‹ Le Charbon des animaux et de l'hommeChapitre 1 sur 30 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

mportance doctrinale du charbon. Symptômes et lésions

macroscopiques.

)MMA.IRE. — Importance de l'étude du charbon ; c'est la maladie infectieuse type. — Historique ; obscurités et confusions séculaires; grand progrès dû à Chabert. — Symptômes du charbon chez les animaux. — Lésions macroscopiques. -^ Ni les uns ni les autres ne sont caractéristiques.

Messieurs,

Quoique le charbon sévisse surtout sur les animaux et

se propage à l'homme qu'exceptionnellement, la con-

jsance approfondie de cette affection est cependant

spensable pour quiconque veut se livrer à Tétude

maladies infectieuses. Rien de ce qui touche au

*bon ne saurait nous laisser indifférents, car c'est là

laladie type, celle qui a été la source des notions

amentales. Presque tous les problèmes généraux

soulève la théorie parasitaire das maladies viru-

is ont demandé au charbon leur solution et c'est là

rement le terrain où se sont livrées les grandes

STRAUS. 1

luttes décisives. Existence constante, dans cette maladie, d'un microbe spécial; démonstration que c'est ce microbe, et lui seul, qui est la cause de la maladie; étude des conditions de vie et de reproduction de ce micro-organisme, de ses deux états morphologiques, l'un bacillaire, éphémère et vulnérable, l'autre sporulaire, fait pour la résistance et la durée*; grâce à ces notions, Tétiologie delà maladie charbonneuse devenue aussi claire et aussi précise qu'elle était obscure auparavant ; la prophylaxie à son tour rendue plus pénétrante et plus efficace : toutes ces acquisitions, dues à des hommes tels que Davaine, Pasteur et Koch, ont fait du charbon ce qu'il est aujourd'hui : la base et l'assise inébranlable sur laquelle répose la doctrine parasitaire des maladies contagieuses. Ces notions une fois définitivement conquises, on a pu aller plus loin et aborder, l'on sait avec quel succès, l'étude étiologique d'autres maladies infectieuses.

Si par l'étude du charbon on avait simplement mis en lumière, pour la première fois et d'une façon irréfutable, ce fait qu*un microbe déterminé est bien la cause réelle et unique de la maladie ; que par l'inoculation do la bactéridie ou de ses spores, cultivées, en générations indéfinies, in vitro, en dehors de l'économie vivante, dans des milieux à composition chimique connue, oa reproduit expérimentalement une maladie identique au charbon spontané ; pour ces seuls motifs déjà, l'importance historique et doctrinale de cette maladie serait des plus grandes; mais cette étude du charbon offre un intérêt plus grand encore, si on veut la poursuivre dans ses développements et ses conséquences.

Dans l'état où en sont arrivées aujourd'hui nos connaissances sur les maladies infectieuses, avec ce quo nous savons d'une façon positive sur la cause du charbon, du choléra des poules, de certaines septicémies, do la tuberculose, de la morve, etc., on peut dire que les preuves sont déjà suffisantes pour assurer le triomphe

(lo la doctrine. Celle-ci, dans sa formule générale, n'est plus guère contestée, et les découvertes de l'avenir ne feront que la confirmer et que remplir des cadres déjà établis. Mais aussi, avec les progrès réalisés, les exigences se sont accrues ; une maladie infectieuse étant donnée, il ne faut pas se contenter de découvrir le microbe qui la détermine et de prouver, par la culture et l'inoculation, qu'il est la cause du mal. Le problème ctiologique doit être compris d'une façon plus large. Le microbe pathogène une fois connu, il importe d'expliquer , et de préciser par les propriétés, les mœurs et rhi.stoire naturelle de ce microbe, l'étiologie tout entière de la maladie, telle que nous l'enseignait déjà, mais avec des lacunes, des hésitations et parfois des contradictions apparentes, l'observation clinique. Il faut que ces notions nouvelles noua montrent comment la maladie se contracte, comment elle envahît l'économie, comment le contage se ti-ansmet, comment il peut persister, avec toute sa virulence, en dehors de l'organisme ; comment so créent les foyers endémiques ou les explosions épidémiques. — En ce qui concerne le charbon, presque tous ces problèmes sont résolus.

Enfin, si l'onenvisagela prophylaxie proprement dite, le charbon justifie encore la qualification de maladietype que nous lui avons appliquée; en effet, son histoire est intimement liée à l'une des grandes découvertes de ce siècle, due au génie de Pasteur, celle de l'atténuation artificielle des virus. La bactéridie charbonneuse, plaséc dans des conditions déterminées do culture, perd graduellement de sa virulence, d'où la possibilité d'obtenir, d'une façon stable, un virus atténué ne donnant plus la mort, mais une maladie légère et qui cependant met à l'abri des atteintes de la maladie grave; c'est sur cette donnée, déjà si intéressante au point de vue purement théorique, que repose la pratique aujourd'hui courante des inoculations charbonneuses.

C'est pourquoi la connaissance complète du char-

bon est Tintroduction naturelle à l'étude des maladies infectieuses et cette considération suffira pour justifier les détails dans lesquels je vais entrer.

Le charbon des animaux, au dire de ceux qui se sont livrés à ces recherches historiques, remonterait à la plus haute antiquité, si l'on veut accepter que les épizooties dont parlent Moïse et Homère, étaient des maladies charbonneuses. On considère aussi comme tel le feu sacré, ignis sacer, qui décimait les troupeaux et attaquait l'homme; mais il est probable que les anciens englobaient sous cette dénomination des maladies diverses. De même, il est à supposer que sous la dénomination de charbons («vOpawç) les médecins grecs, à partir d'Hippocrate, comprenaient non seulement la pustule maligne de l'homme, telle que nous la connais-

f sons aujourd'hui, mais d'autres affections, furoncu-

r leuses, ulcéreuses ou gangreneuses de la peau (1).

Dans des temps plus modernes on trouve, chez les écrivains des deux médecines, la description d'un

i grand nombre d'épizooties, où parfois la contagion

passait des animaux à l'homme ; plusieurs de ces épizooties étaient sans doute de nature charbonneuse ;

\ mais l'obscurité des descriptions rend tout diagnostic

(l) Les maladies charbonneuses ont été l'objet de recherclies historiques très nombreuses ; voici les plus importantes : J. Frank, Traité de pathologie interne, trad. franc, t. II, p. 90, art. Anthrax et charbon ; (riche surtout en documents anciens sur le charbon de l'hommej. — Heusinger, Die Milzbrandkrankheiten dcr Thiere und des Menschen, Histor.-géogr.-pathol. Untersuchungen^ Erlangen 1850 ; modèle d'érudition. — Bollingcr, Historisches uber den Milzbrand und die stàbchenfôrmigen Kôrperchen {in Beiiràge zur vergl. Pathol. und path. Anal.^ Munich 1872, 2. Heft. p 1-22). — Arloing, Cornevin et Thomas, Le charbon bactérien, Paris 1883; le chapitre 1*' de cette monographie est consacré à une « Revue historique des connaissances relatives aux maladies charbonneuses. »

rétrospecti[ impossible. Les médecins, du reste,ne donnaient à la qualification de charbon qu'une valeur symptomatique, et l'appliquaient indifféremment à toutes les tumeurs arrivantrapidement à lagangrènejleshippiâtres et les guérisseurs de bestiaux ne possédaient pas de notions plus précises ; ils considéraient comme charbonneux des accidents purement inflammatoires, gangreneux ou septiques , et d"autre part, sous le nom de fièvre putride, fièvre putride ma.ligne, fièvre putride infla-mmatoire, fièvre épidémique pestilentielle,eUi., iîs décrivaient comme des maladiesdistinctes, de véritables épidémies charbonneuses.

C'est à Ch. Chabert qu'était réservé, à la fin du siècle dernier, de débrouiller ce chaos ; ce grand pathologiste doit être considéré comme le véritable créateur de la conception moderne de l'affection charbonneusedes animaux, ï Encore aujourd'hui, dit M. Bollingcr, après près d'un siècle, non seulement en France, mais partout, les divisions et la nomenclature établies par Chabert restent debout dans leurs parties essentielles. » Chabert écarta du cadre des maladies charbonneuses les affectionf) putrides et gangreneuses, les œdèmes, les érysipèles et les infarctus. La maladie charbonneuse, chez les divers animaux, est une dans son essence, quoique différente dans ses manifestations symptomatiques. A cet égard, Chabert établit trois formes principales :1a fièvre charbonneuse, le charbon essentiel et \g charbon symptomatique. Quand la maladie évolue sans s'accompagner de tumeurs extérieures, de tumeurs charbonneuses,c'estla fièvre charbonneuse oa charbon interne; lorsque, au contraire, il existe des tumeurs, c'est le charbon, qui peut être essentiel ou symptomatique. Le charbon est essentiel quand c'est la tumeur qui ouvre la scène et qui s'établit sans être précédée de fièvre ou de phénomènes généra'.ix, lesquels n'éclatent qu'après sonapparition[ce serait, commeon le voit, l'analogue de la pustule maligne chez l'homme). Le charbon,

au contraire, est dit symptomatique^ quand la tumeur extérieure est précédée de fièvre et de plxénomènes généraux; c'est une fièvre charbonneuse suivie de charbon externe (I). Nous verrons bientôt que le charbon essentiel ainsi que le charbon symptomatique de Chabert n'appartiennent pas au charbon, comme il le pensait, mais à une maladie tout autre, au charbon bactérien.

A partir de ce moment seulement, la notion de la maladie charbonneuse commence à se dégager nettement, au point de vue nosographique, et l'on peut dire que lien tressentiel n'y fut ajouté, jusqu'au moment où la bactéridie lut trouvée. Mais avant d'aborder Texposé de cette découverte et de l'immense progrès qui en fut la conséquence, il importe d'esquisser les principaux caractères symptomatiques et anatomo-pathologiques de l'affection charbonneuse dans les trois espèces animales domestiques où cette maladie s'observe communément.

Je dois à Tobligeanoe de mon ami, M. le professeur Nocard (d'Alfort), si compétent en cette matière, la note suivante qui résume avec une grande clarté la symptomatologie de l'affection charbonneuse.

Tableau symptomatique, — c Choz les grands animaux, la maladie est connue sous le nom de fièvre charbonneuse.

« Chez le chevaU elle s'accuse au début par une prostration intense qui s'accompagne ordii^airement de légères coliques : l'animal trépigne, regarde sou flanc, so couche, se relève, se campe, expulso quelques gouttes d'urine ou quelques crottins, puis, appuyant la tète dans le fond de sa mangeoire ou se tenant à bout de longe, acculé sur le derrière, reste ainsi pendant quelques minutes plongé dans une somnolence profonde, pour recommencer bientôt son manège incessant.

« Si on le force à marcher, on remarque un affaiblissement

r considérable des puissances musculaires : il vacille, et titube,

le train postérieur s'affaisse ; la peau a perdu sa souplesse ;

I (1) Chabîert. — Traité de charbon ou anthrax dans les animaux^

Paris 1780; en l'espace de iO ans, il en parut sept éditions.

les poils sont ternes, secs, hérissés ; les crins s* arrachent avec la plus grande facilité.

« Des frissons partiels ou généraux accompagnés de sudation s'observent par intermittence, notamment à la base des oreilles, aux ars et aux aines, au niveau des muscles olécraniens et cruraux antérieurs ; les sujets nerveux paraissent en proie à une violente surexcitation; ils deviennent très irritables et peuvent être dangereux.

« Le pouls est vite^ petit, filant, parfois insensible, tandis que d'ordinaire le cœur bat violemmentcuntreles parois thoraciques, et donnant à Tauscultation un bruit tumultueux, continu, et d*un timbre métallique.

« Ce contrastedes pulsations artérielles et cardiaques est l'un des meilleurs signes diagnostiques de la maladie*

1 A ce moment, la température oscille entre 41 <> et 42®.

<c Si Ton fait une saignée à la jugulaire, le sang s'écoule en nappe, noirâtre, visqueux, peu abondant ; il ne se coagule que lentement dans le vase où on l'a recueilli et donne un caillot mou et diffluent ; quelque soin que l'on ait apporté à la fermer, la saignée devient presque toujours le siège d'un volumineux thrombus.

(c II est tout à fait exceptionnel que ces symptômes se dissipent, même sous l'influence du traitement le plus énergique ; ordinairement ils s'aggravent : Tagitation devient extrême, les sueurs plus abondantes, les tremblements convulsifs, les coliques intolérables.

« Les muqueuses prennent une teinte violacée, livide ; le rectum menace de se renverser sous des efforts expulsifs indiscontinus qui n'aboutissent qu'au rejet d*une petite quantité de matières excrémentitielles liquides et sanguinolentes ; la respiration se précipite, les naseaux s'écartent h. l'extrême, la face se grippe, les pupilles se dilatent, les extrémités deviennent froides, le faciès exprime toutes les angoisses de Tas* phyxie, l'animal chancelle, tombe, puis expire en s*agltant convulsivement.

« Tous ces symptômes se succèdent dans l'espace de 1*2 à 24 heures; il est rare que la maladie dure plub .ungtemps; parfois les animaux meurent comme foudroyés sans avoir présenté le moindre prodrome. Les chevaux jeunes, sanguins, pléthoriqueSr semblent résister moins longtemps que ceux qui sont maigres ou âgés. »

« Chez les animaux de Vespèce bovine^ la maladie semble évoluer plus vite encore que chez les solipodes ; tel sujet qui n'a jamais paru malade est trouvé mort dans Tétable, ballonné, les naseaux remplis de spumosités sanguinolentes, l'anus, la

vulve ou le fourreau souillés de roatièros striées de sanp: ; tel autre meurt avant Tarrivéedu vétérinaire appelé aux premiers sijSfnes de malaise (formes foudroyantes). Dans les cas les plus lents, la maladie ne dure guère plus de 12 à 18 heures.

K Comme toutes les affections graves, la fièvre charbonneuse débute par l'arrêt de la rumination et la perte de l'appétit; puis surviennent des frissons, des sueurs partielles, de la sensibilité excessive des reins et des parois thoraciques, des douleurs abdominales, accusées par des trépignements, l'agitation de la fête, des muo^issements plaintifs. Très rapidement les forces diminuent, la marche est chancelante et l'animal peut tomber sans pouvoir se relever. Souvent on observe une diarrhée fétide et sanguinolente.

« Le pouls est, comme chez le cheval, petit, vite, filant presque insensible; les battements du cœur tantôt violents et tumultueux, plus souvent à peine perceptibles. La respiration est plaintive, suspirieuse, haletante ; le muffle suc, la bouche froide, la langue pendante et violacée; les dents grincent.

« Dès qu'il est tombé, l'animal se ballonne, s'agite violemment et sans interruption, jusqu'à ce que la mort s'ensuive.

« Chez le mouton^ la maladie est connue sous le nom de sang de rate ; elle suit une marche encore plus rapide que chez les animaux de l'espèce bovine; les sujets sont foudroyés en quelque sorte, où qu'ils se trouvent, à la bergerie comme au pâturage, <iu repos ou en marche; c'est àpeinesi les personnes les plus expérimentées, le berger lui-même, peuvent à l'examen le plus attentif, saisir quelques signes capables de faire soupçonner l'imminence du mal : Si le troupeau est en marche, le malade reste en arrière, nonchalant et mou ; et, comme le sang de rate s*attaque d'ordinaire aux sujets les plus vigoureux, ce seul fait peut attirer l'attention du berger; il le saisit alors et lui serre le nez pendant quelques secondes; l'animal urine aussitôt en se défendant ; si l'urine est sanguinolente, c'est au sang de rate que l'on a affaire et sans perdre une minute le berger égorge le mouton, le dépouille, le vide, pour on utiliser la viande à la ferme ou l'expédier à la halle, comme il arrive trop souvent, au mépris des règlements et de la loi sanitaires. •

Dans ce tableau symptomatique, M.Nocard ne décrit, comme on le voit, que la fièvre charbonneuse ; il a omis à dessein les formes décrites par tous les auteurs classiques, depuis Chabert, sous les noms de charbon essentiel et symptomatique, c'est-à-dire celles où des tu-

meurs charbonneuses sous-cutanées se développeraient primitivement, sans fièvre préalable (ch. essentiel) ou apparaîtraient dans le cours de cette fièvre, comme une de ses manifestations externes (ch. symptomatique). C'est qu'en effet ces formes, si toutefois elles existent, sont tout à fait exceptionnelles; comme nous le verrons plus tard, ce qu'on a décrit sous ce nom se rapporte presque toujours à une maladie toute différente, au charbon bactérien de MM. Arloing, Cornevin et Thomas. (Rauschbrand des Allemands) (1). Ainsi pour les animaux domestiques,contrairementàcequisepasse pour Thomme, les localisations externes du charbon, primitives ou secondaires, sont tout à fait rares ; il faut cependant en excepter la localisation sur la langue et le fond du gosier (glossanthrax).

Lésions macroscopiques. — Les principales lésions anatomiques qu'on constate à Tœil nu sont les suivantes : le sang est noir, poisseux, il ne se coagule pas ou très lentement, et ne rougit pas à l'air ; le système veineux est turgide, la plupart des organes sont violemment congestionnés. La rate est énorme, noire (d'où le nom de sang de rate chez le mouton), diffluente. La muqueuse de l'intestin grêle, du gros intestin et parfois de l'estomac est le siège d'ecchymoses noirâtres très étendues etde saillies noirâtres, brunâtres ou verdâtres, ulcérées ou non, d'autres partiellement gangrenées, d'aspect furonculeux avec un bourbillon plus ou moins putrilagineux (charbons internes) ; le contenu de l'intestin est mêlé de sang. Des

(1) C'est aussi l'opinioii de M. Toussaint. « Les formes de charbon dites essentielles ou symptomatiques devront être revisées avec soin avant d^être admises dans la catégorie des affections aharbonneuses ; en ce qui me concerne, je n'admets qu'une seule forme, la maladie charbonneuse, désignée encore sous le nom de fièvre charbonneuse ; c'est la seule forme dont l'authenticité soit démontrée » {Recherches expérimentales sur la maladie charbonneuse, Paris 1879, p. 124).

plaques ecchymotiques et des foyers apoplectiques occupent les feuillets du mésentère, l'atmosphère adipeuse du rein, les ganglions mésentériques, les poumons et les bronches, et souvent, surtout chez le mouton et le cheval, le tissu cellulaire rétro-pharyngien. Chez le cheval on trouve habituellement dans le tissu cellulaire lâche, tant profond qu'inter- musculaire et sous-cutané, une indltration séro-sanguinolente, tremblottante, d'aspect gélatineux. L'urine contenue dans la vessie est souvent sanglante. Les cadavres des animaux, surtout des moutons, qui ont succombé au charbon, subissent très rapidement la putréfaction.

Cependant ce serait une erreur de croire, d'après les détails qui précèdent, que le diagnostic clinique et anatomique du charbon, basé sur ces seules notions, soit toujours facile. Ces symptômes et ces lésions macroscopiques, avec de légères différences, se rencontrent dans d'autres maladies infectieuses ou septiques, étant donnée surtout la variété de marche et d'expression de l'affection charbonneuse, et la variété tout aussi grande de ses localisations anatomiques. Ces hésitations et ces incertitudes du diagnostic deviennent manifestes si l'on consulte les publications de la première moitié de ce siècle et si l'on se reporte aux discussions qui s'élevaient constamment dans les Sociétés de médecine vétérinaire, entre des pathologistes également éminents, sur la nature de maladies qu'actuellement on reconnaîtrait du premier coup comme étant ou non charbonneuses. C'est qu'alors le critérium certain des maladies charbonneuses, la constatation de la bactéridie, faisait défaut.

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