LES CHANOINES RÉGULIERS
Comme les moines les chanoines réguliers sont primitivement répartis en diverses maisons sans lien entre elles ; ils suivent un développement parallèle et chez eux aussi s’introduit l'institution du chapitre général, mais bien plus rapidement, vue la date récente de la régénération de l’ordre canonique. Le rayonnement de certains monastères a créé un premier lien qui s’est transformé en un autre plus juridique, la congrégation. D'autre part des autorités étrangères sont intervenues comme pour les Bénédictins. C’est l’évéque d’Halberstadt, approuvé en 1138 par Innocent II, qui établit une réunion annuelle à la Sainte-Croix. C’est, surtout, Innocent III et le concile de Latran qui imposent aux chanoines réguliers la même obligation qu’aux moines, obligation que Benoît XII précise le 15 mai1339.Nousavons donc à étudier une organisation en congrégation et une organisation provinciale. Dans la première partie nous verrons les congrégations de Saint-Victor, d’Arrouaise, de Saint-Antoine, du Saint-Esprit, de Saint-Jean, etc. Dans la seconde nous pourrons nous arrêter à titre d'exemple aux Augustiniens anglais. Il nous faudra faire une place à part, à cause de son importance, à l’ordre de Prémontré. Ce chapitre comprendra donc trois sections.
Section I
Les congrégations de chanoines réguliers
Le développement de la vie canoniale régulière coïncide avec l’éclosion des diverses réformes qui ont fait pousser de jeunes branches de l’ordre de saint Benoît ; c’est un mouvement parallèle. Il devait s'établir une certaine sympathie entre tous les nouveaux venus, entre chanoines réguliers et moines, particulièrement cisterciens, et ce d’autant plus que le zèle de saint Bernard le pose en exemple et le conduit à aborder bien des religieux. C’est ce que nous allons voir dans l’étude de quelques groupes de chanoines réguliers proprement dit, Saint-Victor, Arrouaise et de divers hospitaliers.
Saint- Victor.
La congrégation de Saint-Victor n’est pas la plusancienne. mais l’une des plus anciennes, et la première, dans le temps, par son rayonnement. En 1110, Guillaume de Champeaux se retire à la celle de Saint-Victor, hors des murs de Paris. Sa renommée et celle des autres maîtres qui se joignent à lui font de ce monastère un des principaux centres au début du XIIe siècle. Aussi d’autres maisons se fondent-elles pour suivre la même règle ; elles veulent davantage : l’union à Saint-Victor ; c’est ainsi que se forme la congrégation, tant par filiation que par adoption.
La règle commune de ces maisons est les constitutions de Gilduin, second supérieur de Saint-Victor (1113-1155), c'est-à-dire un mélange des usages de Saint-Quentin de Beauvais, de Cluny et de Citeaux 1. L'organisation de l’ordre veut se modeler sur celle de l’ordre cistercien 2. Aussi le chapitre général est-il réuni dès les premiers temps de la congrégation. Il se tient tous les ans à Saint-Victor ; tous