CHAPITRE XXVIII
PREUVES DE L’'EFFICACITÉ DE LA VACCINATION CHARBONNEUSE CONTRE LA MALADIE SPONTANÉE
Il ne suffisait pas d'établir que la vaccination charbonneuse est à peu près sans danger pour les animaux sur lesquels on la pratique, il fallait démontrer aussi que les animaux vaccinés sont ensuite mis à l’abri de la maladie spontanée.
Des expériences que nous avons faites à Chartres en 1878, il résulte que les moutons succombent moins facilement à l’ingestion des spores charbonneuses qu’à l’inoculation directe de ces spores dans le tissu cellulaire sous-cutané. La raison de ce fait doit être attribuée, à notre avis,.à ce que dans la maladie spontanée l’inoculation se fait par quelques spores seulement, tandis que dans l’inoculation sous la peau on introduit toujours une quantité relativement grande de virus. Il était donc à prévoir que les animaux résisteraient mieux et plus facilement aux causes de contagion naturelle qu'aux effets des inoculations artificielles. Mais il fallait vérifier ces vues préconçues en notant soigneusement ce qui arriverait, dans la pratique, sur les animaux vaccinés et sur les animaux non vaccinés, ces animaux vivant ensemble et étant, par conséquent, soumis aux mêmes causes de contagion.
Les résultats des vaccinations faites pendant l’année 1881 sont, à cet égard, tout à fait démonstratifs.
Nous avons vu que trente-deux mille cinq cent cinquante moutons répartis dans cent trente-huit troupeaux avaient été vaccinés et vingt-cinq mille cent soixante conservés comme témoins. Les rapports sur les mortalités nous ont été transmis au commencement du mois de novembre 1881.
Depuis la fin des vaccinations jusqu'au commencement du mois de novembre, il est mort quarante-quatre moutons du charbon parmi les vaccinés, ce qui fait une mortalité de un sur sept cent quarante.
Dans le même temps id est mort trois cent vingt moutons parmi les non vaccinés, ce qui fait une proportion de un sur soixante-dix-huit.
La mortalité a donc été environ dix fois plus faible sur les vaccinés que sur les non vaccinés.
Ces chiffres, je le répète, résultent des rapports qui nous ont été transmis par MM. les vétérinaires ou les cultivateurs.
Sila mortalité avait été la même sur les vaccinés que sur les non vaccinés, il aurait dû mourir parmi les premiers quatre cent treize moutons. Il en est mort quarante-quatre. La vaccination en a donc préservé {rois cent soixante-neuf, Mais cette même vaccination a amené pendant qu'on la pratiquait une légère mortalité, qui est de soixante et un moutons d’après les chiffres donnés précédemment. La vaccination a donc préservé réellement de la mort trois cent huit moutons.
Ce chiffre n’est pas très considérable, mais il faut tenir compte de ce qu'il s’applique à une période de deux mois seulement après la vaccination et aussi de ce que la mortalité par le charbon a été faible pendant cette année 1881. Dans beaucoup de troupeaux, en effet, nous relevons une mortalité de un, deux ou trois parmi les non vaccinés et de un ou deux parmi les vaccinés. Autant dire que ces troupeaux n’ont pas été frappés par le charbon et il n’y a rien à conclure relativement à ceux-là. Pour mieux saisir l’effet produit par la vaccination il faut prendre les troupeaux sur lesquels la mortalité a sévi d’une façon sensible. Voici un tableau (p. 257) de quinze troupeaux pris parmi les cent trente-huit et dans lesquels la maladie spontanée a fait le plus de ravages.
On voit que sur ces quinze troupeaux, presque tous frappés du charbon au moment de la vaccination, la mortalité s’est arrêtée complètement sur les vaccinés, tandis qu’elle a continué sur les non vaccinés. Quelle meilleure preuve donner de l'efficacité de la vaccination !
Les pertes sur les deux mille huit cent soixante-sept moutons