‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 97 sur 130 · Lettre du 24 mai 1780. — Arch. Xat., L · texte numérisé non relu

Lettre du 24 mai 1780. — Arch. Xat., L

Un grand nombre d'Eglises donnèrent aux chanoines de Paris une marque encore plus significative d'estime et de confiance. Quarante-six leur adressèrent procuration authentique « pour veiller à la conservation et à la défense de l'Eglise de N... pendant la tenue des Etats généraux, leur donnant pleins pouvoirs de constituer tous procureurs généraux et spéciaux, pour faire valablement, au nom du Chapitre de N..., tout ce qu'ils pourront et jugeront à propos de faire pour eux-mêmes, approuvant le tout d'avance et y adhérant dès à présent ; voulant mesdits sieurs et entendant que, pour agir valablement en leur nom, les députés ou procureurs fondés du Chapitre métropolitain de Paris n'aient besoin que des pouvoirs qui leur seront donnés à cet effet par Messieurs dudit Chapitre de Paris1 ».

Les procurations des quarante-six Églises ne parvinrent pas toutes au Chapitre au printemps de 1789 : quelques-unes ne lui furent envoyées qu'en novembre suivant, après le vote mettant les biens du Clergé à la disposition de la Nation, et d'autres seulement en avril 1790, quand l'Assemblée nationale aborda la question délicate de la Religion d'État. Quand M. de Bonneval monta alors à la tribune pour arrêter les tendances de l'Assemblée, il put parler au nom des Eglises suivantes : — cathédrales : Agde, Aix, Albi, Aleth, Amiens, Angers, Auch, Autun, Béziers, Saint-Claude, Dax, Saint-Dié, Digne, Dijon, Evreux, Fréjus, Grasse, Lescar, Lodève, Lombez, Meaux, Mirepoix, Montpellier, Narbonne, Nîmes, Noyon, Perpignan, Poitiers, Saint-Pol-de-Léon, Saint-Pons, Toul, Toulouse, Troyes, Tulle, Yahres, Verdun, Viviers, Uzès ; — collégiales : Saint- Vulfran d'Abbeville, Saint-Félix de Caraman, Saint-Gilles en Languedoc, Saint-Paul de Narbonne, Saint-Quentin, Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Pierre et Saint-Chef de Vienne. Rien de beau comme ce spectacle de l'Église de France presque entière, s'unissant au Chapitre de l'Église de Paris, qui, en ces jours de deuil i-t de tristesse, est reconnue une dernière fois comme « la première du royaume! »

l. Modèle de procuration donné par le chapitre d'Amiens. — Arch. \a(., L. 542.

La saison de la récolte approchait et les fermiers du Chapitre, suivant les clauses de leurs baux, s'apprêtaient à recueillir les fruits des dîmes et des droits seigneuriaux qu'ils tenaient en loyer. Mais les esprits, même dans les campagnes, étaient fort exaltés et bien des paroisses eurent, avant l'Assemblée nationale, leur « nuit du 4 août! » Depuis que la moisson était commencée, les réclamations des fermiers arrivaient presque chaque jour à Paris; ils se plaignaient des prétentions des habitants au sujet des dîmes. Les paroisses de Fresne-les-Rungis, L'Hay, Chevilly, Bourg-la-Reine, Orly, étaient décidées à restreindre les droits de dîme et même à les refuser totalement. Les démêlés des habitants de Wissous, où le Chapitre avait des biens et des droits considérables, et du fermier, le sieur Auboin, émurent particulièrement les chanoines. Celui-ci leur dénonça, par exploit du 3 août, une délibération de la paroisse de Wissous en date du 27 juillet, portant que les habitants n'entendaient ne plus payer, à compter de la présente année, les dîmes de tous grains, de foin et autres qu'à raison de quatre gerbes ou bottes par arpent, au lieu de la quantité accoutumée1.

Une telle décision pouvait effrayer le fermier à qui elle devait causer un préjudice considérable ; il somma en conséquence le Chapitre de déclarer, le jour même, s'il entendait que lui, Auboin, ramassât les quatre gerbes ou bottes au lieu de ce qui lui revenait de droit.

Le Chapitre n'avait pas l'intention de céder, d'autant plus qu'il voyait se généraliser, dans l'étendue de ses terres, de si injustes prétentions : il déclara s'en tenir au bail de 1784 et rendit le fermier responsable de la levée des dîmes.

Cette décision fut prise au matin du 5 août; les chanoines étaient loin de se douter de ce qui s'était passé à Versailles dans la fameuse nuit historique, qui venait de finir! Au moment où le Chapitre revendiquait si fort ses droits, il allait apprendre que l'Assemblée nationale avait fait en son nom à la Patrie le sacrifice de tous ses droits féodaux! Le dimanche 16 août, à

1. Cfr. l'énumération et la quotité des dîmes de Wissous (page 124, note 2).

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