‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 12 sur 63 · RÉCAPITULATION DES FAITS ACQUIS. — EXEMPLES DE CONTAGION NATURELLE · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION DES FAITS ACQUIS. — EXEMPLES DE CONTAGION NATURELLE

De l’ensemble des expériences qui précèdent il résulte :

1° Que la maladie du charbon est produite par un microbe, la bactéridie (bacillus anthracis des Allemands) ;

2° Que ce microbe donne naissance à des germes qui restent vivants dans le sol pendant plusieurs années ;

9° Que les animaux qui mangent des aliments souillés de ces germes peuvent contracter la maladie dite spontanée.

Voici des figures qui montrent l’aspect de la bactéridie ou de ses germes à un grossissement de 400 ou 500 diamètres.

La figure 1 (p. 70) représente le sang d’un animal dans l’état de santé. On ne voit que des globules rouges empilés les uns sur les autres, et quelques globules blancs.

La figure 2 (p. 71) représente le sang d’un animal mort du charbon. On voit que les globules ont perdu la netteté de leur contour; ils sont comme fondus les uns dans les autres, ce qui fait dire que le sang est poisseux et agglutinatif. Mais c’est là un caractère des globules qui ne se présente pas dans tous les cas. Ce qui est constant et ce qui caractérise d’une façon certaine le charbon, c’est la présence des filaments droits, cassés et immobiles qui se trouvent entre les amas des globules du sang. Ces bàtonnets sont les bactéridies.

La figure 3 (p. 72) représente l'aspect d’une culture de sang charbonneux dans le bouillon neutre de poule au bout de vingtquatre ou quarante-huit heures; les bactéridies, au lieu d’être

courtes et cassées comme dans le sang, sont maintenant en filaments excessivement longs et quelquefois enroulés comme des

paquets de cordes.

Enfin la figure 4 (p. 73) représente l'aspect de la mème culture, mais après plusieurs jours. Beaucoup de filaments paraissent remplis

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de noyaux réfrngents un peu allongés. Quelques-unssont encore dans des filaments très nets, quelques autres forment des chaines où on reconnaît la forme des filaments qui leur ont donné naissance, mais où le contour a disparu; d’autres enfin sont tout à fait libres el flottent dans le liquide. Ces noyaux sont les germes, les spores ou graines de la bactéridie, car si on les sème dans du bouillon neutre de poulie, on en voit sortir des filaments semblables à ceux de la

figure 3.

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On peut se demander pourquoi, dans le sang, les bactéridies sont toujours courtes et cassées, tandis que dans les cultures artificielles elles sont en général très allongées. La principale cause de cette différence d'aspect doit tenir à l'influence de l'oxygène de l'air. Dans le sang, la bactéridie ne trouve qu'une quantité limitée d'oxygène,

Fig. 2.

tandis que dans une culture artificielle cette quantité est pour ainsi dire illimitée. Si l’on met, en effet, du sang charbonneux au contact de l'air, on voit les filaments s’allonger considérablement et prendre l'aspect qu'ils ont dans les cultures artificielles. Il est possible aussi qne le mouvement rapide du liquide sanguin entrainant les bactéridies, favorise leur segmentation.

La bactéridie existe donc sous deux formes : à l’état de filaments et à l’état de spores ou germes. Sous ces deux élats ses propriétés

sont fort différentes. La bactéridie filamenteuse est tuée par une température de 60 degrés ; elle est tuée par la dessiccation, le vide, l’acide carbonique, l'alcool, l’oxygène comprimé. Les spores, au contraire, résistent à la dessiccation, de sorte qu’elles peuvent former poussière et voltiger dans l’air. Elles résistent à une tempéra-

rc:

ture de 90 à 95 degrés, à l’action du vide, de l'acide carbonique, de l'alcool, de l'oxygène comprimé. En un mot les germes sont beaucoup plus résistants que les bactéridies, à toutes les actions qui tendent à les détruire.

Dans le sang d’un animal mort, tant que ce sang n’est pas mis au contact de l’air, il ne se forme pas de germes, quelles que soient les influences extérieures de chaleur et d'humidité.

Ainsi si on prélève du sang au bout de un, deux, trois jours sur

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un animal mort du charbon, et qu’on chauffe ce sang à 60 ou 170 degrés, température qui tue les bactéridies filamenteuses, mais non les spores, on constate que le sang semé dans du bouillon neutre de poule ne donne lieu à aucun développement. Le temps pendant lequel les bactéridies restent vivantes dans le sang, après la

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Fic. 4.

mort, est variable avec la température à laquelle se trouve le cadavre. Au froid, c’est-à-dire à une température de 8 à 10 degrés, les bactéridies sont encore vivantes après sept ou huit jours ; ce dont on peut s'assurer en semant le sang dans du bouillon; mais, si le cadavre est exposé à une température de 25 à 30 degrés, elles meurent plus rapidement. Il ne faudrait pas tenter des inoculations dans le but de savoir si les bactéridies sont vivantes ou mortes, car peu de temps après la mort, quinze ou vingt heures après, comme

nous l'avons vu, ce sang renferme généralement, outre la bactéridie, un autre organisme, le vibrion septique venu de l'intestin avec le commencement de la putréfaction. Si l’on inoculait ce sang, l'animal succomberait à une maladie nouvelle, la septicémie aiguë expérimentale, plus rapide et plus foudroyante que le charbon. Les bactéridies, n'ayant pas eu le temps de se développer, ne se retrouveraient pas dans le sang de l’animal mort, bien qu’elles existassent dans le sang inoculé. De là la nécessité, lorsqu'on veut transmettre le charbon au moyen du sang, de ne se servir que du sang d’un animal récemment mort, depuis huit ou dix heures au plus. Dans les animaux qui succombent à la septicémie aiguë expérimentale on trouve surtout le vibrion septique dans la sérosité qui entoure les intestins ; au microscope il diffère de la bactéridie en ce qu’il n’est pas droit et immobile, mais sinueux et mobile comme un serpent. La figure 5 (p. To) montre l'aspect d’une goutte de sérosité péritonéale vue au microscope.

Ainsi la bactéridie ne se transforme pas en germes dans l’intérieur du corps d’un animal mort. Cela tient à ce qu’elle n’a pas d'oxygène à sa disposition pour produire cette transformation. Elle s’est reproduite à l’état filamenteux jusqu’à ce qu’elle ait absorbé tout l'oxygène libre. Elle se trouve alors dans les mêmes conditions que lorsqu'on la met en présence de l’acide carbonique. Cette absence d'oxygène est au contraire favorable au développement du vibrion septique qui, lui, est un être anaérobie, c’est-à-dire vivant et se multipliant surtout lorsqu'il n’y a pas d'oxygène.

La température exerce aussi une influence considérable sur le développement des germes. À une température basse, 10 à 12 degrés, les bactéridies, non seulement ne donnent pas de germes, mais même ne se reproduisent pas sous la forme filamenteuse. Elles vivent pendant un temps plus ou moins long, trente ou quarante jours environ, et finissent par périr. Vers 15 degrés elles commencent à se reproduire, mais lentement, et dans ce cas on observe des formes bizarres, plus ou moins monstrueuses. Souvent par exemple, les bactéridies, au lieu d’être en bâtonnets, sont en forme de boule un peu allongée ressemblant presque à des cellules de levure de bière ou mieux à des dématium. Elles n’en conservent pas moins leur virulence et elles reprennent leur état normal dès

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qu'on les cultive à une température de 30 à 35 degrés. Enfin vers 44 ou 45 degrés elles ne se reproduisent plus du tout et meurent rapidement.

Ces résultats nous permettent de comprendre ce qui se passe lorsqu'on enfouit un animal mort du charbon. D'abord on peut dire

FrG. 9.

que toujours des bactéridies filamenteuses sont mises au contact de l'air. Le fait est évident si l’on dépouille l'animal avant de l’enfouir. Mais, même dans le cas où on ne le dépouille pas, 1l y a presque toujours du sang qui s’écoule des narines, et de l'urine sanguinolente qui est rejetée par Les voies urinaires. C’est, en effet, un des caractères de cette maladie. De plus la putréfaction ne tarde pas à amener des déchirures qui laissent suinter des liquides chargés de bactéridies encore vivantes. Donc des bactéridies se trouvent

mises au contact de l’oxygène de l'air. Deux cas peuvent alors se présenter :

Si l’on est à une époque de l’année où la température du sol est inférieure à 12 degrés, ces bactéridies ne donneront pas de germes et elles mourront. Dans ce cas l’animal enfoui ne pourra pas être une cause de contagion pour l'avenir. Il est bien entendu que dans cette évaluation de la température il faut tenir compte de la chaleur développée par la putréfaction.

Si, au contraire, les bactéridies se trouvent à une température supérieure à 19 degrés, ce qui arrivera fréquemment pendant les mois chauds de lété, ceux dans lesquels on perd précisément beaucoup d'animaux par le charbon, ces bactéridies donneront naissance à des germes. Ceux-ci, une fois formés, conserveront leur vitalité pendant plusieurs années. Ils seront ramenés à la surface de la terre par les vers de terre, par les différents insectes qui vivent dans le sol, par les labours un peu profonds, par le défoncement du sol, etc.

On comprend ainsi pourquoi il y a des champs maudits, c'est-àdire des champs où l’on ne peut pas faire paître les animaux sans provoquer la maladie charbonneuse. Ce sont des champs où l’on a enfoui des animaux charbonneux, ou bien où l’on a amené de la terre ou des engrais renfermant des débris charbonneux. On comprend également comment, en changeant les troupeaux de place, en les faisant émigrer dans d’autres pâturages, on parvient presque toujours à faire cesser la mortalité.

Ces germes peuvent, à leur tour, être transportés sur les champs de plusieurs manières. Les pluies, et surtout les pluies d'orage, en entraînant les particules terreuses, entraînent aussi les germes. Une partie de ceux-ci se dépose sur lesterres, le long des fossés des routes, etc.; une autre partie est entraînée jusqu’au ruisseau le plus voisin, lequel, s’il vient à déborder, va également semer des spores sur ses rives. [l est même très probable que ces spores, se trouvant parfois dans des eaux stagnantes plus ou moins chargées de matières organiques, germent, se reproduisentet donnent de nouvelles spores comme dans les cultures artificielles. C’est probablement là la cause des épidémies charbonneuses qui se déclarent parfois dans les prairies à la suite des inondations.

Une autre cause de dissémination des spores est dans les engrais

ÉTIOLOGIE DU CHARBON. qi

qui, souvent, proviennent d’étables où sont morts des animaux charbonneux, ou même de fumiers sur lesquels on a jeté les animaux ou des débris d'animaux morts du charbon.

Enfin nous avons démontré qu'en faisant manger des spores charbonneuses à des moutons, tous ne succombent pas. Chez ceux qui survivent, les spores ingérées ne sont pas détruites par leur passage à travers le canal intestinal. On les retrouve vivantes et virulentes dans les excréments. De sorte que des moutons qui ont absorbé des spores sur un champ maudit par exemple peuvent ensuite, suivant le chemin parcouru par les animaux, les répandre à des endroits variables.

Voilà beaucoup de causes, auxquelles sans doule on pourrait encore en ajouter d'autres, qui nous permettent de comprendre comment les germes se disséminent à la surface de la terre. Par les pluies qui font rejaillir les particules terreuses sur les plantes, par les poussières détachées du sol, les fourrages peuvent donc être çà et là recouverts des germes du charbon ; et ies animaux qui les absorbent, se trouvent exposés à contracter la maladie.

Les faits sont nombreux qui prouvent que les endroits où sont morts, ou bien où ont été enfouis des animaux charbonneux, sont dangereux, mais parmi tous ces faits je n’en veux citer que deux, car ils sout très démonstratifs.

Le premier à été relaté dans une communication faite par M. Pasteur à l’Académie des sciences et à l’Académie de médecine en 1880. Voici cette communication :

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