‹ Le Chapitre Général Jusqu'au Moment Du Grand SchismeChapitre 79 sur 191 · Salter, Chapters of the Augustinian canons · texte numérisé non relu

Salter, Chapters of the Augustinian canons

sent en deux provinces, jusqu’en 1341. De 1223 à 1341 on trouve trace d'environ une vingtaine de chapitres, tant dans le Sud que dans le Nord. Cette fréquence assez élevée des chapitres s'explique par le zèle des présidents et des visiteurs, qui punissent sévérement les résistances, et par l’action de l'archevêque d’York dans le Nord. Certains abbés font par contre une opposition des plus violentes : ainsi l'abbé de Waltam refuse d’ouvrir les portes au chapitre de 1331 assigné dans son monastère, et le chapitre est contraint de siéger dans l'Eglise paroissiale de Cheshunt ?.

Benoît XII réunit les deux provinces en une seule. Le premier chapitre unique se réunit en 1341 à Newsteadt. Le roi s'oppose à l'application de la bulle déclarant que la rédaction d’un état des biens et revenus et la levée de taxes pour frais ordonnées, par le Saint-Père, lui portent préjudice, à lui, à ses fondations, à celles de ses enfants. Les chanoines réguliers n’en décident pas moins d’observer fidèlement la bulle#. Le chapitre est tenu régulièrement tous les quatre ans : en 1341, 1343, 1346, etc. Le chapitre de 1349 est retardé jusqu’à l’année suivante. En 1353 on fixe le lieu de réunion alternativement à Newstead et à Northampton. D'autre part, à cette date, le nombre des présidents est porté de deux à trois, dont deux du Sud.

En somme les chanoines réguliers d'Angleterre ont appliqué avec fidélité la loi du chapitre commun, surtout après 1339. Il en a peut-être été de même dans d’autres provinces. Les documents nous manquent pour connaître l'importance exacte du chapitre provincial chez les chanoines réguliers.

Section III

Prémontré

Dans notre étude du développement du chapitre général chez les chanoines réguliers nous avons jusqu'ici laissé

1. Salter, Chapters of the Augustinian canons, pp. XXI-XXII. 2. Salter, Chapters of the Augustian canons, p. XVII. 3. Salter, Chapters of the Augustian canons, p. 63.

de côté l’un des groupes le plus importants, l’ordre de Prémontré, en raison même de son importance, et aussi parce que son activité lui donne une place à part. En effet, des congrégations comme Saint-Victor ou Arrouaise sont au fond composées de moines vivant sous la règle de saint Augustin ; ceux-ci par bien des aspects extérieurs de leur vie se rapprochent des fils de saint Benoît, mais ils se distinguent d’eux par le fait que leur règle est beaucoup plus courte et bien moins précise que celle de saint Benoît. Par contre, les chanoines réguliers donnent souvent à leur vie une orientation déterminée, tels le service d’une abbatiale ou le soin des malades : dans une certaine mesure leur activité se spécialise alors que le moine ne poursuit d’autre but, d’après saint Benoît, que la recherche de Dieu. Comme les autres chanoines réguliers les Prémontrés ont une activité fixée par le but de leur institut; et ce but, pour eux, est d’unir la sanctification dans la vie cénobitique et le ministère dans les paroisses. Dans un certain sens ils se rapprocheraient des futurs clercs réguliers ; ils annoncent, avec cependant des nuances, les religieux mendiants. C’est pourquoi nous plaçons leur étude à la fin de ce chapitre. La place particulière que nous leur donnons se justifie également par l'importance de leur ordre, qui a compté parmi les plus illustres et les plus influents.

Saint Norbert fonde Prémontré en 1120. Le nouvel ordre est le frère cadet de Citeaux. Il correspond au besoin d’un clergé, surtout rural, plus savant et plus pur, besoin que saint Bernard sentait vivement et qu'il aurait voulu satisfaire ; mais l’organisation de la vie monastique, surtout telle que l’envisageait Citeaux, l’en empêchait. Aussi saluet-il avec joie l’entreprise de saint Norbert, à qui il cède le vallon de Prémontré, et avec qui il entretient des rapports cordiaux.

La Charte de Charité fournit beaucoup à l'établissement des coutumes de Prémontré. Elle en forme la base, avec une partie des coutumes de Berge, monastère hirschauvien, par lequel Prémontré se rattache par conséquent à Cluny

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sur certains points!. Ce qui concerne l’organisation de l’ordre est plutôt emprunté à Citeaux ; celle-ci repose sur la filiation : Prémontré est chef d’ordre, Saint-Martin de Laon, Floreffe, Cuissy sont protoabbés ; chaque abbaye est reliée à son abbaye mère; celle-ci ne doit prélever aucun cens sur ses filles, mais une aide mutuelle doit être pratiquée en cas de besoin; chaque abbé père visite ses filles, et les protoabbés le chef de l’ordre ; le chapitre général est l’organe commun qui maintient l'unité et garde la discipline?. Il est appelé « colloquium » dans les premiers instituts de Prémontre #.

Lorsque saint Norbert est appelé sur le siège de Magdebourg en 1126 il fait élire le bienheureux Hugues de Fosses, et il ordonne et prescrit d’observer irréfragablement cette règle de réunir chaque année en la fête de saint Denis, à Prémontré, les abbés et supérieurs de toutes les maisons qui pendant sa vie ou après sa mort suivraient sa règle, afin qu’ensemble ils célèbrent le chapitre général Le premier chapitre général s’est peut-être tenu dès 1127. En tous cas il groupe, en 1130, six abbés et un prévôt quis’obligent au chapitre annuel, obligation qu'ils consignent dans les statuts rédigés à ce moment ÿ.

Le chapitre général de Prémontré se tientdonc tous les ans dans l’abbaye chef le 9 octobre 6. Il est composé en principe de tous les abbés et prévôts, c’est-à-dire des supérieurs de toutes les maisons de l’ordre, que préside l’abbé de Prémontré. Si un empêchemet retient celui-ci 1l délègue, pour présider, un autre abbé, alors qu'il peut se faire représenter par un chanoine de l’ordre pour les autres affaires. Le chapitre dure trois jours, auquel peut être ajouté un quatrième s’il le faut (c.g.1236). La procédure ressemble à celle du chapitre général cistercien : procession, messe du Saint- Esprit, « Veni Creator », sortie de ceux qui ne sont pas

1. Cf., le R.P. Hugo, Th. Heijman, Untersuchungen über die Prämonstratensergewohneiten, Tongerloo, 1928.

. Cf, Galbraith, p. 21 et suiv.

. Martène, De anliquis Ecclesiae Ritibus, t. III, col. 920. + LenPaige p.251 MLAaICe p.199:

. Le lieu et la date ont été fixés à la fin du xrre siècle, cf., Heijman, p.127.

A où à À ND

membres du chapitre, sermon, élection des définiteurs, étude et solution des problèmes, nomination des visiteurs, rédaction des définitions, messe d'action de grâces, lecture publique des décisions, prières, absolution 1.

Si entre deux chapitres se présente une question urgente l’abbé de Prémontré la tranche avec le conseil des abbés qu'il peut alors réunir.

Les visiteurs portent le nom de circateurs. Ils sont élus à raison de deux par circarie, division territoriale correspondant à la province des autres ordres.

Les définiteurs, sauf les protoabbés membres de droit, sont élus par les abbés et prélats du chapitre général. Probablement furent-ils comme à Citeaux chargés d’abord de l'étude de certaines questions, et prirent-ils peu à peu la première place faisant pratiquement tout le travail. Tout membre du chapitre général peut être élu définiteur avec cette seule restriction que les circateurs de l’année précédente ne sont pas éligibles pendant un an, ce qui est assez naturel puisque le chapitre général contrôle la visite. Au début du XIIIe siècle l’ordre éprouve quelques difficultés se rattachant à la diminution de la ferveur 2. En ce qui concerne le définitoire elles conduisent le légat Odon de Tusculum à donner des règles nouvelles, en 1245. Désormais les définiteurs sont les uns de droit, les protoabbés, les autres élus. Ceux-ci doivent changer chaque année; l’abbé de Prémontré et les protoabbés les nomment, parmi les anciens, graves et doctes. Ils décident ensemble à la majorité. En cas de partage, la voix de l’abbé de Prémontré est prépondérante. Le prieur de Prémontré est notaire du définitoire *.

Tous les abbés doivent obéissance au chapitre général, qui est le tribunal suprême. L’abbé de Prémontré et les coabbés prêtent serment de se conformer à ses décisions. En réalité l’autorité est exercée par le définitoire qui examine tout et peut déposer n’importe quel supérieur, sans

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