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(1) Les chiffres indiqués ici par la C. D. R. ne coïncident pas avec ceux portés sur nos tableaux. Cela tient à €e que dans la confection des tableaux, établis postéreurement, il n’a pas été tenu compte du temps écoulé entre les livraisons et le moment où elles étaient enregistrées par la C. D.R.
lait recourir qu’à la dernière extrémité ; on désirait d’abord traiter amiablement.
Les Alliés convinrent de porter immédiatement la question devant la conférence financière qui allait se tenir à Spa. M. Millerand partit dans les premiers jours de juillet avec l’idée bien arrêtée de ne rien abandonner des droits de la France. Il voulait établir un contrôle ; le mot ne plut pas aux Anglais ; mais ils se rendirent à la tenacité si convainquante de M. Millerand, et acceptèrent que la C. D. R. établît à Berlin, une délégation permanente chargée d'imposer « par priorité absolue » les livraisons qu’elle aurait fixées.
Le 9 juillet s’ouvrit la conférence. M. Bergmann qui, ainsi que M. Hugo Stinnes et M. Gustave Hue, accompagnait à Spa le D' Simons, déclara combien l'Allemagne regrettait de n'avoir pu s’exécuter, mais, disait-il, le manquement avait réellement été involontaire ; en janvier, février, les hautes eaux du Rhin, en mars, les désordres politiques, avaient constitué des obstacles que le Gouvernement n'avait pu vaincre. II conclut en disant que si la question de la Haute-Silésie se réglait d’une manière satisfaisante pour l'Allemagne, elle ferait un effort encore plus efficace.
Le représentant de la Belgique, M. Delacroix, avait déjà fait observer à M. Bergmann que les désordres politiques qu’il invoquait, n'avaient pas entraîné de grèves, et que par conséquent l’excuse n'avait qu’une valeur contestable. M. Millerand ne s’en tint pas à cette observation.
L'Allemagne réclame une convention dit-il. Nous avons le Traité de Versailles qu’elle a accepté, qu’elle a signé. Ce n’est pas d’ailleurs de l’inexécution de celui-ci que nous nous plaignons ; mais bien de l’inexécution des décisions de la C. D.R. Ii insista sur tout ce que la politique allemande des derniers mois, avait eu d’incorrect ; les réductions de livraisons de la Ruhr en manière de protestation contre la décision d’allouer une plus grande quantité de charbon à la Pologne, que le Gouvernement avait ordonnées d'office ; le fait aussi que l’ Allemagne, qui criait misère, avait vendu en Hollande 80.000 tonnes par mois en avril,
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mai, juin, en dépit des observations de la C. D. R, et qu’elle | était au moment même en train de négocier avec la Suisse des | marchés de 35.000 tonnes par mois. Et on présenta aux Allemands la décision des Alliés d'établir un contrôle à Berlin. Les protestations furent d’une vivacité extrême. M. Hugo Stinnes ne voulait pas que fût maintenue son allocation en charbon à la Pologne, le charbon de Haute-Silésie étant indispensable à l’Alle- |
magne de l'Est. « Le problème du charbon sur le continent est « un. La Ruhr et la Haute-Silésie ne peuvent être séparées. « Nous ne pouvons recevoir un ordre ; car après nos livraisons « de charbon anticipées, même sur le terrain du Traité, le droit « n’est pas avec vous ».
Devant tant d’éclats, M. Millerand parla d'occuper la Ruhr. M. Lloyd George accepta bien volontiers le principe de cette sanction. Les séances suivantes furent laborieuses, pénibles; les Allemands présentèrent le 11, un programme qui fut trouvé trop
léger ; le 12, les Alliés diminuèrent quelque peu leurs exigences |
pour arriver si possible à composition ; ils décidèrent de réduire de 2.400.000 tonnes à 2.000.000 tonnes les programmes établis par la C. D. R. Mais le lendemain, les Allemands n'avaient pas fait un pas vers nous.
Leurs propositions avaient bien augmenté un peu, mais le D' Simons subordonnait ce supplément de livraisons à la condition d’un paiement à la tonne et au comptant, pour assurer la nourriture des mineurs.
M. Millerand convoqua le Maréchal Foch. Alors M. Lloyd
George fit appel au Maréchal Wilson. Les Allemands cependant
ne firent pas d’autres propositions. M. Millerand décida l’envoi | au Gouvernement allemand d’un ultimatum, pour imposer, sans | conditions, et sous menace d’occupation de la Ruhr, le pro-
gramme de 2.000.000 tonnes par mois. Mais M. Lloyd George qui
avait quatre jours avant, adhéré à l’idée d’occuper la Rubhr, déclara que l’argumentation allemande avait une valeur certaine
devant laquelle la conscience anglaise avait dû s’incliner. La ||
Haute-Silésie lui paraissait à présent indispensable aux besoins allemands; dans l’état actuel de l'Allemagne, les livraisons considérables de charbon, auxquelles elle était astreinte, lui enlevaient sa meilleure matière d'échange et surtout, la taxation des charbons au prix intérieur nuisait à son importation ; l’Angleterre elle-même, dont la monnaie n'avait pas subi la dépréciation du mark, ne pratiquait-elle pas un prix fob d’exportation sensiblement plus élevé que son prix intérieur ? Le prix d'exportation anglais risquait d’être compromis si on imposait à l’ Allemagne des conditions si sévères. Ces considérations s’opposaient à ce qu’il participât à l’envoi de l’ultimatum.
M. Lloyd George, gallois d’origine et représentant du pays de Galles à la Chambre des Communes défendait à la fois le point de vue gallois et le point de vue anglais.
La délégation française cependant maintint ses exigences. M. Millerand laissa entrevoir que la France ne cèderait pas, et que si l’ Angleterre ne voulait pas participer à l’occupation de la Ruhr, la France l’occuperait seule.
Cette attitude eut un double effet immédiat. Le 15, le D’ Simons fit de nouvelles propositions et M. Lloyd George, qui avait menacé de regagner Londres si la France ne cédait pas sur la question prix, était encore à Spa. Le D' Simons acceptait de livrer 2 millions de tonnes pendant 6 mois, il acceptait aussi qu’une commission de contrôle s'établit en Allemagne ; par contre, mettant à profit l'argumentation anglaise, il demandait que la France payât au comptant à l'Allemagne une somme égale à la différence entre le prix intérieur allemand et le prix anglais d'exportation (la valeur du prix intérieur, étant seule portée au compte Réparations). Il demandait encore l'ouverture d’un . compte d’avances-alimentation, et un accord immédiat sur la répartition du charbon haut-silésien.
On ne sut que beaucoup plus tard, en mars 1922, ce qui s'était réellement passé. A la séance du Sénat du 28 de ce mois, une discussion éclata entre M. Poincaré et M. François-Marsal. Ce der-
ne
nièr demanda qu’en raison de la gravité de ce qu'il avait à dire | pour répondre à M. Poincaré, l’Assemblée se constituât en comité | secret. Ce qui fut fait. Et le soir paraissait dans les journaux | une note officieuse rapportant la déclaration de M. François- Marsal. « À Spa le Gouvernement français envisagea l'éventualité | « d’une occupation du bassin de la Ruhr de concert avec les autres « Alliés. Aussitôt il se heurta à l’opposition de M. Lloyd George « qui menaça de rompre toute alliance et de saisir aussitôt la « Chambre des Communes du différend. Le lendemain, M. Mille- « rand, alors Président du Conseil, déclara qu’il maintenait son | « point de vue et que, dans ces conditions, la France se verrait « obligée d'occuper seule la Ruhr. Devant cette attitude éner- « gique, M. Lloyd George annonça alors que l’Angleterre occu- « perait également la Ruhr, mais il mit à son acceptation sept « conditions dont la principale était le paiement du charbon | « allemand au prix du marché britannique.
« Le Gouvernement français fit observer qu’à ce tarif le || « consommateur français payerait une partie des impôts anglais « du fait de l’excess-profit, en vertu duquel 80 %, des bénéfices . « réalisés par le commerce anglais font retour au Trésor britan- « nique . | « M. Lloyd George s’obstina et maintint la condition posée. | « C’est alors que le comte Sforza, Ministre des Affaires Etran- | « gères d'Italie, proposa une formule de conciliation qui était || « de considérer l’excédent du prix du charbon ainsi livré à « la France comme une avance à l’Allemagne. Cette proposition | « fut acceptée ». | M. Millerand obtint sans difficulté qu’un article VII fût || ajouté au protocole, au terme duquel, si à la date du 15 novembre les livraisons n'avaient pas été satisfaisantes le bassin de la Rubhr serait occupé. M. Lloyd George ne fit pas grande opposition à cette addition ; il ne croyait pas à l'efficacité d’une telle opération. « On aurait beau, déclara-t-il, à la Chambre des « Communes, se saisir des mines, ce n’est pas cela qui ferait « travailler les mineurs, s’ils n’y étaient disposés ».
Des
Le 16 la délégation allemande signa le protocole (1). Le Gouvernement allemand s’engageait à livrer aux Alliés 2.000.000 tonnes par mois, pendant 6 mois, moyennant quoi les Alliés verseraient 5 m. o. par tonne de charbons classés et qualifiés (on avait introduit ces mots pour éviter que l'Allemagne livrât les charbons de qualité médiocre), plus, en ce qui concerne les charbons livrés par voie de fer ou eau (ce devait être le cas d’une quantité mensuelle de 1.400.000 tonnes) et à titre d'avance, des sommes égales à la différence entre le prix fob d’exportation du charbon allemand dans les ports allemands ou le prix d’exportation anglais fob dans les ports anglais, et en tous les cas le plus bas de ces prix.
On reprenait pour les appliquer aux importations faites par fer et eau, les termes mêmes du Traité de Versailles sans trancher la difficulté relative au prix fob allemand et que la C. D. KR. s'était toujours montrée impuissante à élucider.
Le même jour les Alliés convenaient que les avances à faire au Gouvernement allemand en conformité du protocole seraient effectuées par :
la France pour 61 %,
la Grande-Bretagne, pour 24 %,
l'Italie pour 7 %,
la Belgique pour 8%.
et qu’elles seraient remboursées avec intérêts de 6 % au plus
tard le premier mai 1921.