‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 62 sur 63 · PRATIQUE DE L’OPÉRATION DE LA VACCINATION CHARBONNEUSE · texte numérisé non relu

PRATIQUE DE L’OPÉRATION DE LA VACCINATION CHARBONNEUSE

D'après les résultats mentionnés précédemment on peut dès maintenant vacciner contre le charbon les moutons, les chèvres, les bœufs ou vaches et les chevaux. Je ferai cependant une remarque relativement aux chevaux.

Les premières expériences de vaccination des chevaux ont été faites au mois de juillet 1881 à Fresne, près Pithiviers, chez M. Lesage. À ce moment nous n’avions pas fait d’essais directs pour constater que les chevaux étaient vaccinés par les mêmes vaccins que ceux employés pour les moutons et les bœufs. Les inoculations de Fresne ayant parfaitement réussi, la vaccination des chevaux entra aussitôt dans la pratique et pendant l’année 1881, 142 chevaux furent vaccinés sans accident. On ne constata ni œdème ni maladie sensible, les animaux continuèrent à travailler comme s'ils n'avaient subi aucune opération. Un seul des 142 chevaux succomba à une maladie différente du charbon, la septicémie, due à ce que le vaccin inoculé avait été rendu impur avant l’inoculation. Pendant toute celte période on vaccinait les chevaux sans être absolument certain que l’inoculation des deux vaccins les avait rendus réfractaires au virus virulent. Ce fut M. Rossignol qui le premier, au commencement du mois de septembre 1881, fit avec MM. Gassend et Garrouste une expérience directe pour vérifier ce fait. Elle réussit pleinement. (Voir le rapport de M. Rossignol, p. 145.) Depuis, quelques autres expériences, faites en France ou à l'étranger, vinrent confirmer celle de M. Rossignol. Les chevaux peuvent donc

être vaccinés contre le charbon de la même façon que les moutons et les bœufs.

Mais dans le courant de l’année 1882, à la suite du changement qui s'était opéré dans la virulence relative de nos vaccins, plusieurs chevaux eurent des œdèmes assez volumineux qui empêchèrent tout travail de leur part pendant plusieurs jours, surtout après le deuxième vaccin. Quelques-uns même succombèrent. Comme le charbon ne sévit pas en France d’une façon bien sensible sur les chevaux, nous jugeàmes prudent à ce moment de suspendre les vaccinations charbonneuses sur les chevaux. Depuis que nous sommes revenus à des vaccins identiques à ceux de l’origine, je pense qu’on peut vaceiner de nouveau les chevaux; cependant il est bon de faire remarquer que les vaccinations sur ces animaux sont loin d’êlre aussi nombreuses que celles sur les moutons et les bœufs. Dans tous les cas, à l’étranger surtout, il faudra être prudent et ne vacciner d’abord qu'un petit nombre de chevaux afin de s'assurer du résultat produit.

Ceci posé, j'arrive à la pratique de l'opération :

La vaccination se fait par deux inoculations à douze ou quinze jours d'intervalle, la première avec le premier vaccin qui ne préserve que partiellement les animaux, et la deuxième parle deuxième vaccin beaucoup plus actif que le premier et qui achève de les rendre complètement réfractaires au charbon. Il est bon de pratiquer ces deux opérations en deux points différents du corps. Si la première est faite à la cuisse droite, par exemple, on fera la deuxième à la cuisse gauche. Les inoculations peuvent se faire vraisemblablement en des points quelconques du corps, cependant jusqu'iei les moutons ont été vaccinés aux cuisses, et les bœufs ou chevaux en arrière de l'épaule et quelquefois aussi en avant. Ge dernier cas a surtout été fréquent chez les chevaux de selle, afin d'éviter que la selle porte sur le point d’inoculation.

Moutons ou chèvres. — On a vacciné sans inconvénient des moutons adultes, quel que soit leur âge, des agneaux même très jeunes et des mères plus ou moins avancées dans leur état de grossesse, quelques-unes sur le point de mettre bas. Cependant quelquefois on à signalé des accidents qui s'étaient produits chez de jeunes agneaux alors que le même vacein, employé en même temps chez des

moutons adultes, ne produisait qu'une maladie plus ou moins légère, mais non la mort. Avec les vaccins dont on se sert actuellement, on peut vacciner sans inconvénient les agneaux même (rès jeunes.

La vaccination des mères sur le point de mettre bas a aussi donné lieu à quelques accidents. Plusieurs fois on nous a signalé des avortements. Nous avons pensé d’abord qu'ils devaient être attribués aux secousses qu’on imprime aux animaux en les retournant pour les coucher sur le dos afin de présenter la face interne des cuisses à l'opérateur, mais il serait possible aussi que la fièvre éprouvée par la mère provoquät directement lavortement. D’après des recherches récentes que je viens de faire en collaboration de M. I. Straus (1) il résulte que, contrairement à ce quiétaitadmis jusqu'ici, les bactéridies introduites chez la mère passent quelquefois au fœtus. Il faut donc se demander siles cas d’avortement qui ont été signalés ne sont pas dus à ce que les bactéridies vaceinales de la mère, bactéridies qui on -pu être supportées par celles-ci sans accident grave, ne sont pas passées dans le fœtus qui, moins résistant, a succombé et a été expulsé ensuite. Ce sont des recherches que nous faisons en ce moment. Quoiqu'il en soit, il est préférable de faire la vaccination chez les mères au moment où elles ne sont pas pleines ou au moins dans les premiers temps de la gestalion. On ne doit vacciner les mères sur le point de mettre bas que dans les cas urgents, par exemple lorsque la maladie sévit dans le troupeau.

On peut se demander si les agneaux qui naissent de mères vaceinées sont eux-mêmes vaccinés. C’est là une question qui n’est pas complètement élucidée et sur laquelle nous faisons des expériences. Tout porte à croire qu’un grand nombre des agneaux, sinon tous, ne jouissent pas de l’immunité, de sorte que pour le moment il est nécessaire de vacciner les agneaux dès qu'on craint pour eux la maladie spontanée.

Enfin il faut choisir, autant que possible, le printemps pour pratiquer l'opération, car, ainsi que je l'ai déjà dit, la maladie étant rare à cette époque, on évite, au moins dans l’immense majorité des cas, de combiner l’action du vaccin avec celle du charbon spon-

(1) Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, 18 décembre 1882.

tané. De plus, les moutons se trouvant récemment vaccinés sont plus aptes à résister à la maladie qui sévit généralement en été et à l'automne.

Vaches ou bœufs.— L'inoculation a lieu en général en arrière de l'épaule. L'opérateur fait un pli à la peau avec sa main gauche. Il faut prendre garde de ne pas traverser le pli avec l’aiguille, car alors le liquide ne serait plus introduit sous la peau, il serait rejeté au dehors. Il faut aussi s'assurer que la pointe de l’aiguille a pénétré sous la peau et qu’elle n’est pas restée dans le derme. Pour cela, on enlève la main gauche, le pli disparait. Si l'extrémité de l'aiguille est sous la peau, on sent qu’elle est libre, et l’inoculation se fait sans qu'on ait à vaincre de résistance sensible. Si l'aiguille était restée dans le derme on sentirait une résistance au moment de l’inoculation, résistance due à ce que le hiquide ne peut pas s’épancher dans le tissu cellulaire. Il est bon pour cette opération de couper les poils au lieu de l’inoculation; on juge mieux alors de la pénétration de l'aiguille.

Comme il survient quelquefois de légers œdèmes à la piqüre, il vaut mieux choisir le moment où les animaux ne travaillent pas ; dans tous les cas, il ne faut jamais ouvrir ces œdèmes, ils guérissent sans traitement ; de même il ne faut jamais faire une incision au scalpel pour faciliter l'introduction de l'aiguille de la seringue, car ces plaies peuvent amener des complications résultant de l’introduction de substances étrangères, et produire des abeès ou des septicémies variées.

Les vaches étant également exposées à avoir des œædèmes ou une fièvre sensible à la suite des inoculations, il en résulte que la quantité de lait diminue; il vaut donc mieux vacciner les vaches lorsqu'elles ont peu ou pas de lait. D’ailleurs comme il n’est pas absolument démontré que la bactéridie vaccinale ne passe jamais dans le lait, c’est une raison de plus pour choisir le moment que je viens d'indiquer. S’il y avait quelque inconvénient à se servir du lait donné par une vache pendant la vaccination, on pourrait toujours le soumettre préalablement à l’ébullition afin de tuer les bactéridies vaccinales au cas où quelques-unes d’entre elles auraient passé dans le lait.

Tout ce que j'ai dit précédemment sur les moutons en élat

de gestation s'applique aussi aux vaches dans le même état.

Chevaux. — Si l'on a affaire à des chevaux de trait, il faut les vacciner en arrière de l'épaule de façon à ce que le collier ne porte pas sur le point &’inoculation; si au contraire ce sont des chevaux de selle il faut, pour la même raison, pratiquer l’opération en avant de l’épaule ou sur le cou.

Vaccins. — Les vaccins sont expédiés dans des tubes fermés par des bouchons de caoutchouc, (fig. 6), qui contiennent la quantité de liquide nécessaire pour vacciner 100 moutons ou chèvres, ou 50 bœufs, vaches ou chevaux. La quantité de vaccin à inoculer aux grands animaux est en effet double de celle des petits. Ce liquide est aspiré dans une seringue de Pravaz, seringue qui sert en médecine à faire des injections hypodermiques

et dont la description détaillée me paraît superflue. Elle est représenté (fig. 7). Il faut enlever le petit fil métallique qui est à l’intérieur de l'aiguille avant de l’ajuster sur la seringue; ce fil est simplement destiné à empêcher l'aiguille de s’obstruer par des corps étrangers lorsqu'on ne s’en sert pas. La tige du piston est divisée en huit parties égales. La seringue étant ainsi préparée el le piston au bas de sa course, on enlève le bouchon de caoutchouc du tube à vacein, mais auparavant il faut agiter vivement le

tube, de façon à bien mélanger les diverses parties; sans cela la bactéridie vaccinale se dépose au fond ou sur les parois du tube et on est exposé à aspirer plusieurs seringues de liquide dans lesquelles il n'y a pas ou presque pas de bactéridies. Je recommande tout particulièrement celte précaution, car d’après des renseignements qui nous sont parvenus, je suis porté à croire que les résultats négatifs qui ont été observés dans quelques vaccinations doivent êlre attribués à ce manque de précaution.

Le tube étant débouché on aspire doucement le liquide en soulevant le piston (fig. 8). En général, à la première aspira=

PRATIQUE DE L'OPERATION. 905 tion une bulle d’air assez grosse reste sous le piston ; cette bulle provient de ce que le piston étant plus ou moins desséché, une pelite quantité d’air a passé entre le piston et le tube de verre. On rejette le liquide dans le tube comme le montre la figure 9, el on aspire de nouveau du liquide. Cette fois, la seringue se remplit à peu près exactement. Cependant, dans quelques. cas, de l'air pénètre encore sous le piston. Cela lient alors à ce que l'ai-

Fic. 9.

guille ne s’ajuste pas exactement sur la canule ou à ce que le tube de verre formant le corps de la seringue ne s’applique pas assez hermétiquement sur le fond. On ajuste de nouveau la canule, on tourne la vis qui est à la partie supérieure pour serrer le cylindre de verre et on arrive ainsi très rapidement à avoir un bon fonctionnement de l'instrument.

La seringue étant remplie, on tourne le pelit curseur qui est au haut de la tige du piston de façon à le faire descéndre jusqu'à la division marquée 1 sur la tige. Puis, un aide saisit le mouton à vacciner et le présente à l'opérateur en le tenant par les membres

antérieurs, dans l'attitude assise sur les ischions (fig. 10). L'opérateur introduit l'aiguille sous la peau, vers le milieu de la cuisse droite, puis pousse le piston jusqu'à ce que le curseur touche la seringue. L’inoculation du premier animal est

ainsi faite. On retire la seringue et on tourne le curseur en sens contraire jusqu’à l’amener à la division marquée 2 sur la tige. On inocule alors le second mouton. On amène le curseur à la division 3, etc., chaque seringue suffisant ainsi à vacciner 8 moutons. On remplit de nouveau la seringue et ainsi de suite. Avec

LT nn

un peu d’habitude on arrive facilement à vacciner 150 ou 200 moutons par heure.

Pour les vaches et Les chevaux, la quantité de liquide à inoculer étant double, on amène d’abord le curseur à la divison 2, puis à la division 4, etc., chaque seringue servant à inoculer 4 animaux au lieu de 8.

La même aiguille qui a servi pour les moutons peut aussi servir pour les gros animaux; mais, par mesure de précaution, il y a dans la boîte à seringue une aiguille plus forte et plus résistante qui risque moins de se briser lorsqu'on l’introduit sous la peau. Je ne pense pas que cette grosse aiguille offre réellement des avantages sur les aiguilles fines: car, si elle est plus résistante elle est aussi plus difficile à faire pénétrer sous la peau. En prenant la précaution d'appuyer exactement sur la seringue suivant l'axe de l’aiguille, et en faisant tourner un peu la seringue entre les doigts, on introduit très facilement les aiguilles les plus fines sous la peau des bœufs ou des vaches; bon nombre de vétérinaires se servent toujours d'une aiguille fine ; mais, sur la demande d’un certain nombre d’autres, nous avons dû faire mettre dans la boîte à seringue une grosse aiguille et deux petites.

La seringue que je viens de décrire et qui a servi presque exclusivement jusqu'à ce jour offre un grand avantage : celui de laisser voir avancer le piston dans le tube de verre, et d'injecter toujours rigoureusement la même quantité de liquide. Mais elle présente aussi de nombreux inconvénients.

Le liquide vaccinal introduit sous la peau doit être absolument pur pour produire son effet, c’est-à-dire qu’il ne doit être souillé par aucun organisme étranger provenant des poussières de l’air, des débris de laiñe ou de paille, des parcelles de fumier qui se trouvent quelquefois sur les animaux, etc., car si de telles impuretés venaient à se mélanger au vaccin, elles pourraient, d’après ce que nous avons vu au commencement de cet Ouvrage, donner naissance à d’autres maladies et en particulier à des septicémies, des phlegmons, etc. D’autres fois ces impuretés pourraient, comme l’a montré M. Pasteur, ne produire aucun effet apparent, mais empècher l’action du vaccin. Afin de réaliser celte condition de pureté

dans la mesure du possible, les seringues sont bouillies après chaque CH. CHAMBERLAND. 20

opération et remises à neuf pour empêcher la petite quantité de liquide mouillant le piston ou restant au dessous de donner naissance à de nouveaux organismes; quant au tube de vaccin, le bouchon de caoutchouc qui le ferme doit être remis sur le tube chaque fois qu'on a aspiré une seringue, et on ne doit le prendre avec les doigts que par l’extrémité qui n’est pas directement en contact avec le tube. On comprend combien ces précautions sont minutieuses. Mais il y a une autre cause d'impureté qu'il est à peu près impossible d'éviter. En effet, l'aiguille introduite sous la peau, ne tarde pas à se recouvrir, à l'extérieur, de débris de laine ou de poils, voire même de débris de fumier ; de sorte que chaque fois que celte aiguille est mise dans le tube pour aspirer une nouvelle quantité de liquide, une partie de ces corps étrangers se mélange au liquide et souille sa pureté: par suite, lorsqu'il ne reste que peu de liquide, c’està-dire lorsqu'on a plongé l'aiguille une dizaine de fois dans le liquide, celui-ci est presque toujours impur. Si nous ajoutons à cela que quelquefois le bouchon de caoutchouc tombe sur le sol et que cependant on le remet imprudemment sur le tube, nous comprendrons très bien comment quelques accidents qui ne peuvent être imputés au vaccin se sont produits.

Les inconvénients de la seringue de Pravaz sont donc :

1° De ne contenir du liquide que pour un petit nombre d’animaux, d’où résulte l'obligation de puiser très fréquemment dans le tube, ce qui est à la fois une perte de temps et une cause de souillure du vaccin.

% D’amener une perte de temps par la manœuvre de la virole. On oublie même quelquefois de faire cette manœuvre, de sorte que dans certains cas on n’inocule pas de liquide, tandis que souvent on en introduit une demi-seringue ou même une seringue entière.

3 D’exiger un nettoyage à la suite de chaque opération, nettoyage délicat qui ne peut pas être fait par tout le monde et oblige le vétérinaire à la retourner à Paris, ce qui est pour lui une dépense et un dérangement.

Nous avons essayé d'éviter tous ces inconvénients et nous pensons y avoir réussi au moyen de la seringue représentée figure 11 (p. 307) construite, d’après nos indications, par M. Collin, l'habile constructeur d'instruments de chirurgie.

Cette nouvelle seringue se compose essentiellement d’un réservoir en verre À sur lequel s’ajuste à frottement doux une pièce de caoutchouc durci B portant elle-même une monture métallique CD à l’extrémité de laquelle se place l'aiguille. Le réservoir À a une capacité suffisante pour contenir le vaccin nécessaire pour cinquante moutons ou vingt-cinq gros animaux. Dans la monture CD se trouve un tube de caoutchouc moulé qui remplit exactement la cavité. A chaque extrémité de ce tube se trouve une petite soupape particulière s’ouvrant du côté de l'aiguille. Enfin la monture CD porte un compresseur P qui, lorsqu'on l’abaisse, écrase complètement le tube de caoutchouc.

Ceci posé, supposons l'appareil plein de liquide. Appuyons sur le

compresseur. Le liquide contenu dans le tube de caoutchouc étant comprimé va s'échapper par l'aiguille. Laissons la pédale libre. Le tube de caoutchouc, en vertu de son élasticité, reprend sa forme primitive et soulève la pédale. Le vide qui se produit aspire le liquide du réservoir, etle tube de caoutchouc se remplit. Un nouvel abaissement du compresseur chasse ce liquide et ainsi de suite. Il en résulte que, si le volume intérieur du tube de caoutchouc est bien ealculé, on pourra, chaque fois, lancer une quantité de liquide égale à celle d’une division de la seringue de Pravaz: par suite chaque abaissement du compresseur servira à inoculer un mouton et deux abaissements successifs, sans retirer l’aiguille, serviront à inoculer un bœuf ou un cheval.

Reste maintenant à expliquer comment on remplit la seringue.

Le vaccin, pour cette seringue, est expédié en tubes, comme le montre la figure 12 (p. 308). Ces tubes sont identiques aux

tubes ordinaires, mais l'extrémité opposée à la partie recaurbée est fermée par un petit bouchon de caoutchouc. On enlève le petit bouchon et on introduit l'extrémité du tube dans lorifice du réservoir A. Le liquide ne coule pas parce que l'extrémité du tube est étroite. On enlève l’autre bouchon, alors le liquide coule dans le réservoir (1). On ferme celui-ci avec son bouchon, lequel porte un petit trou pour laisser passer l'air au fur et à mesure que le liquide est injecté. Cet air filtre sur un petit tampon de coton. Ceci étant fait, on donne deux ou trois coups de piston pour chasser l'air qui est dans le caoutchouc et l’aiguille; la seringue est alors amorcée. Pour ne pas répandre du vacein il vaut mieux rejeter ce qui s’écoule pendant cette petile manœuvre dans le tube qu'on vient de vider. La seringue est alors prête à fonctionner. Pendant l'inoculation il faut avoir soin de tenir la seringue un peu inclinée de façon à ce que le liquide se trouve toujours à la partie inférieure du réservoir.

Il ne faut pas attendre que le réservoir soit complètement vidé pour introduire de nouveau le liquide d’un autre tube; sans cela on serait obligé d’amorcer de nouveau.

La plus grande difficulté que nous ayons rencontrée dans la construction de cet instrument provenait des soupapes qui devaient être très petites. M. Collin a tourné cette difficulté de la façon suivante: chaque

soupape se compose d’un petit tube métallique

ab (fig. 13), percé d’un petit trou en c. Sur ce tube

métallique s’ajuste un petit tube de caoutchouc très mince qui est

assez élastique pour retenir le liquide et l'empêcher de couler, mais

qui ne l’est pas assez pour résister à la pression provenant du vide

ou de la compression. Le liquide s'échappe alors par le trou c.

Une de ces soupapes est complètement visible à l'extrémité de la seringue ; c’est au-dessus d'elle que s’ajuste l'aiguille.

(1) On pourrait aussi expédier le vaccin dans des tubes effilés fermés à la

lampe aux deux bouts. On briserait d’abord l'un des bouts, puis le deuxième, après que le premier aurait été introduit dans le réservoir.

Chaque boite contient un certain nombre de ces petits tubes de caoutchouc formant soupape, de sorte que si un accident venait à se produire, si, par exemple, l’une d’elles venait à se déchirer il serait très facile de la remplacer.

Voyons maintenant les avantages de cet instrument:

4° La seringue, une fois remplie, on peut vacciner de suite cinquante moutons. Le vaccin n’est pas au contact des impuretés de Pair et il ne peut être souillé par les substances étrangères qui se trouvent sur la partie extérieure de l’aiguille.

2% Aucune préoccupation pour tourner la virole; il suffit d’appuyer sur le compresseur avec le pouce, mais il faut appuyer complètement pour chasser tout le liquide.

relie:

3° Le nettoyage est facile. On pourrait, à la rigueur, plonger l’appareil tout entier dans l’eau bouillante; mais il vaut mieux, à la fin de l'opération, faire passer, comme si l’on pratiquait des inoculations, d’abord de l’eau venant d’être bouillie, puis une solution d’acide phénique au centième. Là, en effet, il n’y a pas de cuir, comme dans la seringue de Pravaz, cuir qui doit rester doux et gras ét qui, par suite, ne peut supporter l’action de l’eau bouillante ou des antiseptiques.

Une seule seringue comme celle que je viens de décrire suffirait à la rigueur pour faire toutes les vaccinations ; mais il me parait préférable de faire l'acquisition de deux seringues : l’une servant à la première inoculation ; l’autre, à la deuxième. En cas d’accident une seule servirait pour les deux opérations en attendant que l’autre soit réparée.

Cette seringue, qui présente tant d'avantages sur celle de Pravaz, a aussi quelques inconvénients. On ne voit pas le liquide que l’on injecte, de sorte que si l’on a négligé, avant de s’en servir, de s’assurer que l'instrument fonctionne bien, on peut croire avoir inoculé

du liquide quand en réalité on n’a rien inoculé du tout. Mais une première indication est fournie, chez les moutons, par la petite saillie que fait le liquide inoculé sous la peau. Si cette saillie ne se forme pas, il faut se défier de l'instrument. Il pourrait se faire aussi -que, sur les bœufs ou les vaches, l'extrémité de l’aiguille füt restée dans le derme et n’eût pas pénétré sous la peau. On serait prévenu de ce fait par la résistance plus grande qu’on éprouverait à abaisser le compresseur.

Un autre inconvénient consiste en ce qu'on ne peut pas régler, avec la même précision qu'avec la seringue de Pravaz, la quantité de liquide que l’on injecte. Mais toutes les seringues qui sortent des ateliers de M. Collin sont essayées avant d’être livrées au commerce ; elles donnent toutes, à la condition qu’on enfonce complètement le compresseur, à peu près rigoureusement la même quantité de liquide. Je pense donc que, dans la pratique, dans les cas surtout où l’on a beaucoup d’animaux à inoculer, la seringue construite par M. Collin doit être préférée à la seringue de Pravaz.

Dans tous les cas, quelle que soit la seringue que l’on adopte, il ne faut jamais qu’un tube de vaccin qui a été ouvert puisse servir le lendemain ou les jours suivants, car dans cet intervalle le liquide vaccinal peut être altéré par des organismes étrangers. Si on ne doit se servir du vaccin expédié qu'après trois, quatre et cinq jours, il faut mettre les tubes au frais, autant que possible dans une cave, afin d'éviter le développement possible ultérieur des organismes étrangers. En général, et toutes les fois que cela sera possible, il faut se servir de vaccins frais, et les employer le jour ou le lendemain du jour où ils ont été reçus. Lorsqu'on veut conserver des vaccins pendant longtemps, un, deux ou trois mois, il faut prendre des précautions particulières assez délicates. C’est ce que nous faisons pour les vaccins que nous expédions à l'étranger ; mais pour la France nous ne prenons pas ces précautions et les vaccins doivent toujours être employés dans les huit ou dix jours qui suivent la date de l’envoi. Je répète qu'il vaut toujours mieux les employer de suite.

Quant au liquide vaccinal qui reste dans les tubes lorsque l'opération est terminée, il faut le détruire en plongeant les tubes dans l’eau bouillante.

PRATIQUE DE f/OPÉRATION. 311

Enfin, avant de terminer, je veux dire quelques mots sur ce qu’il y a à faire pour reconnaitre si une maladie est réellement le charbon.

Le seul critérium certain est la présence de la bactéridie dans le sang des animaux morts. Et encore faut-il recueillir ce sang le plus tôt possible après la mort; car au bout de quelque temps, quinze ou vingt heures seulement, d’autres organismes, étrangers à la bactéridie et venant de l'intestin, peuvent déjà se trouver dans le sang. Si on n’a pas une habitude suffisante du microscope pour reconnaitre les bactéridies, les autres caractères macroscopiques pourront donner des indications très utiles; mais il faudra, dans tous les cas, les vérifier par des inoculations directes. On prélèvera le sang du cœur d’un animal mort peu de temps après sa mort et on l’inoculera, à la lancette, si on n’a pas de seringue à sa disposition, à des lapins, à des cochons d'Inde ou à des moutons. Si ces animaux succombent, surtout s’ils succombent entre trente et soixante heures, il sera très probable qu’on aura affaire au charbon. Pour avoir une certitude il faudrait expédier du sang à un observateur très familiarisé avec l’étude du charbon et- de la bactéridie. Mais, dans ce cas, il y a beaucoup à craindre que le sang, surtout s'il provient d’un pays éloigné, arrive putréfié et rempli d’autres organismes qui masquent la présence de la bactéridie. Pour éviter cet écueil, il faut mettre le sang dans une caisse conservée au froid, dans de la glace, par exemple.

Il vaudrait mieux encore, pour expédier ce sang, se servir des petits tubes qui sont employés journellement au laboratoire de M. Pasteur. La figure 14 représente l’un de ces tubes. La partie effilée est fermée, eten a se trouve un tampon de coton. Ces tubes sont préalablement portés à une température de 200 à 250 degrés dans un fourneau à gaz, afin de détruire tous les germes qui existent dans leur intérieur. Veut-on recueillir le sang du cœur d’un animal mort, par exemple ? On découvre le cœur, on roule sur une partie de sa surface une tige de verre ou de fer chauffé, on casse la pointe effilée, on la passe dans la flamme d’une lampe à alcool, puis on la plonge dans le cœur au point où la surface a été brülée. On aspire

Fic. 14.

quelques gouttes de sang, jusqu’en B par exemple, on retire la pointe et on la ferme dans la flamme d’une lampe à alcool. Si l'on prend ces précautions, le sang recueilli est pur; il ne peut plus dorénavant donner naissance à d’autres organismes qu'à ceux qui existaient dans le sang du cœur, au moment où la prise a été faite. Pour faciliter l'expédition de ces tubes etempêcher le sang recueilli de venir au contact du tampon de coton, on ferme le tube à la lampe un peu au-dessous du tampon de coton a.

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