ABRÉVIATIONS
A.F.M. Dom BEAUNIER et Dom BEsse : A bbayes et prieurés de l’Ancienne France, Archives de la France Monastique.
A.L.K.G. DentFLe (OP.) et EHrLE (S.J.) : Archiv für Lilteratur und Kirchengechischte des Mittelalters.
c.g. Chapitre général.
IP ES MYGNE : Patrologiae cursus completus, Patres Latini. R.B. Revue bénédictine, éditée à Maredsous.
R.M. Revue Mabillon, éditée à Ligugé. R.Q.H. Revue des Questions Historiques, éditée à Paris. O. Arr. Arrouaise Gosse O. Cam. Camaldules Mittarelli ©. Carm. Carmes Zimmermann.
O. Cist. Citeaux Canivez (OM OIE Cluny Cluny, c.g. enregistrés.
O. Coel. Célestins Becquet O:E.S.A. Ermites de Saint-Augustin Van Moe O0. F.M. Frères Mineurs ALKG, ete... — Little OP: Frères Prêcheurs Reichert.
O. Gran. Grandmont Levesque ©. Oliv. Olivétains Lugano O. Proem. Prémontré Hugo d’Etival O. Serv. Servites Morini ©. Silv. Silvestrins O. Vall. Vallombreuse.
O.S.B. Angl. Bénédictins, chapitre provincial
Angleterre Pantin Ch. rég. Angl. Chanoïnes réguliers, chap. prov.
Angleterre Salter
L'une de ces abréviations, suivie d’une date indique, en principe, une décision d’un chapitre général, qu’on trouvera, à celte date, dans l’ouvrage correspondant.
En principe les décisions pontificales se trouvent au Bullaire Romain ou tout au moins indiquées dans POTTHAST.
Sauf indication contraire les canonistes sont cités de la façon suivante : Née : nom du canoniste d’après la bibliographie, ensuite indication du commentaire :
618 qi2 X, Lib. LIL. Tit. 31
VI, Lib. III, Tit. 14
Clém.Lib. III, Tit. 9
— Décret de Gratien, Cause 18, question 2, — Décrétales de Grégoire IX, Livre III, titre 31 : «De regularibus et transeuntibus ad religionem ».
«de statu monachorum et canonicorum regularium ».
«de religiosis domibus »
— Sexte, Livre III, Titre 14 : de regularibus de statu regularium de religiosis domibus.
— Clémentines Livre III, Titre 9 : de regularibus de statu monachorum.
de religiosis domibus.
enfin indication du canon ou du mot glosé.
INTRODUCTION
Afin de réaliser un idéal de perfection, en Orient, dès le début du christianisme, des fidèles vivent séparés du monde, soit groupés en communautés soit, le plus souvent, isolés les uns des autres. Mais la solitude étant peu compatible soit avec la faiblesse générale, soit avec l’attraction qu'exerce la force spirituelle de quelques uns, la vie érémitique s'oriente naturellement vers la vie cénobitique. Nous voyons avec saint Antoine un chef spirituel, avec saint Pakhôme une maison commune, une clôture, l’obéissance. Avec saint Basile, la règle s’adoucit, par contre la vie de communauté se développe.
En Occident le monachisme, apparu plus tard, se propage d’une part sous l'influence de moines venus d'Orient, d’autre part, sous l’action et la direction de certains évêques : par exemple, saint Hilaire fonde Ligugé, Cassien crée l’abbaye Saint-Victor de Marseille.
Le fait capital est la rédaction, par saint Benoît de Nursie, au début du VE siècle, d’une règle qui bientôt sera observée par le plus grand nombre de monastères, ou bien dont les autres règles ne seront souvent que des variantes. La caractéristique de l'institution de saint Benoît est que chaque monastère forme une petite église où tous, vivant sous l’autorité paternelle de l’abbé, militent dans l’école du service divin.
Cependant, il s’en faut que tous les moines aient réalisé l'idéal de leur vocation. Abbés, évêques, conciles, princes, papes, sont obligés de rappeler à l'observation de la règle et d’opérer des réformes, plus ou moins profondes. Indépendamment des abus entraînés par le développement de la richesse et de l’ingérence des laïques dans la vie régulière, et
Hourlier 1
aussi par la diminution de la ferveur dans bien des cas, des nouveautés sont peu à peu introduites dans l’institution monastique. En réaction s’éveille le désir d’un retour à l'application stricte, étroite même, de la règle. C’est la raison de la fondation de Citeaux.
Cette abbaye était destinée à garder la ferveur primitive crâce à une institution nouvelle. Les 343 maisons existant à la mort de saint Bernard sont unies entre elles par filiation ou adoption. Et ce qui est remarquable, c’est qu'entre toutes est maintenue une étroite cohésion, qui ne doit pas se relâcher, sans pour cela exclure une large mesure de liberté de chacune. Tous les abbés tiennent, sur le pied de l'égalité, une réunion annuelle, appelée chapitre général, où ils complètent, et parfois modifient, les usages de l’ordre, veillent et pourvoient à la bonne tenue de tous les monastères.
Cette institution s’est révélée pratique et salutaire. Aussi dans le cours des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, les Bénédictins l’adoptent-ils. Les chanoines réguliers en font autant. Et lorsque des besoins nouveaux suscitent les ordres mendiants, ceux-ci prennent le chapitre général comme l’un des rouages les plus importants de leur organisation.
Nous nous proposons de rechercher les origines de cette institution et de suivre son développement, afin de déterminer sa nature. L’ampleur du sujet nous oblige à nous limiter à quelques siècles. Ce sera cependant suffisant pour examiner un grand nombre de chapitres généraux et permettre de dégager leur caractère juridique. Nous prenons pour terme de notre étude le moment où naît le Grand Schisme. Néanmoins nous nous réservons la faculté d’utiliser quelques canonistes postérieurs à 1378, soit parce qu'ils reprennent des arguments antérieurs, soit parce qu’ils développent une idée qu’on trouve en germe dans notre période. D'autre part, nous n’avons pas recherché tous les documents contenant des procès-verbaux de chapitres généraux : ce travail serait très long et sortirait de notre sujet, qui se borne à l'étude de l'institution du chapitre général, laissant de côté le dépouillement de tous les renseignements qu’on pourrait extraire des procès-verbaux.
INTRODUCTION 3
Avant de clore cette introduction il convient d'indiquer le sens de quelques termes, tels chapitres, ordre, congrégation, .ce qui est d'autant plus utile que les mêmes mots ne reçoivent pas toujours la même signification.
Saint Benoît au titre de la règle : «de adhibendis ad consilium fratribus » établit le chapitre du monastère. Le mot même de chapitre pour désigner le conseil des frères n’est pas contenu dans la règle ; il est postérieur. Néanmoins il s'applique exactement à cette institution, dont voici le but et les règles
« Quotiens aliqua praecipua agenda sunt in monasterio convocet abbas omnen congregationem et dicat ipse unde agitur. Et audiens consilium fratrum tractet apud se et quod utilius iudicaverit faciat. Ideo autem omnes ad consilium vocari diximus quia saepe iuniori Deus revelat quod melius est.
« Sic autem dent fratres consilium cum omni humilitatis subiectione, et non praesumant proconciter defendere quod eis visum fuerit, et magis in abbatis pendeat arbitrio, ut quod salubrius esse iudicaverit ei cuncti oboediant. Sed sicut discipulos convenit oboedire magistro ita et ipsum provide et iuste condecet cuncta disponere …
« Si qua vero minora agenda sunt in monasterii utilitatibus seniorum tantum utatur consilio sicut scriptum est : omnia fac cum consilio et post factum non poeniteberis .. »
Ce passage avec bien d’autres établit la « patria potesta » absolue de l’abbé sur tout le monastère, contenue simplement par la crainte de Dieu et par les règles de la prudence.
C’est ce conseil qui est devenu le chapitre quotidien, au cours duquel bien souvent n’est examinée aucune question grave. L'office de prime, commencé à l'oratoire, y est terminé. Le travail peut être réparti entre les frères et les obédiences assignées. Certains jours de la semaine s’y fait la confession publique des manquements extérieurs à la règle : c’est le chapitre des coulpes.
Le chapitre quotidien ne présente pas de difficulté lorsque tous les moines d’une abbaye vivent sous un même toit. Mais au cours de l’histoire 1l s’est produit une disper-
sion. Avec le milieu féodal, les possessions des grandes abbayes se multiplient. Dans les plus importantes vivent quelques moines sous la direction d’un prieur, lui-même soumis en toutes choses à l'abbé.
Le prieuré forme une unité ayant son chapitre quotidien, et cependant il n’est qu’un élément de l’abbaye. Une question se pose alors : qui compose le chapitre de l’abbaye ? L'usage s’est établi de n’y convoquer que les moines qui vivent dans l’abbaye même. Mais l’abbé a pris l'habitude de réunir à certains jours tous les prieurs de qui il est le supérieur, afin de connaître les ressources de l’abbaye, de pourvoir aux besoins des prieurés, de donner des conseils, de surveiller le temporel et le spirituel. À ces réunions a été donné le nom de chapitre général. Il serait plus exact de dire «chapitre général d’une abbaye », ou «chapitre général particulier ».
En effet le terme de « chapitre général » est réservé, en principe, à la réunion suprême des supérieurs d’un ordre, Ainsi le chapitre général de Citeaux réunit tous les abbés cisterciens, le chapitre général dominicain comprend le supérieur général et les supérieurs des provinces de l'Ordre des Frères Prêcheurs. C’est ce chapitre qui fait l’objet de la présente étude.
Mais immédiatement une précision s'impose. Qu’entendon par ordre religieux ? On dit l’ordre monastique, l’ordre bénédictin, les ordres mendiants, etc. Et dans chaque cas le mot ordre a un sens différent.
À proprement parler, il n’y a ordre que si tous les religieux vivant sous une même règle ne constituent qu’un seul groupe. Un exemple le fera comprendre : on entre chez les Dominicains, dans un ordre ; on sera placé dans un noviciat, puis dans des collèges, puis dans des couvents, et tel qui aujourd’hui se trouve à Oxford pourra être demain envoyé à Londres. Au contraire on entre chez les Bénédictins dans une abbaye et on fait vœu de ne jamais la quitter ; en principe c'est pour toujours. D'un côté le groupement des religieux est unique pour toute la terre : c’est un ordre ; de l'autre il est limité à une maison avec promesse de stabilité.
On dit cependant l’ordre bénédictin. Le mot n’a pas ici
INTRODUCTION
Qt
son sens technique dans sa plénitude. Il sert à désigner l'ensemble des moines vivant sous la règle de saint Benoît interprétée traditionnellement. De même on parlera d’ordre cistercien, d’ordre des Camaldules, etc.
L'expression d’ordre monastique est encore plus générale et moins précise. Elle comprend tous les religieux vivant sous une règle du type bénédictin, les moines, groupés en divers monastères sous l’autorité d’un abbé et régis par la règle de Cassien, ou de saint Benoît, ou de saint Columba, etc.
Lorsqu'il s’agit de moines, chez qui les maisons sont indépendantes les unes des autres, il ne saurait y avoir de chapitre général que si elles se sont groupées en congrégation. C'est le cas de Citeaux.
En ce qui concerne les Bénédictins il a été procédé à des groupements artificiels, auxquels on a fait une obligation de tenir un chapitre général. Celui-ci devrait plus exactement être appelé chapitre provincial, si on tient compte du cadre de ces groupements. Mais il est cependant général en ce sens qu'iln’a pas de supérieur, contrairement à ce qui est pour des ordres, tel l’ordre de saint Dominique, où le chapitre provincial existe au-dessous du général.
Le mot de congrégation appelle aussi des explications. Primitivement il n’a désigné qu'un simple groupement de fait : la congrégation des frères d’une abbaye, la congrégation d’abbés réunis en une circonstance quelconque. Peu à peu, il a pris un sens technique, s'appliquant à un groupement juridique. Puis il a été réservé à l’un de ces groupements : il s’applique alors à une sorte de fédération de corps en partie indépendants, en partie soumis à un organe commun avec un supérieur, souvent temporaire.
Rappelons aussi que «religion » est synonyme de groupement, désignant tantôt un monastère, tantôt une congrégation, ou un ordre.
D'autre part, il ne faut pas perdre de vue que jusqu’au XIIIe siècle la vie religieuse se présente uniquement sous l'aspect monastique, du type bénédictin. Les chanoines réguliers eux-mêmes, s'ils se distinguent par une règle et un esprit différents, ont cependant une organisation qui, dans une large mesure, s'apparente à celle des moines et le monastère pour eux aussi constitue l'élément fondamental.
LR ne.
CES D” à b rr