‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 16 sur 63 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’étiologie et la prophylaxie de la maladie charbonneuse étant bien connues, il restait une dernière question à étudier, celle de la préservation immédiate des animaux contre cette terrible affection. Malgré toutes les précautions qui pourront être prises pour empêcher la formalion de nouveaux germes de contagion, il est certain que, dans les localités où la maladie règne à l’état endémique, ces germes existent, qu'ils peuvent conserver leur activité virulente durant de longues années et menacer sans cesse la santé et la vie des animaux. Il était donc très important de trouver un procédé capable de mettre momentanément les animaux à l’abri de cette cause de maladie.

Il semblait naturel de chercher à guérir directement les bêtes malades; aussi les travaux entrepris dans cette direction sont-ils extrêmement nombreux. Mais il faut reconnaître que tous les moyens préconisés jusqu'ici et qui ont été soumis au contrôle de l’expérimentation, n’ont donné que des résultats nuls ou insignifiants. Après un grand nombre d'essais, les cultivateurs lassés de tout, même de l'espérance, en étaient réduits à voir succomber leurs animaux sans même essayer de les sauver. Quelquefois ils faisaient émigrer leurs troupeaux; d’autres fois ils se hâtaient de les vendre pour la boucherie, ce qui leur occasionnait toujours des pertes assez considérables.

M. Pasteur ne tenta pas d'aborder la question par ce côté. Si l’on réfléchit que, presque toujours, au moment où l’on s'aperçoit que l'animal est malade, il est presque complètement infecté parce qu'il est malade déjà depuis plusieurs jours et que les premiers

symptômes ont passé inaperçus, on comprendra combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'arriver à la guérison. Souvent l'animal n’a plus que quelques heures ou même quelques instants à vivre; comment alors peut-on espérer trouver une médication assez énergique pour enrayer le mal?

M. Pasteur chercha à réaliser cette idée qui doit servir de base à la médecine: prévenir et non guérir. Les personnes, par exemple, qui ont été vaccinées par le vaccin jennérien, sont mises à l'abri de la variole au moins pendant un certain temps. Si l’on veut bien réfléchir à l'importance de ce résultat pratique, on reconnaitra que cette grande découverte de Jenner est plus importante que celle d’un remède contre la variole, remède qui n'aurait pas supprimé la maladie ni les traces qu’elle laisse après la guérison. Ne seraitil pas possible de vacciner également les animaux contre la maladie charbonneuse ?

En 1880, M. Pasteur découvrait précisément le premier exemple d’une maladie (choléra des poules) produite par un microbe spécial, lequel, par un artifice particulier, pouvait être privé d’une partie de sa virulence et être ensuite inoculé sans danger aux poules. Par ce virus atténué on pouvait communiquer aux poules une maladie bénigne ; et, à la suite de cette légère atteinte, elles étaient préservées contre la maladie mortelle.

C’est là, dis-je, le premier exemple d’une maladie produite par un microbe bien connu et ne récidivant pas. Depuis, plusieurs autres maladies à microbes, également définies, ont été reconnues jouir de la même propriété. Dans les maladies humaines, la plupart de celles qu'on désigne sous le nom de maladies contagieuses comme la fièvre typhoïde, la fièvre scarlatine, la rougeole, ete., ne récidivent pas non plus. C’est là un point de rapprochement très précieux entre ces sortes d’affections et qui peut nous autoriser à penser qu’elles sont produites également par des êtres microscopiques.

M. Pasteur, avec une merveilleuse sagacité, ne manqua pas de faire remarquer que le procédé qui lui avait servi à atténuer l’acion du microbe du choléra des poules, devait vraisemblablement être un procédé général d'atténuation de la virulence des microbes en général, causes de différentes autres maladies. Une Communication récente, faite au congrès de Genève par M. Pasteur, en son

Page 1