‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 98 sur 130 · BÉNÉDICTION DES DRAPEAUX · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DES DRAPEAUX

Tissue des vêpres, il fit chanter ù cette occasion un Te Deum en musique1 : le chanta-t-il de bon cœur'.'

Les vacances ramenèrent un peu d'accalmie au Chapitre : la solennité du 15 août se célébra en la manière accoutumée et le mois de septembre vit de nouveau s'ouvrir à Notre-Dame les prières des Quarante Heures, demandées personnellement par le Roi. « Louis XVI, dit d'Auribeau, affecté des violents débats de l'Assemblée et de l'agitation qui régnait à Paris et dans les provinces, plein de confiance en la miséricorde divine, eut recours aux prières publiques, selon l'usage de ses ancêtres, et les demanda aux évêques dans une lettre touchante qui dépeignait parfaitement la situation du royaume11. » Elles furent célébrées à Notre-Dame les 13, 14 et 15 septembre. La bénédiction des drapeaux de la Garde nationale attira, quelques jours plus tard, le '27, une aflluence énorme et fut l'occasion d'une splendide cérémonie, dont les historiens et les graveurs nous ont conservé le souvenir. Nous la décrirons ici en reproduisant seulement le procès-verbal inséré à la suite de la Conclusion capitulaire du 28 septembre.

« Dimanche dernier, 27 septembre, vers midi, on apporta dans la nef de l'église de Paris les drapeaux des soixante régiments de la Garde nationale parisienne. Mgr l'Archevêque les bénit,

1. « Sur le rapport fait par M. le Chantre que Monseigneur l'Archevêque de Paris avait prié-chargé M. de Floirac, chanoine, de prévenirle Chapitre qu'il se proposait, conformément au vœu de l'Assemblée nationale, de donner un Mandement pour ordonner que le Te Deum serait chanté dans toutes les églises de son diocèse, à l'occasion des délibérations prises dans l'Assemblée nationale le 4 de ce mois ; Messieurs, après eu avoir délibéré, ont nommé, pour en conférer, suivant l'usage,' avec Monseigneur ^Archevêque, M. Chevreuil, chancelier, et M. «le Bonneval, chanoines, tous deux dépûtes a l'Assemblée nationale, et ont arrêté, au désir du Prélat, manifesté par îiionilit S' de Floirac, que le Te Deum demandé sera Chanté en musique dans l'église! de paris dimanche prochain à Tissus îles vêpres avec le verset Senediçémus Par. trem, etc., et l'oraison Pro gr'atiarum aclione et le verset Fiai manus êwa,etc., l'oraison Proregeet celle Pro Congregatione staluum Regni. » CùhcLcap., 1 1 août IÎ89.

•-'. Le Chapitre deDolen Bretagne lui reprocha cett£ cérémonie : « Toute la France; écrivit-il au Chapitre le 7 octobre 1789, fut étonnée à la nouvelle que, la nuit du 1 août, il avait été fait au nom de toute l'Église cession et abandon de ses dîmes et droits féodaux; qu'ensuite, pour remercier Dieu de ce que l'on venait de dépouiller son Église et l'aire de ses ministres des esclaves et «les serfs, il avait été chanté un Te Deum au son de tous les instruments ». Àrch. Nat., L. 542.

'■>. Me, noires, t. Ier, p. IJO.

avec les cérémonies accoutumées, à la porte du chœur, en même temps qu'ils lui étaient présentés par les officiers de la Garde. La cérémonie n'ayant pris fin qu'à trois heures et demie, on sonna None à cinq heures. »

Le mois d'octobre débuta par les lugubres journées qui virent le roi et la famille royale ramenés à Paris. L'Assemblée nationale, se déclarant indissolublement unie à la personne du roi . quitta Versailles et s'installa à Paris dans les locaux de l'Archevêque et du Chapitre. La deuxième portion du secrétariat occupa la salle capitulaire; derrière la balustrade, appelée la barre, on établit le bureau du Comité des finances, le reste de la salle fut réservé au bureau de judicature, aux comités du commerce, de rapport et d'atîaires diverses. La grande porte dut rester ouverte et les rues du Cloître furent livrées à la circulation publique, car il fut réglé que les voitures des députés entreraient par la porte de l'Archevêché, et, après avoir contourné l'église Notre- Dame, sortiraient par celle du Cloître. Nos chanoines sentaient l'ogre bien près d'eux ; il ne va pas tarder à faire savoir qu'il a faim !

Dans une adresse que ses députés rédigèrent vers la fin de septembre, l'Assemblée nationale avait lancé aux églises du royaume cette invitation, presque comminatoire : « Que de richesses, dont un luxe de parade et de vanité a fait sa proie, vont redevenir des moyens actifs de prospérité! Combien la sage économie des individus peut concourir avec les plus grandes vues pour la restauration du royaume! Que de trésors, accumulés par la piété de nos pères pour le service des autels, sortiront de l'obscurité pour le service de la Patrie et n'auront pas changé leur religieuse destination! Voilà les réserves que j'ai recueillies dans les temps prospères, dit la Religion sainte; je les rapporte à la masse commune dans les temps de calamité. Ce n'était pas pour moi; un éclat emprunté n'ajoute rien à ma grandeur; c'était pour vous, pour l'Etat, que j'ai levé cet honorable tribut sur la piété de vos pères ! » Cette éloquente prosopopée fut convertie le 6 octobre en un décret, dont l'article XXI était ainsi conçu : « L'Assemblée nationale invite les particuliers à porter leur argenterie à l'Hùtel des Monnaies. »

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