DEUXIÈME LEÇON
Ëtioloffie du charbon avant la découverte de la baotéridie.
SOMMAIBE. — Etiologio du charbon avant la notion de la haolt>' ridie. — Distribution géographique de la maladie ; son origine tellurique ; on l'assimile & la malaria, — Théorie de Delafond ; la maladie est due à une pléthore. — Le charbon expérimental : expériences anciennes de Barthélémy, Leuret ; recherches de Gerlach ; travaux de la Commission d'Eure-et-Loir. — liésultats acquis : notion de la virulence du charbon; son identité chez les divers animaux et chez l'homme. — Erreurs fondamentales ; on confond les effets de l'inoculation du charbon avec les effets de Tinoculation de matières putréfiées; on continue à croire à sa production spontanée (sous l'influence de causes banales).
Messieurs,
De tout temps, on a observé que le charbon règne à Fétat enzootiquo dans certaines contrées et qu'il prend, à des moments donnés, une extension épizootique. Dans notre pays, le charbon est endémique dans la Beauce,la Brie, la Champagne, la Bourgogne, la Lorraine, le Dauphiné, l'Auvergne, la Charente, le Languedoc, etc. En Allemagne, il est surtout fréquent dans quelques districts du sud, en Bavière, dans le Tyrol, dans les provinces orientales de la Prusse, dans la province prussienne de Saxe ; en Autriche, il exerce de grands ravages sur les bords du Danube et dans les plaines do la Hongrie. Le charbon règne également en Italie, dans la presqu'île des Balkans, mais il sévit surtout dans les provinces tant européennes qu'asiatiques de la Russie. La fameuse « peste de Sibérie », qui n'était autre que le charbon, y a causé, de 1864 à 1866, la mort non seulement d'innombrables bestiaux, mais encore de plusieurs milliers d'hommes. Dans le seul gouvernement de Novo-
gorod, de 1867 à 1870, 50,000 têtes de bétail et 528 hommes succombèrent au charbon (l). Dans Tlnde, dans l'Asie centrale, dans les deux Amériques, en Australie, le charbon se retrouve, constituant ainsi une des zoonoses les plus universellement répandues.
Certaines conditions telluriques président manifestement au développement du charbon et. font qu'il règne en permanence dans telle ou telle contrée, alors que les localités voisines peuvent être totalement épargnées. Dans les pays à charbon, certains pâturages sont particulièrement dangereux, d'où le nom de champs maudits sous lequel on les désigne énergiquement en Beauce. Parfois, il existe des foyers enzootiques plus restreints encore, se bornant à un enclos ou à une seule étable, rappelant ainsi les foyers domiciliaires que l'on observe dans certaines maladiesinfectieusesde l'homme.
La plupart des auteurs anciens insistent sur la fréquence du charbon dans les contrées marécageuses, au bord des rivières débordées et des étangs à demi desséchés, et ils faisaient jouer un grand rôle dans la production des maladies charbonneuses à l'état du sol et à l'état météorologique de l'atmosphère. C'est ainsi qu'ils font remarquer que la maladie sévit surtout en été, pendant les mois les plus chauds et qui ont été précédés de pluies abondantes. « L'étude des nombreuses épizooties et enzooties qui ont régné depuis deux siècles, dit M. Raimbert, a en effet démontré que ce sont les années remarquables par l'abondance des pluies, le débordement des fleuves et des rivières, et par les chaleurs excessives qui ont été signalées par la fréquence et
(1) L'enquête poursuivie à cette époque par la commission instituée par le gouvernement russe, établit qu'une des principales causes de l'épizootie était l'incurie avec laquelle on traitait les cadavres des chevaux de hâlage, le long de la rivière de Scheksna, un des affluents du Volga ; ces chevaux mouraient en grand nombre du charbon, et au lieu de les enfouir, on abandonnait les cadavres ou on les jetait dans la rivière {PûtZj Die Seuchen und Herdekrankheiten unserer H austhiere y Stuttgart, 1882, p. 168»,
la gravité des maladies charbonneuses... C'est principalement sur les sols où les eaux séjournent et constituent des étangs et des marais, dans les vallées larges et marécageuses, dans les contrées où les cours d'eau, les marais, les étangs, les mares se dessèchent pendant les chaleurs de Tété qu'on voit sévir les maladies charbonneuses, lorsque, sous Tinfluence d'une haute température, des eaux croupissantes répandent dans l'atmosphère des effluves miasmatiques... L'influence pernicieuse des marécages sur le développement des affections charbonneuses est tellement grande et paraît si évidente dans certains pays que V émigration des troupeaux a été adoptée, pour les soustraire, pendant les chaleurs de Tété, àTactiondes miasmes des marais. Ainsi, en Corse, dès le commencement des chaleurs, les gardiens émigrent avec leurs troupeaux sur les montagnes, instruits par Texpérience que, s'ils ne prenaient cette précaution, le charbon attaquerait la totalité des animaux (1). »
Nous démontrerons plus tard que rien n'est plus exact que l'influence attribuée à certaines qualités du sol dans la contamination charbonneuse; à cet égard, Tagent charbonneux peut, en effet, être regardé comme étant tellurique'j mais il ne s'ensuit nullement qu'il faille l'identifier avec l'agent maremmatique de la malaria. Le charbon, en effet, s'observe dans des contrées qui n'ont absolument rien de palustre; laBeauce, par exemple, cette terre classique du charbon, est un plateau élevé, admirablement tîultivé, où les cours d'eau sont rares et les marécages inconnus. Ce riche plateau de la Beauce est limité au nord par le Perche, où abondent les prairies naturelles, les cours d'eau ot les étangs; il est limité, au sud, par la Sologne, si franchement marécageuse ; or, chose curieuse, dans ces deux
(1) Raimbert (L.-A.). Traité des maladies charbonneuses ^ Paris, 1859, p, 19.
contrées le charbon est tout à fait exceptionnel, si bien que lea fermiers de la Beauce, quand leurs troupeaux sont décimés trop cruellement par le charbon, ont recours à ce qu'on appelle la transhumation^ c'est-àdire qu'ils les font émigrer soit en Perche, soit en Sologne,et presque aussitôt on voit les ravages de la ma^* ladie s'arrêter. En Auvergne, le charbon est rare dans les vallées et dans la plaine de la Limagne ; fréquent, au contraire, sur les versants des montagnes, d'où le nom de mal de montagfie^ sous lequel on le désigne dans ce pays. Il serait aisé de multiplier ces exemples. D'autres auteurs, tout en signalant l'action des marécages et des eaux stagnantes, invoquaient surtout une alimentation défectueuse, l'usage « de fourrages vases, rouilles, moisis, poudreux » ou bien les mauvaises conditions de stabulation. « Les écuries, les étables, les bergeries insalubres, mal aérées, dans lesquelles les fumiers restent amoncelés, où les animaux entassés pendant rhivernage respirent un air chargé d'émanations putrides, sont autimt de foyers d'infection dans lesquels se déclare le charbon. Lesenzooties charbonneuses du Dauphiné, du Béarn, du Bigorre, des Vosges, de TAuvergne, de la Suisse, du Tyrol, du Piémont, si fréquentes pendant les longues stabulations de Thiver, ont été dues et sont le résultat encore aujourd'hui de ces infections locales (ij, •»
Dans cette revue rétrospective des errements étiologiques de nos devanciers, un document des plus instructifs est un autre travail souvent cité de Delàfond (2).
(1) Delafond. Traité de police sanitaire des animaux domes^ tiques, Paris, i83VI, p. 453.
(2) Traité sur les maladies du sang des bétes à laine. Paris, 1843. En 1848, il fit paraitre son Traité sur la maladie du sang des bétes bovines, où les mêmes doctrines se trouvent soutenues.
Lf! regretté Bouley, dans ses leçons (1), le sigriale. avec raison comme un exemple saisissant des erreurs auxquelles on peut être conduit quand on aborde l'étude d'une question avec une idée préconçue et qu'on la poursuit, non pas expérimentalement, mais par le raisonnement. Dolafond fut chargé, en 1842, parle ministre de l'agriculture, de la mission d'aller étudier sur les lieux, dans la Beauce (^département d' Eure -ot- Loir) la maladie de sang des moutons qui exerçait alors, comme aujourd'iiui, de si grands ravages dans cette contrée. A cette époque, dans les écoles vétérinaires surtout, les idées de Broussais sur la crase inflammatoire du sang et la phlétore sanguine étaient encore en honneur ; d'autre part, les récentes recherches d'Andral et de Gav.arret venaient d'ouvrir une voie nouvelle aux investigations hématologiques.
Le premier fait, dit M. Bouley, dont Delafond est frappé en arrivant dans la Deauce, c'est que le sang de rate a'iittaque de prétôrcnca aux animaux les plus jeunea, lea plus beaux. Rapprochant ce fait de la richesse du sol, de l'abondance et do la qualité des récoltes, de la largesse aveo laquelle la nourriture c^C distribuée aux animaux, Delafond conçoit l'idéo que U maladie du sang n'est autre chose • qu'un trop plein, qu'un u.\cos do sang circulant dans lea vaisseaux, et partant que la prédominance dans ce liquide des globules rouges ». Poursuivant cette idée. Delafond analyse le sol, montre comme il est constitué pour fournir des récoltes abondantes et riches en principes nutritifs; et il lui parait évident que, sous l'influença d'un régime .nlimcntairetrop substantiel, le sang doit contenir, en proportion excédante, l'albumine, la fibrine, les globules. De fait, il analyse le sang par les procédés d'Andral et Gavarret et cette analyse le confirme dans sa manière de voir sur la nature de l'épizootie de beauce. Cette confirmation, IL la trouve encore dans l'analyse des plantes. C'était l'époque où la chimie, inspirée par les Dumas, les Bousslngault, les Liebig, venait de jeter ses grandes clartés sur la composition élémentaire des plantes et montrer l'identité des principes immédiats des
(1) Le progrés en médecine par l'expérii
végétaux et des animaux. Delafond s'empare de ces données pour établir un rapprochement entre la richesse du sang des moutons de la Beauce et la richesse en principes azotés des aliments dont on les nourrit.
f La preuve que la maladie est constituée par une trop forte proportion des éléments solides du sang, Delafond la trouve encore dans les symptômes et dans les lésions : Les vaisseaux de la conjonctive sont congestionnés parce que le sang circule difficilement. S'il s'écoule avec peine des veines ouvertes, c*est qu'il est trop épais. Les urines sont sanguinolentes par suite de Tétat congestif des reins et de la vessie. Le sang sort par les narines^ dans les derniers moments, parce qu'il est trop épais pour franchir le réseau pulmonaire. Même signification donnée aux lésions : la rate volumineuse, turgescente^ noire, friable; la rougeur de la muqueuse intestinale; les villosités d'un rouge plus foncé; l'état congestif des reins et la couleur noire de leur tissu, etc. Toutes ces lésions, aux yeux de Delafond sont l'expression t d'une proportion trop forte dans le sang des principes organiques nommés globules, fibrine, albumine, et d'une trop petite proportion d'eau. •
« Pour fournir une nouvelle preuve à Tappui do sa théorie, Delafond invoque le décroissement graduel du sang de rate, à mesure qu'on descend vers la Loire. Dans la Sologne, elle est inconnue; elle est rare dans les arrondissements de Gien, de Montargis, d'Orléans, etc. ; là le sol est sablonneux et les plantes sont loin d'avoir la richesse du plateau de la Beauce ; aussi la maladie de sang est-elle moins fréquente »,
J'ai tenu à reproduire, avec la forme vivante et pittoresque qu'elle a prise sous la plume de Bouley, cet exposé de la doctrine de Delafond. Est-il un exemple plus frappant de l'influence fâcheuse que peut exercer la théorie, puisqu'elle a pu conduire un homme de la valeur de Delafond à considérer pendant longtemps le charbon comme étant une simple pléthore, résultant d'une alimentation trop copieuse! Comment accommoder cette doctrine forcée avec d'autres attributs de la maladie, que Delafond laissait volontairement dans Tombre parce qu'ils cadraient mal avec ses conceptions théoriques.
En effet, et c'est là une notion fondamentale prcsqu'aussi vieille que la connaissance de la maladie ellemême, le charbon est contagieux ^ virulent^ inoculd-
ble. Le mode de propagation du mal dans les localités et dans les troupeaux, sa transmission à Thomme par des piqûres ou des érosions de la peau ou des muqueuses souillées par du sang ou d'autres produits charbonneux, frais ou desséchés, tous ces caractères en font une maladie éminemment virulente et inoculable. Chose curieuse, l'expérimentation, avec ses procédés décisifs, ne fut introduite que tardivement dans Tétude du charbon. Le premier, à ma connaissance, qui ait institué des expériences méthodiques fut Barthélémy, professeur à l'école d'Alfort, qui inoculant à un cheval sain du sang enlevé des artères coccygiennes d'un cheval charbonneux, le fit mourir du charbon ; il obtint le même résultat en inoculant à des brebis du sang provenant de la rate de brebis mortes du sang de rate; enfin, variant ces expériences que J . Frank qualifie « d'admirables » il fit avaler du sang charbonneux à un cheval qui succomba au charbon, tandis que le chien put boire ce même liquide impunément. Il établit ainsi nettement la virulence du sang charbonneux et celle des différents organes d'un animal qui a péri du charbon et il montra que cette virulence a moins d'influence sur les carnivores que sur les herbivores. Il voulut aussi s'assurer expérimentalement si le virus charbonneux est fixe ou volatil et dans ce but il fit cohabiter des animaux sains avec des animaux charbonneux, les fit coucher sur la même litière, boire et manger ensemble, sans qu'il en soit rien résulté (1).
En 1824, également à l'école d'Alfort, Leuret institua Texpérience suivante : <^ la veine jugulaire droite d'un cheval atteint de charbon et la veine jugulaire gauche d'une jument saine ont été mises à découvert et une double communication a été établie entre ces deux vaisseaux à l'aide de deux sondes ; do façon que le
(1) Barthélémy aîné. Compte rendu de l'école d'Alfort, 1823 ; je n'ai pu consulter le travail original et je me reporte aux citalions de Delafond (Op. cit. p. 460, 470;.
i8ftng venant d^ U tête de l'un allait se rendre dans le cceur de Twire, et répiproquement, l<a. transfusion a duré sept minutes, après quoi les deux ehevau^f pnt été séparés. Le eheval eharbonneux est mort le lenden^ain ; la jument, sujet de Texpérience, est morte du charbon sept jours après r n
A pette même époque parurent les expériences pér lèbres de Gaspard, de Dupuy,de Magendie sur les effets de l'injection dans les veines ou de l'inoculation sous la peau de matières animales putréfiées, qui étaient appelées à servir de base à l'étude expérimentale des septicémies. Malheureusement , les résultats ainsi obte» nus furent comparés eu n^ême identifiés à ceux que produirait Tinopulation des matières charbonneuses et on en eonelut h ^ h ns^tuvQ putride du virus charr bonneu;^ « . Ainsi les expériences de Barthélémy et de ses sucpesseurs, tout en démontr?tnt la virulerice des produits et surtout du sang charbonneuXi n'entrai» nèrent pas la conviction de la spécificité de pes produits, dont en continua à confondre les effets avec ceux des liquides putrides et septiques : confusion fâcheuse, que nous verrons renaître sans pesse, et qui continuera oneore longtemps à jeter de Tobscuritô sur le pharbon e;x:p4rim^ntaL
En 1345 parut un travail important de Gerlacb, inti^ tulé : ç( la maladie du sang des moutons, au point de vue de l'étiologie, de la contagiosité et de la prophy»
laxio(l).» A la suite d'observations et d'expériences
nombreuses, Gerlacb arrive aux conclusions suivantes i
« Le sang de rate p^t pontagieuxj le contact matériel, surtout 8*il existe ^es plaies do la peau chez les moutons, est une condition évidente de la transmission. Plusieurs
(1) Afag^zin /*. d, gesammte Thierhçilkunde, Bd. XJ, 1843, p. 143 : analysé in CanstafVs Jahvcsh. {Bericht ûber die Fortschritte der Thierheilk, f. \Mh^ p. 41, 42.)
obqprvfitipna ptabjjs^ppt qup \q conjftgQ est ausqi d^ nature VQia|;Ue :. }^s émi).n^Mons gazeuses des c^clavr^s ^t c)e^ individus malades sont contagieuses; les fourrages souilléiij par du sang charbonneux peuvent, par leur ingestion, provoquer le charbon. La virulenoe réside surtout dans le 89ng et est d une gr^^nde ténacité, si bien qu'ellp résiste fnppop à |a putréfaction avancée et ne disparaît; que |qnan4 le padavrfi ft subi une putréfaction complète. En été^ la virulence persiste pondant six jours, en hiver davantage. Dans le charDon du bétail, même le plus aigu et affectant la forme apoplectique, il se développe un virus transmiasible »u mouton ^t qui produit chez ce dernier le sang de rate. Le charbon du bétail et le sang de rate des moutons sonj; un^ soûl» et mêinp mAlqfdi^- Le oharbon du bétMl ainsi que le sang du mouton ^9t transmissiblQ à Thomme, par le dépôt du virus à 1^ surface des mu(|ueuses, de la peau intacte e^ surtout da la^ peau blessée et donna naissance à la pustule n^siljgne. Il est même des laits qui portent à admettre que par l'inhalation de l'^ir pontaminé par les émanations pharbonneuses, TinfeptiQn peut «'effectuer par la voie pulmonaire, d'où une fièvre primitive, d'apparenpe typhique, suivie d'apparition secondaire de tumeurs charbon? neuses, 9
Gcrlach est moins ferme quand il s'agit de Tétiologie proprement dite 5 il reconnaît des C3.uses prédisposantes et déterminantes ; paf mi les premières, ijsignï^le la chaleur persistante, des émanations méphitiques provenant de matières organiques en putréfaction, la pléthore, le manque d'eau, le non-atîclimatement du troupeau frais chement arrivé dans une nouvelle localité, enfin la pra-? tique exagérée des croisements qui s^oppose à la tixation et à la oonstance de la race. Comme causes occasionnelles, il invoque : les temps orageux, la richesse du sol en humus et en matières calcaires, des conditions atmosphériques favorisant la production des moi* sissures à la surface du fourrage.
U association médicale et vétérinaire d'Eure^et^ Loir poursuivait, depuis plusieurs années, avec Je concours de Rayer et de Davaine, des investigations sur le charbon sévissant sans cesse sur cette partie de la Beauce. De nombreuses expériences furent iusti-^
tuées et il est regrettable que le mémoire complet relatant les travaux de Tassociation n'ait pas été publié. Les principaux résultats furent communiqués à l'Académie de médecine, dans la séance du 4 mai 1852, par M. Boutet, vétérinaire à Chartres, rapporteur (1). Même sous sa forme extrêmement condensée, c'est un document de première importance, à cause de la netteté et de l'exactitude de la plupart des propositions qu'il renferme ; en voici les principales :
« Le sang de rate du mouton, la fièvre charbonneuse du cheval, la maladie du sang de la vache, la pustule maligne de rhomme sont des affections de nature scptique, qui se communiquent par inoculation. La communication a lieu, pour le sang de rate, non seulement du mouton au mouton» mais encore du mouton au cheval, à la vache et au lapin. La maladie charbonneuse du cheval se communique également du cheval au cheval, et du cheval au mouton, mais non à la vache. La maladie du sang de la vache se communique aussi de la même manière au mouton, au cheval et au lapin. La pustule maligne de Thomme se transmet également, par inoculation^ au mouton ; Texpérience est toujours restée sans effet quand elle a été pratiquée sur un cheval, une vache ou un lapin. La pustule maligne, ainsi inoculée au mouton, se transmet aussi bien du vivant qu'après la mort de l'individu qui a fourni la matière virulente. Les chiens ne sont pas aptes à contracter, par inoculation, ni Tune ni l'autre des affections qui précèdent. Les poulets, les canards, les pigeons ne contractent pas non plus le sang de rate du mouton, ni la fièvre charbonneuse du cheval.
< Toutes les parties du corps, telles que la rate, le foie, les reips, le tissu cellulaire au pourtour des piqûres dMnoculation, le sang du cœur, des veines, des artères possèdent également la propriété de tuer par inoculation. Le virus charbonneux ne nous a pas paru perdre de ses propriétés en s'éloignant de la source qui Ta produit ; il tue tout aussi bien et aussi vite au ([uatrième degré d'inpculation qu'au premier, six jours
(l) Résumé d'expériences sur les affections charbonneuses de ITiomme et des principales espèces domestiques ; étude faite au mo>en de rinoculation, de la transfusion, de la cohabitation, du contact et de ralimentation avec des débris cadavériques provcvenant d'animaux charbonneux {IJullcl. acad. de rnéd.^ I6t»2, séance du 4 mai).
après la mort qu^au jour même où a succombé Tanimal qui Ta fourni.
a Les quatre affections qui nous occupent paraissent être des maladies identiques sous le double rapport des lésions anatomiques et des effets d'inoculation qu'elles produisent; ces effets permettent de les classer, quant à leur activité et à la rapidité avec laquelle elles se produisent, dans Tordre suivant : \°sang de rate du mouton; 2* maladie du sang de la vache; 2° pustule maligne de l'homme; 4° enfin, maladie charbonneuse du cheval.
(( L'animal qui contracte le plus facilement ces affections est le mouton ; vient ensuite le lapin, puis le cheval et enfin la vache. Une seule expérience de transfusion du sang charbonneux faite sur un cheval a été suivie de mort.
a Sur cinq expériences de cohabitation d'animaux bien portants avec des bêtes mortes ou atteintes de charbon, une seulement a occasionné la mort d'un mouton.
« L'alimentation de l'homme et des animaux avec des débris cadavériques provenant de bêtes charbonneuses ne produit jamais le moindre effet malfaisant. >
Il est inutile de signaler ici celles parmi ces conclusions qui sont erronées et dont la rectification viendra d'elle-même dans le cours de cette exposition. Ce qui fait l'importance historique des travaux de la commission d^ Eure-et-Loir, c'est la façon franche avec laquelle elle s'est placée sur le terrain expérimental et la preuve irréfutable qu'elle a donnée de l'unité de la maladie charbonneuse <"hez les divers animaux. En montrant que le lapin est susceptible de contracter le charbon, elle a singulièrement facilité la tâche aux expérimentateurs futurs, et leur a permis d'étudier la maladie avec beaucoup plus de commodité, en substituant les inoculations sur les lapins et les autres rongeurs aux expériences coûteuses qu'il aurait fallu faire sur les moutons ou le gros bétail; rappelons-nous, en effet, que la plupart des expériences de Davaine ont été faites sur le lapin et le cobaye, et celles de M. Koch sur la souris.
Malgré les enseignements fournis par les recherches j
expérimentales qui viennent d'être résumées, deux
causes pttndipales contlnliaifetlt â fatisset* là conceptioh étiologique du charbon : c'était, d'une part, la nature septique ou putride que Ion continuait à attribuer au virus charbonneux et, dWtre part^ Thypothèfse de rofij^ine fepotltatiée de tje vitus. On fe*obstiHait â cdtifondfë Itîs effets de l'ittoculatiott des matières charbonneuses avec ceux des inoculations (les substances putrides, en se fondant sur ce fait que dans les deux cas les animaux périssent en présentant de§ lèëidhs ànèitomiUUës gt^assièrettiëht cdtnparâblë^. Il suffit, â cet égard, de consulter le Traité des maladies charbonneuses de Raimbert, publié en 1859; un paragraphe de cet ouvrage porte le titre significatif suivant : nature pUtride dû tiriXs thûtbontieûx .
k L*expérimehtatioh; dit-il, a mis eii ëtidendO l'ejtiâtetlde d'an virus dans le sang des animaux atteints de maladie charbonneuse. Ce virus est de nature putride. Nous avuns fait périr des âHiitiaU^ (Iritiitiâ, chats) ^ar ritltrodUbtidh de hidtières «ktlimâles putréfiées dans leuf tisâu ëellulskirë sous-butané ; t}uis nous avons inséré successivementi d'un lapin à un autre^ jusqu'au cinquième, du sang et des tissus pris à l'animal qui avait été le siijet d'iine première irioculation. Nous avons ainsi i'ëpôté, dVéd défe 8u))Stahce8 irtiprégnéés d*utl prititiijDé putride et prbvëhàtlt au (ioiHtdë déport do maèiët^ës àhim^dëséh putréfaction) les ihoeùlations Successives où h (plusieurs degrés faites par la commission d'Eure-et-Loir aveu du sanc; et des tissus empruntés à des animaux morts d'affection charbonhëdsé ; hbs expériences bht ëU le même succès que bes dernières et bnt îàïï périb lëâ Idpihs qUi y bnï éié fedUmls... Les hésultaiô dé rexpëi*lmentation prouvent donc d'uhe mtthièt'e itlbontestable la nature putride des affections charbonneuses^du principe qui leur donne naissance et les constitue (i) t;
dette a^sihlllatiori dé là Vit*ulëilbe diât^batihetise à eëUë d«S tilàtlêt'ë& ôrg:àtii(jiiëë pUtréfiéds fMppait pdUr aihsl dii*ë de stérilité toutes ces i*ëchët»tjhës ëxpêfimfeti^ tàli3§, destituèkit le tîharbdh de son individualité et le rejetait dans le cadre confus des maladies séptiqilb*l5i
[{) Rdlttitot, tt)é. ëit., JJ. 11
Même après la découverte de la bactéridie, cette erreur ne sera pas aisément dissipée, et il fallut tous les efforts de Da vaine et de M. Pasteur pour montrer que, nonseulement les liquides et les tissus putréfiés ne communiquent pas le charbon j mais encore que la putréfaction tue ou masque la virulence charbonneuse.
La seconde erreur est d^ordre différent ; elle tenait aux idées régnantes sur « la spontanéité » dans les maladies dont naguère eneore le professeur Chauffard fut pâtmi rloUë le dèi^hier et ruil des jilhs éldtJUertts défenseurs, 'fout en acceptant que le charbon est contagieux et itioculable^ dtl âdthettait qu^j malgf é cette spécifldité bien évidéhté, il pôiivàit àtlë^i pfetidlrë hàissahce sotis la seule ihfluenee de causes banales. Nous avons vu eu effet itivOqUer cdtîitne cftU^es dU bhat'bdil lés Variations atmosphériques, l'alimentation défectueuse, Tencombrement, la mauvaise stabulation, etc. Ces conditions suffiraient pour que l'économie animale pût engendrer spontanément et créer en quelque sorte de toute pièce un virus susceptible ensuite de se propager par contagion ou par inoculation, t^our les maladie§ infectieuses de TbommCj là fièvre typhoïde, le typhus j le choléra, etc., la même théorie était invoquée. On evine aisément les conséquences d'une semblable conception, surtout au point de vue des mesureî^ prophylactiques : la destruction radicale des produits mor-* bides ) l'isolement rigoureux des animaux ne s'imposaient pas comme le moyen nécessaire et suffisant pour arrêter la propagation de la maladie, puisque après tout, en dehors de tout contàge. cette maladie pourrait se développer spontanément. NoUs allons voir que la découverte de là bactéridie et de ses spores, en nous permettant de suivre et de démontrer la contagion dans ses modes les plus obsôurs^ a porté le coup le plus décisif à la doctrine inféconde et fausse de la spontaliéité dahs les maladies infectieuses*