TITRE I
Origine du Chapitre Général
On considère habituellement le chapitre général comme ayant été imaginé par Citeaux, qui le crée en 1119. Il est indéniable que dans cet ordre on voit une institution bien caractérisée, possédant les principaux traits qui permettront de la reconnaître dans les autres groupements de religieux lorsque ceux-ci l’adopteront. Nous conformant à l'opinion commune nous déclarons que le chapitre général apparaît au début du XIIe siècle.
Mais si nous recherchons pourquoi il se manifeste alors, et seulement à ce moment, nous sommes amenés à constater que le chapitre général est une institution antérieure à 1119 ; Citeaux ne fait que lui ajouter un caractère nouveau, et cependant primordial, ce qui nous autorise à distinguer deux sortes de chapitres généraux et à voir dans le chapitre général du genre cistercien une modification d’un chapitre général plus ancien.
Nous sommes ainsi conduits à étudier l’origine de celui-ci pour connaître l’origine de celui-là. Nous verrons qu'il est une conséquence du régime féodal, mais aussi qu'il correspond à un besoin pour ainsi dire permanent du monachisme : il est la réalisation dans un certain milieu d’efforts dont nous trouvons trace dès le début de la vie religieuse.
Le moine vit en dehors du monde ; il n’a avec lui que des rapports exceptionnels : le monastère doit, si possible, être construit de façon à procurer à ses occupants tout ce
dont ils ont besoin ! ; un régime d'économie fermée s'accorde avec la stabilité dans la retraite. Ce qui est vrai du temporel l’est dans une certaine mesure du spirituel : des moines, et particulièrement l’abbé, peuvent être prêtres.
Cependant l'isolement spirituel est moins grand que l'isolement économique. En effet les moines sont des fidèles, au même titre que les autres : s’ils vivent dans un milieu leur facilitant la pratique des conseils évangéliques, ils n’en font pas moins partie de l'Eglise. Sans doute la spécialité de leur vie exige une certaine liberté assurant l'épanouissement de la conversion des mœurs, par l’obéissance : ils ont besoin d'autonomie. Mais l’autonomie n’est que liberté dans la dépendance, et les moines sont naturellement soumis à l’évêque diocésain ?. Par conséquent, c’est à celui-ci qu’appartient le maintien de la prospérité matérielle et spirituelle des monastères.
Par contre l’abbé possède, dans le monastère, la «patria potestas » absolue, et il est responsable de la perfection de ses moines.
Deux autorités s’exercent donc sur un monastère. Il est inévitable qu'un jour ou l’autre, à l’occasion de la mesure de leurs droits respectifs, elles n’entrent en conflit, par suite de la divergence soit d'intérêts temporels, soit d’idéal religieux. Le pape est alors amené à intervenir, ce qui le conduit à se rattacher directement certains monastères, par l’exemption *.
Nous n'avons pas à faire l’histoire de l’exemption, mais nous devons noter que divers éléments développent la liberté originelle des monastères et leur donnent une indépendance de fait, puis de droit. Parmi ces éléments nous pouvons citer : l'exemple des moines irlandais, la puissance économique des monastères et la possession de reliques, l'intervention des patrons et du souverain, que celui-