, avant de se retirer, les députés déposèrent sur le bureau du Chapitre la délibération du Comité.
Ces bons rapports, entre le Chapitre et les représentants de Paris, eurent une nouvelle occasion de se confirmer. Le 24 juillet, six membres du District de la Cité vinrent demander au Chapitre une messe d'actions de grâces « pour remercier Dieu de sa protection envers cette capitale dans les troubles, qui l'ont affligée, et une messe de Requiem pour le repos des âmes des citoyens qui ont péri à l'occasion des mêmes troubles ». Il transmit la demande à l'Archevêque, qui autorisa les deux cérémonies pour le jeudi et le vendredi suivants.
Avant de continuer le récit des événements qui allaient être, pour l'Eglise de France, des signes avant-coureurs de sa ruine prochaine, il nous faut attirer l'attention sur un sujet de grandes consolations donné à l'Église de Paris au milieu de tant de tristesses.
Nous avons dit que le Chapitre, à la suite de la Conclusion capitulaire du 20 avril, avait fait imprimer sa Protestation contre le Règlement du 24 janvier et l'avait répandue à profusion dans tout le royaume. S'il ne fut pas le premier à protester, on doit dire qu'il prit la tête du mouvement dès qu'il y fut entré. La justesse de ses revendications, la modération des termes dans lesquels il les formula, puis plus tard l'estime que méritaient les deux chanoines de Paris députés aux Etats généraux, MM. Chevreuil et de Bonneval, aussi sa proximité de l'Assemblée nationale, à une époque où la province agissait difficilement sur le pouvoir central, tout cela contribua à faire regarder par les autres églises la Protestation du Chapitre de Paris comme la plus sûre d'être prise en considération par qui de droit.
Dès qu'elle eut paru, les lettres de félicitations et d'adhésion affluèrent de tous les points du royaume ; les métropoles, comme Lyon, Bourges, Cambrai, Auch, Albi, et les églises moins célèbres, dont beaucoup perdues au fond de la province, s'adressèrent à lui pour lui demander d'unir leurs protestations aux siennes et de soutenir leurs intérêts communs. « Eloignés de la capitale, écrivaient par exemple les chanoines de Digne, n'ayant aucun représentant aux Etats généraux et jugeant nécessaire de porter nos plaintes sur l'injustice commise à l'égard de notre église et surprise à la religion du Roi, nous avons pensé que vous voudriez bien agir en notre nom et faire à cet égard les démarches que vous croirez nécessaires. La position où vous vous trouvez vous met à portée de saisir le moment favorable pour agir efficacement, pour prévenir les décisions injustes que la composition de la Chambre ecclésiastique aux États généraux semble faire craindre et pour demander que l'Ordre du Clergé soit suffisamment représenté dans toutes les classes de la hiérarchie '. »
1. Lettre du Chapitre de Digne, 5 juin 1789. — Arvk. Xat., L. 542.
L'archiviste Pavillet a conservé soigneusement toute cette correspondance', qu'il a classée par ordre alphabétique et dont il a fait deux relevés, malheureusement -tous deux incomplets2. Le tableau que nous donnons ici, réunit les deux rédactions de Pavillet, augmentées des documents postérieurs que nous avons trouvés dans les cartons L. 542 et 543 aux Archives Nationales .
1. Cette correspondance remplit deux cartons aux Archives Nationales - L 54*
et 541.
■I. La dernière page manque à la seconde rédaction, beaucoup plus soignée et plus complète que la première. « Ce relevé, dit Pavillet, a été fait dans le dessein de donner un aperçu de cette correspondance et de faciliter les movens de connaître et de consulter sur-le-champ les pièces dont on pourrait avoi/besoin .