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NON-RÉCIDIVE DU CHARBON. 99 passé de 38°,8 à 39°,5. Le 8 août, elle marque 41°,2; l’œdème s’est étendu et les gangliens de la cuisse droite, du côté inoculé, sont enflammés. d
Le 9 août, on note 41°,5. L’œdème est descendu sous le ventre; il est de plus en plus volumineux. La vache est fort triste et très malade.
À partir du 10 août, la température commence à baisser.
Le 13, elle est de 39°,5.
Le 14, elle est de 38°,3. La vache est guérie.
Je répète que cette vache n’a pas été traitée parce qu’elle était destinée à servir de témoin pour la vache O, qui avait subi les remèdes Louvrier.
En résumé, une vache traitée par M. Louvrier a guéri, et une vache non traitée a guéri également.
Ces expériences ne permettent done pas de porter un jugement sur l'efficacité du remède dont nous avions à juger la valeur pratique. Nous résolümes de les recommencer; mais nos travaux nous rappelant à Paris, nous donnâmes rendez-vous à M. Louvrier, dans le Jura, pour l’époque des vacances de 1880. Je vais faire connaître les résultats de ces nouvelles expériences; mais, auparavant, que l’Académie me permette de l’entretenir du sujet principal de cette Note, de la question de la récidive et de la non-récidive du charbon, dont la solution s’offrait naturellement à nous.
Nous venons de constater que des vaches auxquelles on a donné le charbon par inoculation et qui en ont subi les effets de la manière la plus grave, peuvent se guérir spontanément. Telles sont les vaches O et P, qui ont eu des tumeurs douloureuses énormes, des élévations de température considérables, et qui ont été, à un moment, si malades, qu’elles pouvaient à peine se tenir sur leurs jambes. Nous avons voulu savoir si ces vaches pouvaient reprendre la maladie. Dans l’espoir que du sang charbonneux frais serait plus actif peut-être que des cultures de bactéridies, précédemment employées, nous avons, le 15 août 1879, réinoculé la vache O, très bien guérie, avec du sang charbonneux pris à un cochon d’Inde qui venait de mourir, le sang rempli de bactéridies. On essaie également l’effet de ce sang sur la vache M, qui jusque-là avait résisté à deux inoculations de cultures très chargées du parasite.
Le 16, rien d’apparent dans la région des inoculations.
Le 18, léger œdème aux deux vaches, sans élévation de température.
Le 19, pas d’aggravation.
Le 20, les œdèmes, toujours très faibles, diminuent ; la température est normale.
Ce jour, nouvelle inoculation à chacune des deux vaches par dix gouttes d’un liquide de culture de bactéridies. Les jours suivants, rien de visible aux points inoculés et pas d’élévation de température.
Ces faits et particulièrement ceux qui concernent la vache O, qui avait été une première fois malade, avec un œdème considérable et une température élevée de 3 degrés, démontrent qu'une première atteinte de la maladie préserve l’animal d’atteintes ultérieures. Le charbon ne récidiverait pas. On peut présumer, en outre, qu’une récidive, si elle a lieu, est de moins en moins accusée.
Je passe aux résultats de notre étude récente en 1880.
Le 6 août 1880, à onze heures du matin, on a inoculé quatre vaches, À, B, GC, D, par cinq gouttes d’une culture du parasite charbonneux. Leurs températures sont comprises entre 38°,5 et 39 degrés au moment de l’inoculation. On décide que les vaches A et B seront livrées à M. Louvrier, qui leur appliquera sa méthode de traitement dans l'écurie même où se trouvent les quatre vaches. Les vaches C et D seront conservées comme témoins.
Le 10 août, à deux heures du matin, c’est-à-dire quatre jours après l’inoculation, les vaches B et D meurent charbonneuses, après avoir eu de fortes tumeurs et une grande élévation de température.
B est une des deux vaches auxquelles M. Louvrier a appliqué sa méthode de traitement; D est une des vaches non traitées. Quant aux deux autres, la vache À, traitée par M. Louvrier, s’est guérie, mais également la vache G, non traitée, et toutes deux ont manifesté des symptômes morbides fort accusés jusqu’au 12 août, jour à partir duquel la température a commencé à diminuer, les ganglions à être moins douloureux et les œdèmes à se résorber, après avoir élé énormes, pendants sous le ventre, contenant certainement, disait M. Louvrier, plusieurs litres de sérosité.
Détail des observations de la maladie des deux vaches A et C :
1 août. Vache A, léger œdème, 39 degrés.
— Vache C, pas d’œdème, 38°,7.
8 — Vache À, œdème, 41°,1.
— Vache C, pas d’æœdème, 389,6.
9 — Vache À, œdème descend sous le ventre, 41°,5. Le traitement
pour cette vache commence à neuf heures du soir. — Vache C, léger œdème, 389,6.
10 — Vache À, œdème considérable, ganglions gros et sensibles, 41 degrés.
— Vache C, gros œdème sous le ventre, ganglions engorgés, 39 degrés, 11 — Vache À, température 41 degrés, — Vache C, — 419,5, 12 — Vache A, — 409,5.
— VacheC, — 410,5.
Puis, les jours suivants, les températures vont en décroissant assez rapidement.
En résumé, nouvelle impossibilité de rien conclure touchant l'efficacité du remède Louvrier, puisque des deux vaches qu’il a traitées une est morte, que l’autre a guéri et que, des deux témoins, une est également morte et que la seconde également a guéri.
Il n’est pas inutile de faire la remarque que si les vaches À, B, C, D avaient été distribuées différemment, que les vaches A et C eussent été confiées à M. Louvrier, et que B et D eussent servi de témoins, on aurait eu l'illusion de croire que le remède avait été souverain, puisqu'il aurait guéri deux fois sur deux et que les deux vaches témoins seraient mortes. Il ne faut jamais oublier que, dans certaines questions, la méthode expérimentale peut être sujette à ces dangereux hasards.
Laissons donc sans jugement la valeur du remède Louvrier et essayons de soumettre de nouveau à une épreuve expérimentale le problème théoriquement si important de la récidive du charbon.
Le 15 septembre 1880, les deux vaches guéries A et C, qui ont été fort malades, comme on vient de le voir, à la suite des premières inoculations charbonneuses du 6 août, sont réinoculées du côté gauche, c’est-à-dire du côté opposé aux premières inoculations. On se sert de cinq gouttes d’une culture de bactéridies du
charbon, bactéridies provenant d’une vache charbonneuse et non d’un mouton, car nous avons reconnu qu'entre ces deux sortes de bactéridies il existe une différence sur laquelle nous reviendrons.
Les jours suivants, pas d’œdème sensible ni sur l’une ni sur l'autre vache, et pas d’élévation de température. La question est donc éclaircie; le charbon ne récidive pas, et si l’on se rappelle que, en 1878, dans nos expériences de Saint-Germain, près de Chartres, sur des champs de la ferme de M. Maunoury, sept moutons sur huit qui avaient été malades à la suite de repas souillés de cultures charbonneuses ont résisté à des inoculations directes du sang charbonneux, même à haute dose, on peut dire que le fait de la non-récidive s'applique aux moutons de races françaises comme aux vaches. Sur sept vaches auxquelles nous avons communiqué le charbon par inoculation directe, deux seulement ont péri. N’en soyons pas surpris. Dans les expériences faites de 1850 à 1852, par l'Association médicale de Chartres (M. Boutet, rapporteur), dans le but de résoudre la question de l’inoculation possible du charbon aux divers animaux, sur vingt vaches inoculées, une seule a péri. La vache est bien plus réfractaire au charbon inoculé que le mouton. Elle en est malade le plus souvent, mais elle guérit facilement. Sur quarante-sept moutons inoculés directement par l’Association médicale de Chartres, trente-cinq sont morts, douze ont survécu (voyez le rapport de M. Boutet, de 1852).
Je dois faire ici un erratum à ma Note du 12 juillet 1880. Il est dit dans cette Note: Les spores, dans ce cas, se retrouvent dans les excréments des cobayes et également dans les excréments des moutons. Cela va au delà des faits que nous avons constatés. Nous avons reconnu seulement que les excréments des cobayes et des moutons peuvent donner le charbon ; mais les spores charbonneuses ingérées y sont-elles infactes ou s’y sont-elles développées en partie ? C’est ce que nous ignorons.
Par mes Communications sur le choléra des poules (9 février et 26 avril 1880), nous connaissions une maladie virulente parasitaire qui est susceptible de ne pas récidiver. Nous en avons maintenant un second exemple dans l'affection charbonneuse. Nous savons également que, dans le charbon comme dans le choléra, des inoculations qui ne tuent pas sont préventives, et qu'enfin, de
même que dans le choléra, on peut sans doute prévenir à tous les degrés.
L'importance de ces résultats ne saurait échapper à personne, car la pathologie humaine nous en offre d’analogues, et ils tendent une fois de plus à rapprocher les maladies virulentes à parasites microscopiques des maladies virulentes dont la cause étiologique est encore inconnue. Rappelons que la non-récidive est, au moins pour un temps plus ou moins long, un caractère habituel des maladies virulentes proprement dites, et j'ai eu soin de faire remarquer antérieurement que les faits d'observation de vaccine humaine permettaient de conclure qu’on pouvait être vacciné à divers degrés et que peut-être on l'était rarement au maximum.
Et maintenant rapprochons des observations précédentes le fait que M. Chauveau vient de constater sur des moutons algériens dans une suite de Notes très intéressantes. Après avoir démontré que la race des moutons algériens est moins apte à prendre le charbon que les moutons des races françaises (8 septembre 1879 et 14 et 28 juin 1880), l’éminent directeur de l’École vétérinaire de Lyon a fait voir que cette immunité devient plus marquée à la suite d’une première inoculation, quand celle-ci n’a pas entrainé la mort (19 juillet 1880). M. Chauveau est porté à croire que l’immunité relative des moutons algériens et son renforcement par inoculation préalable « sont dus à des matières nuisibles à la prolifération de la bactéridie » et, fort de cette opinion, qui n’est pourtant qu’une vue préconçue sans appui de l'expérience, M. Chauveau croit trouver dans les faits qu’il a observés une objection à l'explication que j'ai proposée de la non-récidive du choléra des poules et des maladies virulentes. Je ne puis me ranger à sa manière de voir, qui a déja mis en défaut la sagacité de notre savant confrère, M. Bouley. L’immunité relative des moutons algériens me parait être, comme tous les faits du même ordre, un effet de constitution, de résistance “vitale. Celle-ci s'oppose à la prolifération de la bactéridie, comme celle de la poule non refroidie s'y oppose, comme chez la poule encore cette même résistance vitale s'oppose à la prolifération mortelle des virus atténués du choléra des poules... Pas n’est besoin, comme le pense M. Chauveau, d’invoquer l’existence de matières nuisibles à la vie de la bactéridie, Certes, pour la poule, ce n’est
pas vraisemblablement une matière nuisible à la vie de la bactéridie qui empêche celle-ci de proliférer, puisqu'il suffit de refroidir la poule pour qu'elle devienne charbonneuse. Et, quant au fait du renforcement de l’immunité par de premières inoculations, ne se confond-il pas avec le fait de la non-récidive de l'affection charbonneuse et ne s’explique-t-il pas par la stérilité qu'amènent plus ou moins à leur suite dans un même milieu une ou plusieurs cultures successives d’un organisme microscopique ? Loin de voir avec M. Chauveau, dans les faits relatifs aux moutons de l’Algérie, une objection à la théorie de la non-récidive des maladies virulentes, telle que je l’ai exposée dans me: Communications sur le choléra des poules, ils me paraissent en être une confirmation, car ces faits sont exactement du même or ‘re que ceux qui, à la suite de mes études sur le choléra des poules, ont provoqué ma manière de voir. Je n’abandonnerai pas facilement cette théorie de la nonrécidive des maladies virulentes; elle repose sur des observations qui leur sont pour ainsi dire adéquates, et elle satisfait l'esprit dans une question qui défiait jusqu’à l'hypothèse. Quel mystère, en effet, que celui de la non-récidive d’une maladie virulente ! Et combien plus ce mystère s’est accru lorsqu'il fut démontré que la non-récidive s’appliquait également à une maladie virulente parasitaire, le choléra des poules! Tant que la théorie que j’ai proposée de la non-récidive rendra compte des faits acquis, et suivant moi elle a toujours cette vertu, notammit de par les observations mêmes de M. Chauveau, qu’elle eût pu prévoir et qu’elle a peutêtre provoquées à l’insu de leur auteur, il sera sage, ainsi que je le disais récemment dans une lettre à M. Dumas (Comptes rendus, séance du 9 août), de conserver et de tenter de fortifier cette théorie. Dans tous les cas, ces tentatives seules pourront devenir le criterium de son triomphe ou de sa faiblesse.
Cette Note démontre que la maladie charbonneuse ne récidive pas. Il fallait absolument établir ce fait avant de tenter d’atténuer la virulence de la bactéridie afin de communiquer aux animaux une maladie bénigne qui les préservät ensuite de la maladie mortelle.
Les deux Notes suivantes expliquent comment nous sommes parvenus à atténuer la virulence de la bactéridie.
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