‹ Le Chapitre Général Jusqu'au Moment Du Grand SchismeChapitre 33 sur 191 · Müller, t. XIII, p. 25 et suiv · texte numérisé non relu

Müller, t. XIII, p. 25 et suiv

l’abbé trois jours de peine légère dont un au pain et à l’eau, pour le moine la même peine aggravée de la réduction à la dernière place pendant un an (c.g.1258), et même la privation d'office (c.g.1274). Il avait beau prononcer des peines, le chapitre était débordé ; il imagina en 1309 d’obliger les délinquants à un séjour, à leurs frais, à Citeaux après clôture du chapitre. D'ailleurs les protoabbés et l’abbé de Savigny avaient l'autorisation d'amener un moine comme notaire ou secrétaire; Preuilly acquit bientôt ce droit. En plus du convers les abbés se faisaient accompagner aussi de serviteurs laïques, qui allaient à pied. Benoît XII les interdit, sans succès. Ils étaient souvent nécessaires à cause de l'insécurité des routes. Les chapitres généraux ne cessent de s’occuper d’eux, de leur nombre, de leur armement ; ils se font remarquer par leur violence et leur mauvaise tenue.

Dijon est le point de concentration. Chaque année y ramenait une foule animée de qui il fallut réglementer le séjour. Etant donné leur nombre il leur fut interdit de manger du poisson (c.g.1187, etc.) et d’y demeurer plus de deux nuits consécutives (c.8.1152, 1197). C'était là que les abbés devaient laisser leur suite, ce qui n’était pas toujours pour la grande tranquillité de la ville. Souvent l’abbé de Citeaux se rendait à Dijon pour conférer avec des abbés qu'il n’aurait pas eu le temps d'entretenir pendant le chapitre ; les abbés pères y faisaient l'examen de leurs filles et à l’occasion déposaient un abbé (c.g.1205)1.

Le 14 septembre au matin tous les abbés entraient à Citeaux, avant tierce (c.g.1211). La date fut avancée successivement au 13 (c.g.1209), puis au 12 (c.g.1233). C'était une véritable procession qui attirait toutes sortes de gens. Certains abbés en profitaient pour rivaliser de générosité et de magnificence. Il leur fut interdit de distribuer des aumônes deux lieues à la ronde de Citeaux (c.g.1240), périmètre élargi au cercle de Clairvaux, Quincy, Tulley, La Ferté, Dôle (c.g.1260) 2.

À leur arrivée l’abbé de Citeaux récitait sur eux les

1. Müller, &. XIII, p. 49 et suiv. et 119 et suiv. 2. Ibid., p. 148.

prières des voyageurs, selon le précepte de la sainte Règle. Tous assistaient à la messe conventuelle du Saint-Esprit ; ce jour chaque monastère devait chanter la même messe votive, et tout moine prêtre devait offrir le saint sacrifice aux intentions du chapitre. Après la messe tout le monde se rendait dans la salle du chapitre général, à l’exception des convers et des novices, où l’on chantait le « Veni Creator». Suivait un sermon, dont l'usage ne s’introduisit pas dès le début, sauf peut-être au temps de saint Bernard. Après une absolution des défunts, dans les premiers temps du moins, l’abbé de Citeaux entonnait le « Deus in adjutorium », et les moines se retiraient. Restés seuls, les abbés chantaient un « Benedicite, » et sur les paroles « Loquemur de Ordine » la session commençait. Lecture était faite de la Charte de Charité et du chapitre des Institutions « Quomodo se habeant abbates in capitulo generali ». Puis l’abbé de Citeaux et les protoabbés choisissaient les fonctionnaires pour la durée du chapitre.

Les membres du chapitre se plaçaient dans l’ordre de fondation de leurs maisons. Tous devaient arriver à l’heure, sinon ils étaient punis. Personne ne pouvait parler sans y avoir été invité ou avoir obtenu l’autorisation. On devait s'exprimer clairement, avec calme. Cependant des abbés s’emportaient parfois, prononçaient des paroles vives; ils en étaient punis. Bien qu'il fût interdit de prendre parti les uns pour les autres, le chapitre devenait parfois tumultueux ?.

Pendant toute la durée du chapitre chacun devait se conformer aux règles générales de l’ordre, notamment à l'observation du silence. C'était difficile et peu pratique ; le silence ne fut exigé que durant l’« Opus Dei ». D'autre part les abbés pères profitaient du chapitre pour s’entretenir avec leurs filles. Il était alors à craindre qu'il ne se formât des groupes, des partis au sein du chapitre; mais si d’un colloque sortait quelque schisme, conspiration, dissension l’abbé était déposé (c.g.1200). Le travail administratif ne

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