Salter, Chapters ot the Augustinian Canons, p
ORIGINE DU CHAPITRE GÉNÉRAL ai
plaçaient sous sa dépendance et lui remettaient leurs biens comme le propriétaire se confiait à un seigneur, lui offrant ses terres en échange de sa protection. Devenu ainsi le chef d'innombrables possessions, l’abbé de Cluny exerçait son autorité sur un domaine immense. C'était à ce prix qu’on avait pensé maintenir la liberté des monastères et la discipline des moines. Mais le système se révélait dangereux. Les groupements nouveaux allaient-ils imiter Cluny ? ou revenir à l'isolement absolu, non moins dangereux ? Le jour où l’un d'eux allait être assez nombreux pour être obligé de se donner un statut commun, il lui faudrait choisir entre l'isolement extrême et la centralisation extrême, à moins de ne trouver un moyen terme. Citeaux réalisera l'équilibre.
L'histoire monastique jusqu’au XIIe siècle nous a montré que l'union se conçoit entre monastères et qu’elle est d’autant plus utile que le principe de la juridiction épiscopale sur les religieux se trouve en défaut. Nous avons vu plusieurs essais tendant à créer un lien entre les maisons de réguliers ; nous avons rencontré surtout des faits. Ce n’est qu’assez tard, lorsque la chrétienté commence à se remettre des grandes invasions, qu’on trouve un lien institutionnel. Dans un cas particulier, mais important par le nombre de monastères qu’il comprend, l’union est si étroite qu’elle se révèle une absorbsion ; le chapitre général y est noyé. Nous allons voir comment ce système trop radical a été nuancé ; comment le chapitre général est devenu prépondérant.
Section Il
Naissance du chapitre général cistercien
Au début du XIIe siècle l’aspect de la chrétienté se modifie quelque peu. La carte ethnographique se stabilise, les royaumes s'organisent, l’ordre s’impose. Petit à petit l'harmonie s'établit dans la confusion initiale. Ce n’est pas que la paix règne dans une tranquillité absolue, loin de
là : dans tous les domaines il faudra encore combattre avec énergie; mais ce n’est plus un bouillonnement trop souvent stérile : si on lutte c’est pour établir l’ordre entre toutes les activités. Nous sommes dans une période d’organisation ; ne nous étonnons donc pas de voir les moines réaliser de grands progrès à ce point de vue. L'histoire de Citeaux va nous montrer comment ils y sont parvenus, ce qu'ils ont fait, pourquoi.
Molesmes était une abbaye bénédictine dont l’origine remonte à des ermites qui, après avoir vécu dans des bois entre Tonnerre et Châblis, s'étaient établis d’abord à Coulan puis à Molesmes. Bientôt les adoucissements coutumiers s’introduisent dans le nouveau monastère, contrairement au goût de l’abbé Robert et de quelques moines ; ceux-ci se retirèrent en 1098 à Citeaux pour y appliquer toute la rigueur de la règle et vivre du travail de leurs mains. Le pape obligea Robert à regagner son abbaye, mais il prit l’année suivante la nouvelle fondation sous sa protection. Le supérieur y était alors Albéric ; il avait rédigé les « Instituta monachorum Cisterciensium de Molismo venientium ». Un comité avait été désigné à Molesmes pour examiner la règle et son application, donner des conclusions à ce sujet. Il avait décidé que la règle n’était pas appliquée à la lettre ; il y était contrevenu en trois points principaux : le travail manuel], les dîmes et offrandes, le costume et les bâtiments. Sur ces points, les Cisterciens portèrent leurs efforts, aussi bien que sur le régime de leur vie. Ils ne se ménagèrent pas les austérités : saint Robert était sévère, saint Albéric le fut davantage, saint Etienne Harding, troisième abbé, encore plus. Il effraya ses moines et pour comble de malheur en 1111 une épidémie s’abattit sur l’abbaye. Fort heureusement, le printemps suivant amenait saint Bernard et ses 30 compagnons. L'avenir de Citeaux était alors assuré. Dès 1113 était fondée La Ferté, en 1114, Pontigny, en 1115 Clairvauxet Morimond ; puis Preuilly, Trois Fontaines, La Cour Dieu, Bonneval, Bouras.
Après la fondation des quatre premières abbayes saint Etienne Lint des conférences avec les supérieurs, et des
moines de Citeaux 1. C'était un chapitre général comme dans beaucoup d’abbayes bénédictines. Il est certain que le principal problème qui se posa fut celui de l’organisation commune. En 1119 le travail était achevé ; au mois de septembre, le chapitre général des dix abbés publiait sous le nom de Charte de Charité les constitutions de l’ordre, que le 23 décembre, Calixte II, alors à Saulieu, approuvait ?.
Les moines sont dorénavant soumis à la sainte Règle, interprétée uniformément pour tous par la « Carta Caritatis », elle même précisée par «l’Exordium Parvum», bref historique des débuts de l’ordre destiné à en fixer les tendances originelles. La « Carta Caritatis » a été divisée en CiRqutitres #2: