SUR LA NON-RÉCIDIVE DE L’AFFECTION CHARBONNEUSE
Par MM. PASrEUR ct CHAMBERLAND.
Académie des sciences, 27 septembre 1880.
J'ai été chargé par M. le ministre de l’agriculture et par le comité des épizooties, de porter un jugement sur la valeur des procédés de guérison du charbon des vaches, imaginé par un habile vétérinaire du Jura, M. Louvrier. M. Chamberland a bien voulu s’adjoindre à moi pour ces recherches, et c’est en mon nom et au sien que j’en communique à l’Académie les résultats.
Le procédé de M. Louvrier a été décrit dans le Recueil de médecine vétérinaire de notre confrère, M. Bouley.
L'auteur s'efforce de maintenir l’animal à une température élevée par des frictions, par des incisions à la peau dans lesquelles il introduit un liniment à la térébenthine; enfin, en recouvrant animal, la tête exceptée, d’une couche épaisse de 0",20 de regain, préalablement humecté de vinaigre chaud, qu’on retient par un drap qui enveloppe tout le corps.
Le 14 juillet 1879, nous avons inoculé à deux vaches cinq gouttes d’une culture de parasite charbonneux derrière l’épaule droite. Nous désignerons ces vaches par les lettres M et O. Dès le lendemain un ædème sensible se manifeste sur les deux vaches, moins étendu sur la vache M que sur sa voisine. Le 16 juillet, l’œdème de M paraît déjà diminué; celui de O n’a fait que s’accroitre, et 1l descend même sous le ventre. Notons, en passant, le fait des tumeurs, des œdèmes chez les vaches inoculées. Dans les cas de
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charbon spontané chez les vaches, rien n’est plus rare que la présence des tumeurs symptomatiques. C’est que, suivant les conclusions de mon rapport du 17 septembre 1878, au ministre de l'agriculture, le charbon spontané s’inocule par les voies digestives. Dans les cas rares de tumeurs charbonneuses, il doit y avoir eu inoculation directe, par exemple par des mouches piquantes dont le dard vient de puiser le charbon sur un cadavre charbonneux. M. Boutet m'a dit un jour : «Sur cent vaches charbonneuses il n°y en à pas une avec tumeur. »
La vache O est très malade, très faible sur les jambes de derrière, qu’elle écarte comme pour ne pas tomber. La température de cette vache, qui était au début de 38°,8, est montée à 41°,5. C’est alors que M. Louvrier commence à lui appliquer sa méthode de traitement le 16, à neuf heures du soir.
Le 17 juillet, la vache M va bien. Sa température, qui ne s’est pas élevée, est toujours la température du début. La vache O est très malade, les ganglions près de la cuisse sont durs, très engorgés.
Le 18 juillet, la vache M n’a plus d’œdème. Elle est guérie et n’a jamais été sensiblement atteinte. C’est évidemment une vache qui était naturellement réfractaire au charbon. La vache O, au contraire, est toujours malade, avec un énorme œdème sous le ventre, et les ganglions de la cuisse droite sont durs et douloureux. Sa température est cependant descendue à 39°,7.
Le 19 et le 20 juillet, la vache O parait aller mieux.
Le 21 juillet, sa température est de 39 degrés, quoique l’œdème sous le ventre, devenu fluctuant, soit toujours considérable.
À partir du 22 juillet, la température de cette vache est normale; l’œdème diminue et se résorbe. La guérison devient peu à peu complète.
La vache M s'étant montrée réfractaire et témoin infidèle, on essaie de suppléer à ce terme de comparaison, qui fait défaut, en réinoculant celte vache M à la place précédemmnt indiquée, et une nouvelle vache P qui n’a pas encore servi. On emploie cette fois dix gouttes de culture du parasite charbonneux au lieu de cinq. C'était le 4 août. Les jours suivants, la vache M n’a pas changé de température et n’a pas offert d’œdème. La nouvelle vache inoculée P présente un œdème dès le lendemain et sa température a