LES ORDRES MENDIANTS
Le début du XIIIe siècle est marqué par l'explosion d’une nouvelle forme de vie religieuse qui tranche nettement avec la vie monastique, seule connue pour des religieux, jusqu'alors. Les nouveaux venus font cependant partie des réguliers, de qui ils se rapprochent plus que des séculiers. Ils se caractérisent par leur pratique plus ou moins absolue de la pauvreté volontaire, dans une large mesure par la prédication, et surtout par le développement qu'ils donnent à la notion d’ordre. Chacun d’eux forme un groupement unique pour toute la terre, fortement hiérarchisé et centralisé. On conçoit que l'institution du chapitre général, moyen d’unir les forces et de maintenir la discipline, les ait intéressés. Nous allons voir que tous l’ont adoptée dès leur origine, ou dans un bref délai, et que pour tous elle est devenue la base de leur organisation. Successivement nous étudierons l'histoire du chapitre général, et noterons quelques unes de ses particularités, chez les Dominicains, les Franciscains, les Ermites de Saint-Augustin, les Carmes et autres mendiants.
Section I
Ordre des Frères Prêcheurs
Le quatrième concile de Latran ayant interdit les ordres nouveaux (c.13=X : I11-36-9) saint Dominique dut choisir pour son ordre une règle ancienne. Il prit celle de saint
Augustin, qu’il avait pratiquée plusieurs années, et la compléta par les constitutions des Prémontrési, ce qui convenait à un groupe de clercs lettrésse vouant à la lutte contre l’hérésie, et, en même temps, ménageait l'avenir grâce à une certaine imprécision. Mais alors il fallait organiser l’ordre de telle façon qu'il ne périclitât pas, avoir pour base une institution qui explicât et complétât la règle tout en surveillant l'application de celle-ci. À cet effet, saint Dominique utilise un autre canon du même concile (c.12=X : 111-35-7), l'obligation du chapitre triennal, qu'il transforme profondément en l’envisageant d’un point de vue tout démocratique. La considération pour le savant, la crainte de l’absolutisme, le désir de conserver l'esprit d’humilité l’ont conduit à donner une place prépondérante aux corps élus. Alors que précédemment tout dépendait d’un abbé élu à vie, saint Dominique met le pouvoir aux mains des chapitres, qui contrôlent tout, et devant qui sont responsables tous les supérieurs. Le chapitre conventuel est l'organe permanent de chaque maison; le prieur, élu par lui, reste en général peu de temps dans la même maison : s’il s’acquitte bien de sa charge il sera nommé à une fonction plus importante, s’il s’en acquitte mal il sera déposé par le chapitre provincial. Il en est de même du chapitre provincial et du prieur provincial, avec cette différence toutefois que ce chapitre est le véritable souverain pour toute la circonscription : il élit les définiteurs du chapitre provincial et ceux du chapitre général, lil nomme les électeurs du maître, il rédige des pétitions au chapitre général, et lui adresse un « scrutin » sur le compte du prieur provincial qu'il a choisi ; il donne à celui-ci un compagnon, il surveille et corrige tous les couvents, etc. Si le maître général est entouré de considération et jouit d’un certain prestige il n’en est pas moins à la merci du chapitre général, souverain de l’ordre. Ainsi tous les frères prêcheurs ne forment qu’un immense groupe sur toute la terre ; le couvent n’y joue qu’un rôle effacé, toute importance étant donnée à une pyramide de corps élus. Le chapitre général est le sommet
1, Galbraith, p.175.
de cette pyramide, à lui aboutit tout le reste de l’organisation, de lui partent toutes les directives.
Cette étude se bornant à l'examen pour chaque ordre du chapitre qui n’a pas de supérieur, nous ne nous occuperons pas des chapitres provinciaux et conventuels, si ce n’est à titre incident. D'autre part, il convient de noter immédiatement, afin de ne pas s’embrouiller, que le chapitre général est soit électoral, s’il nomme le général, soit législatif ; dans les deux cas il n’a pas la même composition ; le chapitre législatif lui-même voit sa composition varier dans un cycle de trois ans.
Après que Honorius III eut approuvé et encouragé les « combattants de la foi, et vraies lumières du monde » les prêcheurs se dispersent en Provence, Espagne, France, Italie ; leur nombre se multiplie.
En 1220, saint Dominique tient à Bologne un premier chapitre général, qui donne à l’ordre ses constitutions propres et adopte, à l’image des Mineurs, la pauvreté volontaire. Il est décidé qu’à l’avenir le chapitre général de l’ordre se tiendra tous les ans alternativement à Bologne et à Paris en commençant par Bologne en 1221 1. Cette disposition est appliquée jusqu’en 1245, date à laquelle le chapitre est convoqué à Cologne, le bienheureux Jean le Teutonique étant maître général. Il est alors modifié à la règle de 1220 : dorénavant on fixera d’une année à l’autre le lieu de la réunion suivante. C’est pourquoi de nombreuses villes ont vu le chapitre général dominicain : Bologne, 21 fois dans la période que nous étudions ; Paris, 19 fois; Montpellier, 7 fois; Florence, 5 fois; Avignon, Barcelone, Bordeaux, Carcassonne, Ferrare, Londres, Lyon, Metz, Milan, Pampelune, Perpignan, Strasbourg, Toulouse, Trèves, Valence, Venise, Vienne, etc.
Exceptionnellement, en 1292, Rome remplace Cologne, le pape Nicolas IV ayant déposé Munio de Zamora et exigé que le chapitre soit réuni au lieu où réside le siège apostolique. D'autre part, le maître général jouit de quelque pouvoir en la matière. En 1268, les luttes italiennes obligent